‹ Le Chevalier du Poulailler [microforme]Chapitre 41 sur 44 · LE RAPPORT · texte numérisé non relu

LE RAPPORT

M. Feydeau de Marville, le lieutenant de police, était assis, dans son cabinet, en face de Berryer le secrétaire général. Une table les séparait et naturellement cette table étaii couverte de papiers manuscrits. 11 y avait à tous les rapports des principaux agents que le lieutenant de police et le secrétaire général étaient en train de compulser.

Feydeau tenait dans +: mains Plusie rs cahiers qu’il passa sur la table de-ant Berryer. Celui-ci prit les eahiers et les parcou-ut “apidement.

Quand il eut achevé, il regarda le lieut-rant de police qui le regardait déjà; puis il hocha la : + en même iemps avee un mouvement d'incertitude :

“Cela durera-t-il ou cela ne durera-t. à pas? dit Berryer.

—Là est la question! répondit Feydeau.

—La situation est embarrassante.

—Hélas ! oui.

—Que dit le roi ?

—Rien encore.

—Que dit le duc de Richelieu ?

—} est dans le doute. ”

Feydeau se leva :

“Se déelarer ouvertement pour elle aujourd’hui, dit-

il, prendre son parti, l’aider à se débarrasser de son mari, ce serait parfait, et je ne saurais mieux faire si j'étais certain de son succès... mais si c’est une intri-

—{e ne serait pas la première, fit observer ': secrétaire général.

—Depuis la mort de Mme de Châteauroux le roi n’a aimé personne... sérieusement.

—Qui, le trône de roses de la belle duchesse est toujours inoccupé !

—Avons-nous une reine de la main gauche, cette fois ?

—Ah! si on en était sûr!

—Je serai: dans une heure près d’elle et s9n mari restcrait à Lyon. ”

M. Feydeau parcourut la pièce à pas lents. Berryer le suivait des yeux. Feydeau revint s'asseoir en face du secrétaire :

“ Relisons ces notes! ” dit-il.

Berryer reprit les papiers :

“ Hier matin, lut-il, le duc de Richelieu a envoyé St- Jean, son valet de confiance, son courtaud d’amour, auprès de Mme d’Etioles.

Saint-Jean a été reçu mystérieusement. Il avait demandé Eulalie, la femme de chambre de madame. C’est dans la chambre d’Eulalie que Saint-Jean s vu Mme d’Etioles.

Il a demandé à madamede vouloir bien assigner un rendez-vous à son maître, dans la journée même, ajoutant que le due avait à l’entretenir d’une affaire des plus

ves.

Mme d’Etioles fit répondre au duc de Richelieu qu’elle ne pouvait le recevoir chez elle, mais que le jour même elle irait se promener dans le jardin des Tuileries et qu’à deux heures ell serait dans la grande allée.

Le due de Richelieu se rendit au rendez-vous. T1 y trouva Mme d’Etiolés.

traité d’alliance. Aucun des promeneurs qui les regardaient en passant ne pouvait certes supposer qu'il était question, entre ces deux Personnages, de décerner la Couronne des plaisirs royaux.

À cinq heures et demie le chevalier de la Morlière est venu chercher M. le Normand d’Etioles, Celui-ci a voulu voir sa femme avant de sortir, mais Mme d’Etioles était fortement indisposée depuis deux heures et si bien verrouillée dans ses appartements particuliers, que le mari dut partir sans saluer sa femme, afin de lui laisser prendre un repos nécessaire.

À sept heures, Mme d’Etioles précédée par Eulalie Qui avait tout préparé, descendit par l'escalier de service et gagna ie jardin. Elle était développée dans une mante brune,

IF faisait nuit. Eulalie, se laissant courtiser par le jardinier, avait une double clef de la petite porte du jurdin. Cette pétite porte donne sur la rue des Moineaux.

(Monseigneur n’ignore pas que Mme d’Etioles habite l'hôtel de son oncle, le fermier général Tournehem, et que cet hôtel est situé rc Neuve-des-Petits-Champs en face de l'hôtel Muzarin).

Mme d’Etioles est sortie à pied avec sa femme de chambre, :

Le duc de Richelieu l'attendait près de là dans un Carrosse. Elle y monta et la voiture partit pour Versailles.

A veuf heures du soir, le duc de Richelieu entrait dans les petits appartements, donnant la main à Mme d’Etioles qui, en jetant la mantille de dentelle qui la voilait découvrit la toilette la plus riche ot la plus élégante.

Binet, le valet de chambre de ri, vint prier Man

d’Etioles de passer dans la salle à manger. MM. de Luxembourg et de Richelieu étaient invités.

Le souper fut fort gai. ”

—ei, dit Berryer en s’arrêtant et en souriant, il y a une réflexion qui dénote que nos agents supérieurs sont récllement des hommes d’une intelligence hors ligne. Après cette phrase : /e souper fut fort gai, il y na des points, puis : :

“ Je crois de mon devoir de sortir à cette heure des petits appartements et de tirer sur mon rapport le rideau du mystère, ”

Feydeau sourit.

