SCÈNE V
Les MÊMES, LA FEMME Di" CHAMBRE, revenant précipitamment, la'feaîme de chambre, à la Comtesse.
JT. de Saint-Georges qui monte le grand escalier.
M"* DE PRESLE, à part.
Le Chevalier! (Haut.) Une visite, mon ami., je suis obligée de te renvoyer. (Ma Femme l'c cnii;:bre.) Fais-le passer de ce côté. (Elle montre !a porte à droite. A Platon.) Si tu décoavTC (|ue!(|ue chose, viens sur-le-champ, n'importe à quelle heure... Si j'avais du monde, je chargerais quelqu'un de le recevoir... Vas... vas vite. ( La Femme de chambre fait sortir Platon, par la perle à droite.)
DE PRESLE; pnis SAINT-GEORGES,
en riche habit de cour.
lui,
M°" DE PRESLE, d'a'.vrJ seule.
Je la connaîtrai! (Avec humeur.) Mai.-; que me veiu-il?.. pourquoi venir?..
UN LAQUAIS, annonçant et se retirant ensuite. M. le chevalier de Saint-Georges.
iM"" DE PRESLE, Ic saluant froidement.
C'est vous, ?\ronsieur...
SAlNT-GEOnCtS.
Pardon, M"' la Comtesse... je suis bien indiscret,sans avoir o!)teiiu ragrément... je vcmis précisément vous demander la permission de me présenter che/. vous...
M"' DE PCESLE.
Abl
le
SAINT-flEORGES.
El VOUS ofl'i ir, de la part de M""cleMoiitesson, celle in\iiaiioi)... pour son bal de demain, que vous ne leluscrez p;is, jVspèie!
( 11 lui donne un billel caclielé.) M"* DE PRESLE , à part et jetant le billet sur la toilette à gaudie.
C'est un prétexte !
S\INT-r.EORGES.
Et puis le désir d'avoir de vos nouvelles... Tous paraissez soullrante ?
M"* DE l'aESl.E, très froide et «'asseyant.
Oui... un peu de nii<;raine !.. de fatigue... je trains d\Ure fort mauvaise compagnie, Monsieur , et vous ferez bien mieux de vous rendre... où l'on vous attend sans doute avec impatience!..
SAIXT-GEOR(.ES, étonné.
Où l'on m'attciid ! où donc, Madame ?
M"* DE PRESLE
Eh mais! chez votre liancée... lorsqu'on doit se marier.
SAI.M-GEORGES
Me marier! moi? Qui vous a dit?
M""^ DE PRESLE
C'est le bruit général !
SAIM'-GEORGES, souriant.
C'est singulier... on n'a pas daigné m'en faire part!., il est probable que je recevrai un billet. M"* DE PRESLE, se levant.
Comment, Monsieur!
SAlNT-GEOU'iES, scrieusemeut.
On vous a trompée; Madaine,jo ne me marie pas, et je ne me marierai sans doute Jamais! M"* DE PRESLE , d'un air aimable.
Ah!.. Asseyez-vous donc, je vous en prie...
S\1>T-GE0RGES.
Je craindrais d'abuser... votre santé...
M"' DE PRESLE, souriant.
Non ; cela va beaucoup mieiLx.
SAINT-GF.ORGES, la regardant tendrement.
Oui... voilà VOS couleurs qui revieinient... et avec elles, ce regard si ûoin !
M°" DE PRESLE
Oui, la migraine... un rien sudit pour dissiper... (Le faisant asseoir.) Moltcz-vous donc là. Chevalier, je serai cnchaniée de causer... j'ai mille choses à vous db-e... et puis un service à vous demander...
SAINT-GEORGES, s'assevaut près d'elle.
Un service! moi? Ah! Madame... je n'aurais osé préton(he à une telle favei'.r... ordojuicz, je vous en conjure!
M"* DE PRESLE
A propos !.. (Gaiment.) Et votre aventure de ce matin, dont vous ne parlez pas... cet ami qui a été coucher, à la Bastille, pour vous! Savezvous que c'est d'un dévouement...
SAINT-GEORGES, souriant.
11 faut lui rendre justice! il ne savait pas bien positivement où il allait.
M°" DE PRESLE
Vraiment?
SAINT-GEORGES, de mCme.
11 croyait courir à une bonne fortune.
M"* DE PRESLE, niant.
Ail! ah! ah!., c'est atroce... Chevalier... mais vous êtes un homme alTioux!.. et quel cs\ le malheureux? est-ce que je le connais?
SAINT-GEORGES, graveinoul.
Ah! je ne puis le nommer... les devoirs de l'amitié.
M" DE PRESLE, riant toujours.
Vous les remplissez très bien !.. Oh ! votjs me le direz n'est-ce pas? Mais, avant tout, parlons du service que je réclame de vous... cl songez que nous sommes pas encore assez amis pour me traiter comme celui de ce matin!
Ah ! Madame!.. Je vous écoute.
M°" DE PRESLE, suivant tous ses mouvemeus*
Vous m'avez dit que vous étiez aé...
Au Brésil...
M"* DE PRESLE
Non... non... Vous m'aviez dit... d'une faraille portuj^aise, établie au Pérou.
SAINT-GEORGES, un peu troublé.
Oui... oui, le Brésil, le Pérou!.. Nous avons des bieiLs dans l'un et l'autre pays... et puis, la proximité... naturellement...
M"" DE PRESLE
N'importe ! Vous êtes lié, dit-on, avec le gouverneur de Saint-Domingue... et je voudrais avoir, par lui, des renseignemens sur le sort d'un malheureux jeune homme... que j'ai connu enfant.
SAINT-GEOAfiES.
Un jeune homme?., qui vous intéresse?
M°" DE PRESLE
Oh ! beaucoup !
SAINT-GEORGES, à part.
Qu'enteuds-je!
M"' DE PRESLE, à part.
11 a tressailli! (Haut.) Ksdave chez ma mère, il avait fui notre habitatioM... pour un outrage, qui m'a coûté bien des larmes.
SAINT-GEORGES, à part.
11 serait vrai !
M"* DE PRESLE
Car moi, je ne l'ai j.iiiiais oublié... je l'aimais tant !
SAINT GEORGES, avec un mouvement.
Vous l'aimiez? Quoi, la brillante Comtesse! (lleprenani sa gaité.) Oli ! vous l'aimiez; oui, sans doute... comme un jouet, un caprice, lui épagneul, qui amuse un instant, et lait place bientôt à lui autre favori !
M°" DE PRESLE
Oui... d'abord 1 . c'est possible, mais plus tard... (Secouaftt la tète en souriant.) Hmu... je ne sais pas trop ce que cela serait devenu.
SAINT-GEORGES, avec joie.
Que dites-vous?
M"* DE PRESLE, à part.
C'est un iiiége bien innocent... mais si c'est lui, il fauch'a (ju'il se traliisse !
SAINT-GEOGES, avec anxiété.
Vous pensiez que plus tard!..
M"" DK PRESLE.
Écoutez doiuc» Chevalier... j'ai des idées bi/ar-