L’HOTEL SAIN T-GUILLAUME
Rue de Richelieu, entre la rue des Boucheries (aujourd’hui rue Jeannisson) et la rue Traversière se dressait l’hôte] St-Guillaume, qui avait double façade sur la rue Traversière et la rue de Richelieu"et tn petit retour sur la rue des Boucheries,
C'était à ce beau bâtiment qu'était adossée la misérable masure du cul-de-sac de la Brasserie dans laquelle venait d’entrer Gilbert.
Au moment même Où Gilbert gravisenÿt les marches
du froiä de Ja saison. :
L'hôtel Saint-Guillaume n'était pas une hôtellerie. C'était une maison hospitalière de création récente, te.
C'était à l'hôtel Saint-(uillaume que descendait l’é. lite des riches Voyageurs étrangers.
Le carrosse qui venait de s'arrêter devant la porte était vide. 11 n’amenait Pas, il allait emmener, Le valet de picd s’adressa à l’un des domestiques de l’hôtel.
“ Voulez-vous faire prévenir mon maître, M. le vi. comte de Saint-Leu-d’Esserent, dit-il, que la voiture est en bas.
—Parbleu! montez vous-même ! répondit le domesti. que. Vous le direz.
—Je ne ruis monter.
— -Pourquoi ? ;
— Parce que mon maître m’a défendu de quitter des yeux le ca ;
— 1] y a donc quelque merveille dedans ? demanda le domestique de l’hôtel.
— Peut-être; mais cela ne Vous regarde pas! Allez prévenir mon maître.
—J’'y vais! j'y vais!” grommela le domestique en montant lentement l'escalier.
Le valet revint vers le Carrosse. Un temps assez long s’écoula, puis on entendit des éclats de voix bruyants entre-mêlés de rires sonores. La porte du vestibule s’ouvrit avec fracas, et un jeune gentilhomme, vêtu avec une élégance extrême, descendit en riaut la dernière marche du perron.
Ce jeune gentilhomme, qui pouvait avoir vi ans, portait un costume de nuance gris-rosé, habit et culotte de velours, gilet de satin rose brodé d’argent ; tricorne à galon d’or.
Boutons d’habit, de gilet, boucles de jarretières, boucles de souliers, chaînes de montres étaient un composé de digmants et de rubis montés sur argent.
Le jeune gentilhomme avait à l’annulaire de la main gauche une magnifique bague au chaton en rubis en-
louré de diamants, ct il tenait à la main une tabatière tout ornée de diamants et de rubis.
En franchissant la dernière marche, le jeune élégant avait le corps à demi renversé en arrière, la tête penchée sur l’épaule droite et la main droite enfoncée dans la poche de sa culotte, en faisant bouffer le pan de sa veste.
“Vive Dieu! cher et aimable comie, dit-il sans se retourner, vous êtes l’homme le plus étonnant, le plus éblouissant, le plus fantastique que j'aie jamais vu. Si vous le voulez, vous serez avant huit jours l’adoration et l'admiration de tvute la cour...”
En achevant ces mots, il pirouetta sur son talon et it volte face.
Un sécond Personnage quittait alors le vestibule pour se diriger vers la grande porte de l’hôtel. Celui-là était un homme de taille fort belle, parfaitement proportionné. Il avait le maintien grave et noble et il paraissait avoir trente ans.
Il avait lu physionomie fine, expressive, spirituelle et mobile, un teint très brun, bistré comme celui des Arnbes, les sourcils très hoirs et très épais, les yeux étincelants et un regard pénétrant.
Son costume était de velours brun avec une veste de satin vert foncé sans la plus légère broderie. Mais si au point de vue de la coupe et du manque de passementerie ce costume était simple, tout en étant de bon goût, il avait un ornement d’une richesse telle qu’elle était inestimable.
C’était une collection de boutons et de boucles an diamants d’une grosseur plus qu’extraordinaire, C'était véritablement éblouissant.
Le valet de pied qui attendait s'était précipité vers le carrosse, et en avait ouvert la portière,
“Montez donc, très cher ! ” dit le jeune gentilhomme en s’effaçant.
Son compagnon posa le pied sur le marche-pied abaissé. Quand les deux gentilshommes furent instal. lés dans le carrosse, le valet avança sa tête respectueuse-
ment découverte. 1] demeura immobile, attendant les ordres.
“ Au Roi Salomon ! ” tilshommes.
La portière se referma et le carrosse partit emporté au grand galop de ses deux Magnifiques normands.
Un silence régna dans l’intérieur de la voiture.
Tout à coup, celui qui était monté le premier et qui occupait la droite, la place d'honneur, se retourna ver: l’élégant gentilhomme aux boutons de rubis et de diamants :
“Coq-Huppé, dit-il à voix basse, mais d’un ton d’une fermeté étrange, ce soir nous poserons le pied dans une “die nouvelle !
—Maître ! répondit le jeune homme, vous m'avez élevé jusqu’à voire confiance, j'en serai digne!
—Tu as la moitié de mes secrets.
—Et vous avez mon dévouement entier !
—Je le crois! ”
La voiture longeait alors la façade du Palais-Royal.
dit le plus jeune des deux gen-