CHAPITRE VII
une masse noire qui s'est glissée derrière ce bouqucl de bois... là, à cinq cents pas sur notre droite.
— Grand merci!... A moi trente des mieux montés , dit Pampelonne à voix basse ; et surtout pas de bruit. M. le bailli, prenez à gauche avec quinze de ces lurons, je vais prendre à droite avec les quinze autres; faisons un égal détours et enveloppons le bouquet... partez... Halte! vous autres.
— N'éveillez-vous pas le vicomte ?
A quoi bon? il dort si bien... ce serait dommage.
— J'en conviens; d'ailleurs, c'est économique.
— Vous dites?
— Je dis que c'est économique, car s'il y a du danger là où nous allons , et qu'on vous y tue , M. de Gourdon me restera... Je ne perdrai pas
tout...
— Diable d'homme ! murmura le Gascon en entraînant sa petite troupe, tu as donc bien peur de ne pas mourir !
Au bout de dix minutes , les trente cavaliers rejoignirent leurs camarades. Ils avaient désarmé une dizaine d'arquebusiers qu'un parti de ligueurs avait envoyé à la découverte.
Gourdon, qui était parvenu à soulever ses paupières alourdies, se fâcha tout de bon contre
Panipelonne, parce qu'il avait marché sans lui. Le bai'.li réconcilia les deux amis , Parapelonne conduisit ses prisonniers à Châtillon . et sur l'avis qu'ils donnèrent qu'un escadron de quatre cents chevaux, commandés par le comte de Saveuse, était à une lieue de là , dans la direction de Bonneval, les calvinistes se mirent au grand trot pour l'atteindre, en prenant par les vallons, afin de marcher à couvert.
Le hasard voulut que Saveuse. instruit par ses espions de la sortie de Châtillon, venait, en bon ordre, à sa rencontre en prenant les mêmes précautions, de sorte qu'au tournant d'une large et haute colline, les deux troupes se trouvèrent face à face, séparées seulement par une centaine de pas.
Elles s'arrêtèrent, pour ainsi dire, au même commandement. Ce fut un magnifique spectacle, l'un de ces courts moments dont chaque minute est grosse d'émotions, moments qui font le charme de la vie guerrière, par cela même qu'ils résument toute la poésie de cette vie aventureuse.
Tous les cœurs battaient, non de crainte, mais d'une ardeur fébrile ; la mort déployait et secouait ses larges ailes sur tous ces hommes pleins de force et de courage, dont la plupart n'avaient plus que peu d'instants à vivre ! Les