‹ Le Chevalier du Poulailler [microforme]Chapitre 31 sur 44 · PC RE TES · texte numérisé non relu

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davre fut traîné devant ses juges, ainsi le veut encore la loi, et il fut condamné, En vonséquence, terre sainte fut refusée au cadavre de l’homme qui avait tué nn cerf, et ses dépouilles jetées au vent, car pour faire croire à une justice rendue, on accrocha le cadavre su gibet.

Gilbert vit le corps de son père se balancer dans l'air, La nuit venue, il fit un acte de courage.

Ë Le corps devait demeurer vingt-quatre héures au gibet.

Gilbert monta, durant la nuit, après la potence, et, se Cramponnant à la corde, il alla baiser son pi ‘urle front, puis il lui murmura à l'oreille quelques p+ vles à voix basse.

Il était deux heures du matin.

—Oh! fit la Brissault, c’est effrayant.

—Le reste de la nuit, rontinua le comte, il le passa en prières... puis, le jour venu, il reprit la route de Paris.

Il entra dans sa maison: sa mère n’y était pas. Il interogea les employés, les voisins, les amis.

Il apprit que, l’avant-veille, le 30, sa mère était partie à six heures et demie avec une femme qui était venue la chercher en carrosse. On ne savait pas oùelle avait été, et personne ne l’avait revue depuis. ’

Gilbert fouilla Paris, il n’eut aucun renseignement.

Il alla à Vincennes, il prit soin de sa soeur.

Depuis ce moment, jamais Gilbert ne revit sa mère, ct il ne put savoir ce qu’elle était devenue. Il était retourné à Beauvais. Les ossements du père avaient été en-

. fouis on ne savait : . Le fossoyeur qui avait fait l’ouvrage et qui en fai--‘t bien d’autres, était parti. Gilbert n’avait pas une tombe sur laquelle il pât aller prier.

E IE voulut élever sa soeur, il travailla pour elle plus | que pour lui. Un gentilhomme d’un grand coeur, le vi-

comte de Tavanne, le père du vicomte qui existe au-: jourd’hui, eut pitié de l’enfant et de sa soeur. Il savait tout... il fit travailler Gilbert et lui maintint une pension tant que celui-ci en eut besoin. Jamais le vicomte n° parlé de cela, même à son fils.

Le comte d'A s'était »rrêté encore, et, comme on le regardait avec anxiété :

“J’ai fini! ajouta-t-il.

—Ah ah! fit la Morlière. Eh bien! mais! je suis enchanté! C’est très intéressant, et vous narrez à ravir. … N'est-ce pas, Brissault ?

—Certainement! certainement dit la Brissault qui souriait depuis un moment.

—Mais, reprit la Morlière en vidant 80m verre, pourquoi diable nous avez-vous raconté tout cela? ”

Le comte d’A se croisa les bras sur la poitrine.

“Je vais vous le dire! répondit-il. La maison dans laquelle on conduisit Ursule Renaud, le 30 janvier 1725, était située rue du Vert-Bois. C’était le sanctuaire des plaisirs de Sainte-Foix le financic ", sanctuaire où il venait d’élire une nouvelle reine. Le jeune homme élégant qui s'était présenté le matin chez Ursule, c’était vous, M. le chevalier de la Morlière. La femme voilée qui est venue chercher Ursule à six heures et demie, le soir, c’était vous, Mile Brissault, vous alors aux débuts de vos succès galants et qui donniez votre première fête dans votre petite maison de la rue du Vert-Bois. ”

La Morlière et la Brissault se regardaient avec une expression de grand étonnement et de profonde inquiétude.

“Comment? comment? fit la Morlière, Que voulezvous dire ? -

La Morlière et la Brissault se regardaient avec une expression de grand étonnement et de profonde inquié.

—Je veux dire, répondit le comte, que cette nuitlà, du 20 janvier 1725, la malheureuse Ursule est entrée dans cette maison de la rue du Vert-Bois, et qu’elle n’en ést pas sortie ” Je veux dire que si, à cette heure on allait dans le jardin de cette maison, et qu’on fouil- Jât au pied d’un arbre placé au centre, on retrouverait le squelette d’Ursule Renaud, avec son alliance au doigt et une corde enroulée autour du cou! Oui! on trouverait le cadavre de cette femme dont la douleur, la souffrance, la torture ont été si grandes qu’en une nuit elle a vécu trente ans, qu’en une nuit elle a passé de la jeunesse à la vieilless. Oui! en une nuit ges cheveux ont blanchi, et la commotion au cerveau a été telle que les os du crâne se sont soudés entre eux, comme cela arrive dans la vieillesse avancée! Voilà ce que je veux dire Et maintenant, ce qu’il faut que vous me disiez, vous, la Morlière, vous, la Brissault,' c’est comment ce crime s’est accompli! Voilà pourquoi je vous ai fait venir ici, et voilà pourqnoi j'y suis venu ! ”

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