APPLIED IMAGE
1653 East Street Rochester, New York 14609 USA Phone
(716) 482 - 0300 - (716) 288 - 5989 - Fax
Pr
précier durant le cours de son voyage, la finesse des vins de Bourgogne.
—Ll est entre bonnes mains! dit en souriant le lieutenant de police.
—Voici le troisième rapport, celui d’Armand. Il constate que hier soir Mme d’Etioles, rendue plus libre par le départ de son mari, est partie pour Versailles avec le due de Richelieu, et...
—Et?... demanda M. Feydeau en voyant Berryer s'arrêter et fermer le rapport.
—Et elle y est encore, ” ajouta le secrétaire général.
Il y eut un silence.
“Et que pensez-vous de cela, Berryer ? ” demanda le heutenant de police.
Le secrétaire se rapprocha de son chef et le regarda bien en face:
“Vous voulez que je sois franc? dit-il.
— Oui, répondit Feydeau.
—Quelle que soit la situation, il y 4 un moyen ingénieux de s’en tirer.
— Lequel ?
—C’est de jouer coup double: on sera sûr de gagner.
—{Comment ?
—De deux choses l’une: où Mme d’Etioles deviendra favorite, remplacera Mme de Châteauroux et sera tour puissante; ou l'amour inspiré par elle sera passager.
—Evidemment ce sera l’un ou l’autre.
—Dans le premier cas, vous ne sauriez agir trop vite pour vous attacher sa reconnaissance ; dans le secr11, une démarche serait au contraire fort dangereuse,
—L’eet ce qus je disais. Quel moyen proposez-vous pour éviter ce danger ?
—Un moyen bien simple. Laissez-uur agir auprès de Mme d’Etioles, en mon nom. Il est évident que si son avenir est brillant, elle me récompensera plus tard, car je puis, dès aujourd’hui, lui rendre ‘es plus impor-
tants services, en la tenant au courant de tout ce qu’m peut dire à la ville et à la cour, et en la préservant des embüûches tendues sous ses pas. Elle a besoin d’une main ferme pour la conduire au but, car elle est ambitieuse, c’est visible, et elle rêve la toute-puissance, Que je l’aide, qu’elle arrive: elle sera ma créature, et je passerai pour être la sienne. En cas de disgrâce pour vous et de réussite pour moi, je vous promets fidélité d’affection et je m'engage à mettre tout en oeuvre pour vous faire donner une position plus brillante. Si, au contraire, j’échoue, vous vous engagerez à me donner la même protection. Voulez-vous À
— Parlons plus clairement encore, dit Feydeau de Marville. Si Mme d’Etioles est favorite, vous espérez, dans un temps donné, la lieutenance générale de la police !
—Qui, je l'avoue.
—Quelle compensation aurai-je ?
—Laquelle voudriez-vous ?
—Je ne rendrais mon portefeuille que contre une intendance générale.
—Celle du Languedoe, votre patrie, par exemple ?
—Celle-là me conviendrait plus qu’une autre, mais à défaut du Languedoc j'accepterais la Provence, car ma femme est d’origine et de famille noble de Marseille,
—Si je réussis, je m’engage à tout mettre en oeuvre Pour s:'isfaire votre désir, dit Berryer, et je vous donne ma parole que je n’accepterai votre portefeuille qu'après votre nomination.
—C’est entendu, mon cher Berryer. J'ai en vous la confiance que vous pouvez avoir en moi. Maintenant, dans le cas où vous échoueriez, que voudriez-vous que je fasse ?
—Me faire obtenir une ferme générale. Je veux me lancer dans la finance. Tournehem sera enchanté de
LA
ma protection présente, il me devra la sienne, et je lui ferai payer sa dette en cas de besoin.
—Eh bien! je prends le même engagement que vous, mais ma conviction est que vous réussirez.
— Alors, voyez Mme d’Etioles vous-mê.ue.
—Non pas.
—Si vous croyez à son succès ?...
—Je crois à mon peu de chances de succès dans la gérance de la police. Depuis un an, tout semble s’acharner pour tourner contre moi. Cette affaire de Poulailler, qui prend des proportions étranges et dont je ne puis avoir le dernier mot, m’a fait le plus grand tort auprès du roi... et je comprends le mécontentement de Sa Majesté..
—Cela est vrai, dit Beiryer: Cette affaire devient incompréhensible. Qu’est-ce que c’est encore que cette disparition de ces deux jeunes filles ?
—La fille de Dagé et la fiancée de son fils. Deux jeunes filles auxquelles s’intéresse le roi, auxquelles il donne à chacune un cadeau de noce et qui, la même nuit, sont enlevées sans qu’on puisse savoir ce qu’elles sont devenues! D’honneur! c’est à devenir fou! ”
La porte du cabinet s’entr’ouvrit.
“ Monseigneur d’Argenson! dit un huissier.
—Le ministre!” dit vivement Feydeau en se-levant.
Puis, se tournant vers Berryer:
“Tout ce que nous avons dit est arrêté et convenu ? demanda-t-il.
—Qui, si vous le voulez, répondit le secrétaire général.
—Je le veux.
— Alors, quoi qu’il arrive, agissons. Je vons laisse et je me rends auprès de Mme d’Etiolkes. |
— Allez, et faites pour le mieux. ”
Le ministre entrait: Berryer salua profondément et
sortit.