ACTE II, SCENE VI
PLATON
Au hout du mois, madame, il me présente un peiii coinpte do 3,780 coups de loucl qui iijc rcvetiuii'Dt! Il me les aurait donnés, je n'avais rien
à dire! je me les serais donnés moi-mcine, s'il l'avait exigé- Eh i)ien ! au lieu de ra, il me glissa dix louis dans la main, en ajouiaiil seulement: « Mon pauvre Platon, tu es bien h urenxque »les nègres ne tiennent pas le fouet, il t'en cui- )>rait.i> Voilà-t-il uu maître! Je me jeterais au fou pour lui !
M'"' DE pr.Ksr-E.
Mais enfin , d'où lui vient sa fortune?
PLATON
Je ne sais...
M"' DE PRESLE
Lui connais-tu des biens ?
PLATON
Aucun !
M"* DE PRESLE
Et il est généreux?
PLATOX.
Comme un prince! Jljc'.te l'argent à droite et à gauche... il en ei-.voie laèrne souvent aux colonies, parle gouverneur (io Saint-Domingue!
M"' DE PRESLE, à part.
A Saint-Domingue! ce serait donc... mais non. ce mariage... (Haut.) Connais-tu sa future ?
Sa future?
M"* DE PRESLE
Oui , tu sais qu'il se marie ?
PLATON
Du tout.
Si fait...
Je vous jure..
M""* DE PRBSLE.
PLATON
M""' Dr PRESLE.
Ne fais donc pas le discret... c'est lui-même qui me l'a dit... !.e Hoi doit signer le contrat... Tu vois que je sais au courant.
PLATON, comme frappé d'un souvenir.
Ml ! c'est donc ra que tous les soirs il regarde un petit portrait...
M** DE PRESLE
Un portrait?
PLATON
Avec un trouble, un plaisir... qu'il en a tonjours les larmes aux yeux !..
M°" DE PRESLE
Un portrait de femme?
Je n'ai pas pu voir.
M°" DE PRESLE , à part.
J'en étais sfire !
PLATON
Parce qu'il le serre toujours dans un tiroir...
M""* DE PRESLE, vivement.
Que tu as remarqué ?.. Si tu pouvais le prendre, me l'apporter en secret!..
PLATON
Ce polirait, le prendre?
M"' DE PRESLE
Pour un instant, il ne le saura pas...
PHTON.
Trahir mon maître!., abuser!.. Ali bien!., c'est pour le coup qu'il pou-r.rt me pr; sc;;ier une petite note de trois miiîo sept ceui (l'jaîrcvingt coups...
M"* DR PP.FSLC.
Mais non... c'est une pla's:)nf('r;(\ un si^iiple mouvement de curiosité... ( Avec trouiiic et s>. forçant de sourire.) Parce que Vois-lîi... il n'a pas voulu me nommer sa future... Aloi-s... inni, j'ai parié que je la devinerais, et je ticiis bea::coup à gagner mon jjaii... d'autant que c'c>l dans son intérêt... On prête:!;' que ce mariage... la famille!., son bonheur... lu conipren'ls?.. ( D'un ton caressant.) Et puis, Jele vcuv... Non... non... je le désire... Je l'en piie... et ta ne voudrais pas me refuser... mon bon l'iaton..; i moi, ta petite maîtresse, qui t'aimais tant! PLATON, enchanté.
Je n'y comprends rien... Ala's vous me dii'f/, de sauter par-dessus les tours de iNoire-Dai;!;-'.. que j'irais tout (ie suite...
M"' DE PRESLE , avec jnic.
Cent louis pour toi, si ta me ra;;portes...
PLATON , l'.t-ci'lé.
Le bonheur de mon nîaîîre! et ^ent l;iii.-i; c'est un marché d'or... un imbécille de noir refuserait... Luoi j'accepte!