LA GAZETTE GRAND SEIGNEUR
La Gazette était trop habile, trop vigoureux et alerte pour se laisser désarçonner par l'intrépide cavalier qu'il portait en croupe. Les bonds, les pointes et le galop rapide de Pompée avaient donné fort à faire au bailli , et pour se tenir au singulier poste qu'il avait choisi, il avait dû se cramponner des deux mains à la taille du Normand et ne s'occuper que de sa monture. En quittant le champ du combat, la Gazette avait saisi, d'une main, l'un des bras du bailli, et
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cette main de fei-, meurtrissant la peau délicate du mignon, l'avait condamné à une immobilité absolue.
Pompée courut au train de charge pendant près d'un quart d'heure, puis il passa à un galop modéré qui le mit bientôt hors de vue de l'ennemi.
Après une heure de cette course précipitée, la Gazette prit le pas, releva la visière de son casque, se retourna à demi vers son prisonnier et lui dit d'un ton goguenard :
— A qui ai je l'honneur de parler, s'il vous plaît?
— Au bailli de Clermont, officier de Sa Majesté le roi de France.
— Hum! fit le Normand, le roi de France!... c'est un peu vague, ce que vous me répondez là.
— Comment! vague?
— Pardieu ! il y a bien des rois pour ce pauvre royaume : j'en compterais sur mes doigts une demi-douzaine, M. de Mayenne, et d'un; le cardinal de Bourbon, et de deux ; MM. les Seize en masse, et de trois; le petit caraard de Lorraine, et de quatre; Henri de Navarre, cinq, el le Valois, six ; je ne compte ni le pape, ni l'Espagnol Philippe IL Vous voyez que votre réponse n'est pas catégorique : n'importe, vous êtes le bailli de Clermont, un très-riche seigneur, sans doute,