‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 67 sur 175 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

cavaliers serraient leurs rangs, s'affermissaient sur leurs étriers, jelaicr.t un rapide coup d'oeil à leurs armes , et se préparaient , s'ajustaient pour ce combat terrible, comme une coquette qui , écoutant le pas de son amant, attache sa dernière épingle, pose sa dernière fleur, essaye son plus gracieux sourire.

Les chevaux des deux partis, animés par la course qu'ils venaient de fournir, s'étaient arrêtés en trépignant ; on eût dit qu'ils comprenaient et ressentaient l'impatience de leurs maîtres; ils aspiraient l'air à pleins poumons et le rejetaient avec bruit; les plus ardents fouillaient le sol de leurs sabots et bondissaient sur l'herbe , mâchant et couvrant d'une blanche écume le mors qui les retenait,

— Vos pistolets sont-ils bien amorcés, M. de Gourdon? demanda le bailli en flattant du plat de son épée l'encolure frémissante de son cheval.

Gourdon dédaigna de répondre.

— M. de Pampelonne , continua le mignon avec sa charmante importunité, prenez garde que votre selle ne tourne, donnez un point de plus à vos sangles.

— Eh! pour Dieu, M. le bailli, occupezvous de vos affaires , répliqua vivement le Gascon : que vous importe que ma selle tourne ou ne tourne pas ?

— Cela m'importe beaucoup, je ne voudrais pas pour cent mille écus qu'il vous arrivât malheur.

— Toujours le même ! cela devient fatigant.

— Toujours poli , monsieur ; c'est mon travers.

— Corbeuf ! après la sérénade, nous réglerons notre compte... Aussi bien, votre politesse me lasse.

— Je prends acte, chevalier... après la sérénade, soit...

Les ligueurs étaient au nombre de quatre cents , comme l'avaient annoncé les prisonniers ; c'étaient des gens d'élite, parmi lesquels se trouvaient plusieurs gentilshoiiimes de distinction, tels que Savcuse, Lorge de Montgomery, Maintenon, d'Allouville et autres. Ils étaient rangés en bon ordre, et paraissaient animés d"un grand courage. Chàtillon, Rosny, Gourdon et Pampelonne prirent à la hâte leurs dispositions, qu'ils avaient à peine achevées , lorsque l'ennemi s'ébranla. Les trompettes des deux troupes sonnèrent la charge, et les combattants s'élancèrent la lance tendue, l'épée au poing. Le premier choc fut terrible. Un bruit sourd et sinistre retentit dans les flancs de la vallée, et l'herbe fut jonchée de chevaux abattus et de cavaliers démontés.

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