‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 62 sur 175 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

parti catholique, ou plutôt de la cour de Sa Majesté Henri troisième, je ne vous assigne aucune place , vous serez où votre courage vous dira d'être.

— Je demande la faveur de ne pas quitter M. de Pampelonne.

— Comme il vous plaira. Chevalier, prenez le commandement de l'avant-garde... Messieurs, en route pour Bonneval, et cela sans repos, sans manger ni boire !

Le cercle se rompit, chacun gagna son poste ; les calvinistes entamèrent la marche dans le plus grand ordre et dans un profond silence.

— Mon cher vicomte , dit Pampelonne , quel jour avez - vous fait votre dernier repas , et quelle nuit avez-vous fait votre dernier somme ?

— Je n'ai rien mangé depuis vingt heures, et n'ai pas dormi depuis trente-six... Et toi?

— Moi , je n'ai pas mangé depuis trente-six heures, et en voilà quarante-huit que je suis en selle ou sur pieds... Aussi j'ai le ventre collé à l'échiné, comme on dit...

— Messieurs, interrompit le bailli de Clermont qui , enveloppé dans son manteau , cheminait paisiblement à quelques pas des deux amis, je puis vous offrir quelques gorgées d'un divin cordial pour vous soutenir. Croyez que je serais désespéré de vous voir mourir d'inanition.

— Sans refus, monsieur, répliciua Pampelonne, quoique, si j'ai bien compris, votre charité soit un peu intéressée.

— Je le confesse, mais elle n'en est pas moins généreuse et délicate.

— Je le proclame ; nous ne nous appartenons plus réciproquement, jusqu'à ce que nous ayons vidé notre querelle ; et si je mourais d'inanition, vous ne vous consoleriez pas de ma mort... Vous seul devez avoir ici la prétention et le droit de me tuer... Suis-je dans le vrai?

— Parfaitement.

— Alors je bois , non pas à votre santé , mais à la mienne et à celle de mon ami Gourdon.

— C'est justice et je ne m'en offense point.

— Allons, Gourdon, que diable! mon cher ami, ne faites pas tant la grimace, buvez comme moi, à la gourde de notre ennemi, cela nous portera bonheur.

— Non, dit tout bas le vicomte , je croirais manquer de respect à la marquise...

— Que votre volonté soit faite, mais vous êtes plus enfant que moi... Monsieur, voici votre gourde ; je suis discret , car cet élixir vous sera sans doute fort utile... Dieu me pardonne , je crois qu'il ferait revenir un mort !

— Alors, je vous le conserve.

— On n'a pas la repartie plus agréable et plus

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