CHAPITRE VII
Gourdon , qui apportait du Dauphiné la manière de combattre de Lesdiguières, avait dédaigné la lance, et, se servant de sa lourde épée pour relever dans un demi-cercle celles de ses assaillants , il avait fait une large trouée dans leurs rangs , où chacun de ses coups abattait un homme.
Pampelonne avait couru sur un officier vêtu d'un brillant uniforme , dont la cuirasse et le casque étincelaient au soleil, dont la panache ondoyait, et qui semblait être le chef ennemi.
L'épée du Gascon fut adroitement détournée ; le coup porta à faux, et comme Pampelonne faisait volte-face pour recommencer l'attaque , le cheval du ligueur, étalon de haute taille et fougueux , se jeta sur lui , se cabra , saisit sa monture au garrot avec les dents et la poussa avec tant de furie, qu'il la renversa sous ses pieds et l'y foula en hennissant.
Le bailli de Clermont se jeta à terre en criant :
— A nous, Pampelonne!... Pampelonne, à nous !
Et il dégagea le chevalier, qu'il remit en selle.
Le ligueur, chose étrange ! avait contemplé cet épisode du grand tumulte sans en profiter; il lui eût été facile de fondre sur son adversaire
143 I.E CHEVALIER DE PAMPELONNE.
engagé sous !e corps de son cheval, et de le tuer, ou, tout au moins, de le faire prisonnier. Il se contenta de le regarder se débattre, et son épée demeura paisiblement sur la défensive.
— Grand merci, monsieur, dit Pampelonne au bailli en se remettant en selle, j'ai bonne mémoire des services qu'on me rend... Où est le drôle qui m'a si bien accommodé ?
— Le voilà , chevalier ; mais , pour Dieu , ne vous abandonnez pas, songez que vous m'appartenez !
— Que je ne m'appelle plus Pampelonne, s'écria le Gascon furieux, si je ne me venge...
Et il déchargea l'un de ses pistolets sur le ligueur, qui fit faire une courbette à son cheval , jeta le haut du corps en avant et se redressa sain et sauf, après avoir esquivé cette décharge à bout portant.
— Corbeuf! tu es donc sorcier, chenapan? dit le chevalier.
Et il attaqua l'épée à la main.
— Pouisque vous êtes moussiou de Pampelonne, répondit le ligueur en parant avec une merveilleuse précision, permettez que ze vous fasse tous mes compliments.
— Qui êtes-vous? demanda le Gascon que cette apostrophe arrêta court.
— Eh ! per Bacco ! mon ser bou ami, ze souis