‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 63 sur 175 · CHAPITRE vir · texte numérisé non relu

CHAPITRE vir

vive... Hé! Laprairie , ajouta le Gascon en se tournant vers le sergent huguenot que nous connaissons et qui marchait derrière lui, n'avezvous pas quelque chose de nourrissant dans votre besace? Fouillez-y, s'il vous plaît? Un vieux reître comme vous ne s'embarque jamais sans provisions.

— Ma foi ! capitaine, vous tombez mal.

— Quoi! vous n'avez rien? absolument rien''

— Je n'ai qu'une assez laide volaille , à demi rôtie, pour ne pas dire brûlée.

— Une volaille! offrez-nous-la, sandis ! fûtelle dure comme le coq de ridicule mémoire que nous mangeâmes près d'Orléans , grâce à vous, il y a trois ans, nous en viendrons bien à bout.

— Capitaine , elle n'est pas moins coriace, je l'affirme, mais aussi je la crois beaucoup plus vieille.

— Il n'y a que vous pour trouver de ces correctifs, mon brave Laprairie... Jésus! mais ce n'est pas une poule, c'est une pie!

— Je puis jurer que vous vous trompez, capitaine, car j'ai plumé moi-même l'animal; je n'entends pas, toutefois, en faire l'éloge. Si vous voulez du biscuit en guise de pain , je crois que j'en ai une paire qui, depuis huit jours, ballottent dans ma sacoche.

— Si on vous érige une statue, maître Laprairie, dit Pampelonne en riant, on n'aura qu'à copier celle de la Providence... Donnez vos deux biscuits... Allons, vicomte . mon cher, soupons , dînons et déjeunons tout à la fois ; à vous les membres, à moi la carcasse !

Au bout d'une demi-heure, Gourdon dit à son ami ;

— Voilà pour la nourriture, reste maintenant le sommeil.

— C'est dans ce moment qu'un bon lit serait voluptueux , répondit le Gascon. Il me semble que je n'ai pas fermé l'oeil de vingt ans... mes paupières pèsent cent livres chacune.

— Eh! pardieu! que ne dormez-vous, messieurs? dit le bailli.

— Vous en parlez bien à votre aise, répondit Gourdon.

— Ma foi , je ne vois pas ce qui vous gène : lorsqu'on a sommeil , on dort , et pour dormir, on ferme les yeux; la chose n'est pas plus difficile... Nous nous y connaissons, nous autres sybarites.

— Alors, monsieur, reprit Pampelonne, vous veillerez pour moi et conduirez la troupe?

— Je vous le promets... Que diable! il faut bien que vous preniez un peu de repos, pour tailler des croupières aux ligueurs ; si vous met-

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