CHAPITRE IX. ISi
mettez vite pied à terre, que je vous embrasse tous les deux.
Pampeloune et son ami sautèrent à bas de leurs méchants chevaux, et serrèrent tour à tour la main au bailli.
— Comme vous voilà faits, mon Dieu ! et où avez-vous pris ces guêtres de cuir et ces tournures de gros bourgeois ? D'où venez-vous ! où allezvous?
— Dites-nous plutôt où et chez qui nous sommes?
— Vous êtes au château de Dourdan... vous êtes chez moi. Quand je dis chez moi, je me trompe un peu, sans doute; mais, enfin, vous serez ici comme chez moi, ou, mieux, comme chez vous.
— La Providence nous sert, dit Pampelonne, car elle a mis ce château sur la route de Paris, où nous allons.
Tous les valets du Normand la Gazette furent sur pied à la voix du bailli qui, ayant déjà commandé pour lui seul un festin de Lucullus, donna de nouveaux ordres au majordome afin de faire honneur à ses hôtes.
— Par quel hasard n'êtes-vous pas mort ou prisonnier? demanda Gourdon.
— Parce que l'original qui m'a si plaisamment enlevé du champ de bataille m'a conduit tout
182 LE CHET\U£R DE PAMPEtOlVNE.
droit dans ce domaine qui lui appartient, hélas!
— Quoi ! s'écria Panipelonne, je suis chez la Gazette?
— Vous connaissez le baron ?
— Quel baron?
— Le baron la Gazette, jiardieu! il n'y en a (|u'un afiligé de ce nom comique, je pen^e.
Gourdon et Pampelonne se regardèrent en riant.
— Ah çà ! messieurs, à qui en avez-vous. s'il vous plaît? Je ne vois rien de miraculeux dans ce que je dis.
— Votre la Gazette n'est qu'un estaflBer, un soudard, repartit Gourdon.
— Un brigand, un laquais, un homme de sac et de corde, ajouta Pampelonne.
— J'ai donc été mystifié?
— J'en ai peur.
— Mystifié par ce grand cuistre, et mystifié par ces dames.
— Quelles dames? fit Gourdon.
— Ah ! pardienne! la nuit dernière, ici même, cette belle Vénitienne, cause de notre querelle, la marquise Fabiani a, devant moi, appelé votre la Gazette «i M. le baron. ■■>
—■ La marquise est ici? s'écria précipitamment Gourdon.
— Elle n'y est plus.