‹ Le chevalier de PampelonneChapitre 94 sur 175 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment a vue et entendue : c'est une femme qui a le même timbre rie voix que moi; c'est eet te femme qui arracha du bûcher d'Etarapcs l'image maudite du Valois; c'est cette ctangèrc que j'ai reçue dans mon cabinet le jour même de la procession, et dont je vous ai parlé comme d'une pauvre folle.

— S'il en est ainsi, cette Icmme, où est-elle?

— Je n'en sais rien, mais nous la trouverons.

— Il le faut, il le faut absolument; elle seule poussera Clément à l'acte désespéré qui doit sauver la Ligue. L'exaltation du jacobin tient de la folie; les passions brutales du débauché se sont réveillées avec fureur. Ce que le fanatisme n'aurait produit que par miracle, nous le devrons au délire des sens. Mais cette fennnc, savez-vous qui elle est? Nous secondera-t-elle?

— J'ignore son nom, je la crois Italienne ; elle rna semblé animée d'une colère véhémente contre le Valois; si le visage ne trompe pas, elle appartient à un rang élevé. Voilà tout ce que j'en sais. Il faut mettre nos gens en campagne pour la retrouver à tout prix ; en attendant, je continuerai le manège qui nous a si bien réussi déjà. Celte nuit j'irai au couvent, et notre amoureux entendra de nouveau cette voix qui le transporte ; il entendra l'ordre suprême de sa beauté. Après tout, que nous importe? Dieu envoie à

ceux qui le iirieiit des secoui-s mystérieux. Nous avons voulu proliter «le l;i siuiplicitë de ce jeune religieux et stimuler son zèle en exploitant un rêve (jui l'aviiit exailé. Pour (jue notre seeret fût mieux gardé, je me suis eluu'géc moi-même de faire entendre à Clément ces paroles divines qui doivent armer sa main, et jvnr un hasard providentiel ma voix lui a rappelé telle d'une femme dont il est follement éjiris. Je ne vois dans tout cela, comme vous, moi! père, (ju'uiie révélation céleste, qu'un apj>ni d'eu luuit. t^u'une esj)éranee infaillible. A ce soir donc, je serai au jjrieuré entre onze heures et minuit.

Comme Bourgoing allait se retirer, Tune des femmes de la duchesse entra dans son cabinet et lui dit :

— Madame, le capitaine la Gazette arrive de Bonneval, et demande à parler à Votre Altesse.

— Qu'il vienne... Vous, mon père, mettezvous dans ce cabinet, d'où vous pourrez tout entendre ; si j'ai bonne mémoire, la Gazette connaît la femme que nous cherchons.

Le prieur était à peine sorti du cabinet de madame de Montpensier, (pie la Gazette y entra.

— Monsieur, dit la dnchesse d'un ton dédaigneux ; je vous félicite sur la vitesse de votre cheval : il paraît que vous savez, mieux que personne, le faire courir.

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Cette apostrophe assassina le iXormaiid . Comme dans toutes les circonstances difficiles, il ne trahit cependant son émotion que par une grimace. Celle qu'il fit étant fort laide, la duchesse changea de ton.

— Comment avez-vous pu faire si grande hrèche à votre réputation, capitaine? ajouta-t-ellc.

— Altesse, la guerre a ses caprices, et les vaincus ne sont pas toujours pour cela déshonorés.

— Ceux qui succombent à leur défaite, non... mais ceux qui crient : Sauve qui peut!

— Ceux-là sont les plus braves, madame, car ils se ménagent une revanche... Cette maxime est écrite dans tous les bons livres de guerre. N 'avez-vous pas connaissance du superbe combat des Horaccs, et sans aller si loin, voyezvous toujours le sanglier faire tète aux chiens?... Madame, le comte de Saveuse a été battu et tué, le capitaine la Gazette a été battu, mais il est vivant, croyez bien que cela vaut infiniment mieux.

— Pour vous, je n'en doute pas.

— Pour vous. Altesse, et j'en apporte une première preuve.

— Laquelle ?

— J'ai escorté de Dourdan à Paris trois dames qui, toutes trois, donneraient leur âme au diable,

si ♦« triomphe de !a Ligue dépendait du diable ; l'une de ces trois dames désire vous être présentée : elle veut entretenir Votre Altesse d'affaires très-graves, et prétend qu'elle sera très-utile aux intérêts de l'union.

— Quelle est cette femme?

— Elle appartient à une famille illustre de Venise, où je l'ai connue sous le nom de la marquise Fabia-Fabiani.

— J'ai mémoire de ce nom ; le marquis Fabiani était un ami de mon malheureux frère Henri, qui m'en a souvent parlé.

— Votre Altesse a déjà eu l'occasion de voir la marquise...

— Où cela ? interrompit vivement la duchesse, où cela ?

— A Étampes.

— Quoi! la folle d'Étampes !... cette femme esta Paris?

— Elle est dans votre antichambre... mais, sur mon âme, si Votre Altesse la croit folle, elle se trompe.

— Allez la chercher, capitaine... allez, et, de ce jour votre fortune est faite... courez !

La Gazette tournn sur les talons en se disant ;

— Cette marquise, parole d'honneur, fait partout la pluie et le beau temps... du coup J€ suis baron, il serait sot d'en douter.

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