CHAPITRE IX
Avant d'aller plus loin, nous devons compte au lectear de ce qui s'était passe entre le Normand et la signora Fabiani, dans lentretien que la Vénitienne avait demandé à son hôte.
La Gazette était entré chez la marquise d'un air capable et triomphant ; à le voir marcher tête haute, le Iront radieux, jouant d'une main avec la chaîne d"or d'un magnifique poignard, et de l'autre avec la cordelière de sa robe à ramages, on l'eût pris pour un prince en bonne fortune, pour un héros en négligé. Venezia sourit, malgré elle, à cette importance bouffie, et offrit un siège à l'ex-maître d'armes.
— Eh bien! baron, dit la marquise d'un ton affectueux et protecteur, racontez-nous ce que vous avez fiiit depuis que nous ne nous sommes vus. Si j'en crois les apparences, nos conditions n'ont guère été observées.
— Par tous mes patrons, madame la marquise, et j'en ai six ou sept, si jamais chrétien a tenu mieux que moi sa parole, je demande à être brûlé dans ce monde et dans l'autre.
— Cependant, ce prisonnier, qui l'a fait?
— Sur mon âme, il s'est fait tout seul. Voici la chose :
La Gazette raconta le combat de Saveuse dans tous ses détails et termina ainsi :
■ — Vous comprenez que j'ai fait un sang de
m LE CHEVALIER DE PAMPELOWNE.
tigre dans toute celte bagarre... Vingt fois j'ai eu le bras levé pour assoiiuner ce mauvais petit drôle, ce Gascon, ce Pampelonne, mon ennemi personnel...
— Et le hasard \ous a bien servi, maître la Gazette, interrompit fougueusement Venezia, car si vous eussiez seulement cgra ligné le chevalier, vous l'eussiez payer cher!...
Le Normand regarda la gitana de travers avec quelque étonneraent.
— Je vous défends, en toute occasion, ajouta la marquise, d'être hostile à M. de Pampelonne.
La Gazette reporta son regard étonné sur la Vénitienne, et reprit :
— Je le crois, pardieu! bien, que vous me le défendez, sans cela je ne vous comprendrais plus. Ne sommes-nous pas convenus que partout et toujours je me ferai battre par l'ennemi? N'ai-je pas conclu cette effroyable convention au prix que vous savez, et ce que j'ai fait déjà pour l'observer ne tient-il pas du miracle?... Madame, je n'hésite pas à dire que je suis le premier baron du royaume, nul en France n'ayant fait un tour de force semblable au mien.
— Eh bien ! M. le baron, vous n'aurez cependant votre parchemin que quand vous aurez fait tout le contraire...
— Permettez, madame, permettez, j'ai la car-