“ Deslandes est loin d’être un sot! dit-il.

—Je continue, reprit Berryer en reportant les yeux sur le manuscrit :

“Le jour allait poindre quand M. le due demanda la voiture. Le roi parut fort impatienté de la nécessité de ce départ et il exprima son impatience en des termes qui ont porté la joie dans le coeur de Mme d’Etioles et qui ont amené la rougeur sur son front.

Le roi a fait promettre qu'une nouvelle entrevue aurait lieu bientôt. =

Le due et Mme d’Etioles sont montés en carrosse au moment où la pâle aurore de l'hiver co it à blanchir la cîme des arbres de l'allée de Paris,

Si le souper avait été gai, le retour devait l'être moins : monscigneur le :

Saint-Jean, mon beau frère, le valet de confiance de M. le duc, examinait ce qui se passait dans l’intérieur du carrosse, à l’aide de la légère fente qu’il a pratiquée

dans le plafond et qui lui rend d'éminents services.

Au départ, on ne se dit mot. Le due était excusable ; un homme à bonnes fortunes trouve peu de chose à dire à une femme quand une barrière infranchissable est entre eux.

Aussi, en dpit de ca galanterie, le duc posa sa tête

sur un des oreillers de la voiture ct il s’endormit paisiblement. |

Mme d’Etioles s'installa dans l’autre coin ét en fit uutant. |

Le retour s'opéra ainsi.

Le sommeil était si profond qu’à l’arrivée Saint-Jean du respectueusement y mettre un terme. Après avoir toussé, après avoir parlé, il lui fallut agiter violemment le parement de la manche de l'habit de M. le duc.

Eulalie, la femme de chambre, attendait à la porte du jardin. Mme d’Etioles rentra chez elle sans avoir éveillé le moindre soupçon.

À midi, M. d’Etioles a demandé à voir sa femme ; on l'a fait entrer.

“ Comment avez-vous passé la mit ? ” a-t-il demandé,

(Que monseigneur ne m’accuse pas d’avoir enjolivé la situation: je rapporte textuellement les paroles entendues par Eulalie.)

“’Sien! a répondu Mme d’Etioles ; depuis hier soir, je me trouve mieux.

—Vous paraissez cependant un peu pâle.

—{L’est la suite de la crise.

—Ces crises sont peut-être bien fortes: il faudrait vous efforcer de les prévenir.

—Je prendrai mes précautions pour l’avenir.

—Quant à moi, a dit M. d’Etioles, k' que vous me ‘voyez, jai été aussi douloureusement indis} osé une grande partie de la nuit.

—{Comment? z z Z Z 3

—-Hier soir j'ai soupé avec quelques amis... J'étais très bien, j'avais fort bon appétit, mais ce distie &.: la Morlière m’a fait trop boire.

—Ah! fi! munsieur, dit Mme d’Etioles en se retournant avec dédain.

—Ma chère amie, ce n’est pas ce que vous .

ce sont des maux d'estomac... qui m'ont pris tout à

coup... des tiraillements.., J’ai cru que j'avais une in. flammation d’entrailles.

—Mais il faut vous soigner.

—Et vous aussi, ma chère.

—Oh! moi, a dit Mme d’Etioles, je n’en ai pas pour longtemps. En gardant la chambre huit jours sans recevoir personne...

—Huit jours! s’est écrié M. d’Etioles, c’est bien long!

—1] faut savoir souffrir. J'ai besoin d’un repos absolu, et je vous préviens que ma porte sera souvent fermée.

—Hélas! ma chère Antoinette, j'en serai désolé, mais soignez-vous avant tout. Je vais, moi-même, me reposer toute la journée, car ce soir je soupe encore avec ce diable incarné de la Morlière qui viendra me reprendre, et qui m’a promis meilleure chair qu’hier, Vous Gomprenez ? il faut que je prenne ma revanche.

— Alors, reposez-vous ! ”

M. d’Etioles a pris congé de sa femme. Ce soir Mme d’Etioles doit retourner à Versailles avec le duc. ”

—{Ce rapport est précis et fort intelligemment fait, dit le lieutenant de police.

—Voici maintenant celui de Ledoux, continua M. Berryer. M. de Tournehem, pour éviter un scandale et empêcher les cris de son neveu qui serait capable de Promener sa désolation dans les rues de Paris, a fait partir M. d’Etioles pour Lyon, sous prétexte d’une affaire de la plus haute importance.

Le Normand d’Etiol:s, dit le rapport, s’est mis en route à trois heures de l’après-midi. Des relais ayant été établis sur toute la route, il arrivera vite à Lyon. Il va chez M. le marquis de la Vallette, le contrôleur en chef de la province.

Le chevalier de la Morlière a voulu accompagner M. d’Etioles jusqu’à Mâcon, afin, a-t-il dit, de lui faire ap-

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