‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 73 sur 175 · CHAPITRE VIII. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. H

voilà l'important... Eli bien! M. de Clerinont , comment trouvez-vous le pays? Charmant, n'est-ce pas?

— Charmant, soit; mais est-il possible que j'en jouisse, quand vous me serrez le poignet à le démantibuler?

— Bah ! vous ferais-je mal, par hasard?

— Par hasard me semble joli... Vous m'estropiez, morbleu!

— C'est sans m'en douter.

— Hé ! hé ! vous serrez plus fort. . . Ah çà ! vous aimez donc les prisonniers manchots? Prenez-y garde, si vous me cassez un bias. ma rançon sera moins forte.

— Il suffit de s'entendre... Vous vous rendez à merci ?

— Belle question, quand depuis une heure je suis pris par des tenailles et emporté je ne sais où par je ne sais qui!

— Vous aimez les réponses ambiguës, à ce qu'il parait: vous rendez-vous sur parole, oui ou non?

— Eh ! sainte Vierge, oui ! Je me suis rendu, et je me rends sur parole ; làchez-moi, une fois pour toutes.

— Voilà qui est parler, dit le Normand en ouvrant la main. Monsieur, qu'est-ce que vous pouvez avoir de fortune? Exprimez-vous en chiffres

lîJO LE CBEVALIER DE PAMPELONÎTE.

ronds, je ne chamaillerai pas pour quelques pistoles de plus ou de moins.

Le bailli se gratta l'oreille et répondit :

— Pour le moment, j'ai deux fortunes.

— Tant mieux, sainte Ligue ! tant mieux ! que n'en avez- vous trois!... Vous dites que la première?

— La première est la moins considérable...

— Et elle se monte?

— A deux cent mille écus en fonds de terre, à savoir : un château et une foret.

— Bravo ! bravi ! brava I comme crient les Italiens.

— Mais le château a été confisqué par Mayenne.

— Ah ! diable ! c'est fâcheux ; ce que M. de Mayenne tient, il ne le lâche pas... La forêt?

— La forêt brûle depuis huit jours, car M. d'Aumale y a Aiit mettre le feu à son retour de Senlis pour se venger de la défaite qu'il a essuyée sous les murs de cette ville.

— Mais, monsieur, vous êtes un homme ruiné! que venez-vous me conter avec vos deux cent mille écus?

— Ruiné! croyez-vous que Mayenne gardera longtemps mon château? Croyez-vous que mes chênes, mes hêtres, mes frênes ne repousseront pas.

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