‹ Le Chevalier du Poulailler [microforme]Chapitre 7 sur 44 · Et vous ne voulez Pas que je tombe à vos pieds, dit · texte numérisé non relu

Et vous ne voulez Pas que je tombe à vos pieds, dit

alle, et vous ne voulez pas que je dise que vous êtes le tout fait pour nous et qui chaque jour faites plus encore !

—N'’avez-vous Pas fait pour moi plus que je ne pourrai jamais faire Pour vous!... dit M. À uvec une émo- : tion très vive. N'est-ce Pas grâce à vous que j'ai pu m’a- &enouiller depuis deux ans sur la tombe de mon père, et cette nuit, sur celle de ma mère!

—Oh! fit Marie.

—C’est vrai? dit André en s’avançant.

—Oui ; les renseignements que tu m’as donnés étaient exacts.

—#0h! le ciel était Pour nous le jour où nous nous

. Sommes trouvés face à face, maître, et c’est le doigt de

Dieu qui m’a conduit.

—Dieu à eu pitié de mes souffrances ; je dois, pour reconnaître sa bonté infinie, avoir pitié de celles des

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autres. Ne me remerciez donc Pas: secourez et soulagez!

—Et, dit Marie, il faut toujours garder le secret ?

—Le plus absolu, je l'exige! Que l’on ignore toujours, moi vivant ou mort, de qui viennent ces secours et ces dons, que votre père et votre mère l’ignorent, que vos enfants ne l’apprennent jamais. Ce secret dou être enseveli entre nous trois et mourir avec nous !

—Votre volonté sera faite, dit Marie en s’inclinant.

—Adieu, mes amie! dit M. A en se dirigeant vers la porte.

—Vous parie: seul, à cette heure, dans Paris, par ce temps de neige! s’écria Marie.

—Qu’ai-je à craindre?

—Tout des voleurs et des bandits, N’y at-il pas des bandes de coupeurs de bourses qui désolent le guet ?

—S$Si je rencontre des bandits, j'ai de l’or dans mes poches pour racheter ma liberté, et si cet or ne suffit Pas, j’ai à ma ceinture une paire de pistolets et à mon côté une épée solide.

— Voulez-vous que Jacot vous accompagne ? demau:ia André.

—Non, dit M. A en caressant le chien qui ne cessnit - de le regarder.

__ —I1 mangerait deux hommes, dit Marie.

—Même quatre, j'en répondrais. Mais q'ie Ju: demeure ici; je n’ai pas besoin de lui cette nuit, mais plus iard, je ne dis pas-non.”

Puis, ouvrant brusquement la porte, M. À adressa un dernier geste à André et à Marie, et il e’élançe dans la rue Grange-Batelière qui comptait alors trois mai-ons bâties en face le cimetière Saint-Eustache.

La neige avait cessé de tomber: la couche blanche qui recouvrait le sol était épaisse et elle projetait dane les ténèbres une sorte de reflet lumineux.

M. À, en quittant le cimetière, avait remis son mas-

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que, et, enveloppé dans les plis de son manteau, il merchait d’un pas rapide, longeant la haute muraille de l’hôtel de Luxembourg et du boulevard, faisant face à

nore, M. À s'arrêta : six hommes l'entouraient, trois tenaient un pistolet de la main droite, deux autres une épée à lame courte et épaisse, le sixième avait les mains enfouies dans les poches de son pourpoint.

cette couche neigeusé.

M. A promena son regard autour de lui, sans paraitre éprouver la moindre émotion :

“Que voulez-vous ?” demanda-t-i] d’une voix ferme et : sans tenter de se mettre sur la défensive.

Celui des six hommes qui avait les mains enfouies dans ses poches s’avança lentement : ; “Le prix de l'oeuf!” répondit-il, Et, étendant le bras droit, il présenta sa main ouverte dans laquelle était un oeuf rouge orné d’une croix blanche

“Le prix de oeuf !” répéta M. A.

—Oui, dit l’homme : vingt louis d’or en échange de œt oeuf dont la possession t’assurera la tranquilli:6 Pour le reste de la nuit.

—Et si je n’ai pas vingt louis ?

— Nous te fouillerons, nous Prendrons ce que tu auras, et nous t’enfermerons jusqu’à l’heure où tu nous auras fait donner le reste.

—Si je ne puis?

—Tu le pourras. Tu es masqué, bien costumé, tu viens de quelque aventure galante, tu as une tournure

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de gentilhomme: tu es grand seigneur ou financier; donc tu es riche.

—$i tu te trompais ?

—Je ne me trompe pas! Paye!

—Si j'étais porteur d’une somme plus forte que tu ne le crois?

—Je ne te demande que vingt louis, c’est notre règle, mais si tu le veux, tu peux acheter la sécurité des nuits suivantes en prenant d’autres oeufs et en les payant.

—Qui me garantirait cette sécurité ?

—Le parole d’un Coq. ;

—Et, dit M. A, en écartant brusquement son manteau, si je me défendais ?”

"l eaisit les deux pistolets passés à.sa ceinture. ;

le bandit ne bougea pas; les cinq autres e’étaient rapprochés instantanément, entourant M. A de leurs armes menaçantes.

“Ne résiste pas! dit celui qui s’était donné le eingulier titre de Coq. Tu es en face des Enfants du Poulailler... Paye ou meurs !”

—Je payerai,” dit M. A.

Il tira vingt louis de sa poche qu’il tendit au bandit, Celui-ci prit l’argent d’une main et offrit loeuf de Pautre.

“Quitte! dit-il Tu peux aller où tu voudras, cette nuit; à quiconque t’arrêterait, présente cet oeuf et tu passeras.”?

Il salua lestement: le cri de korikoko! retentit, et les six hommes disparurent. Qu’étaient-ils devenus! Il était imposs‘ble de le dire. … 3

M. À regarda autour de lui, puis il reprit sa marche aussi régulièremer: et aussi tranquillement que si aucun accident ne lui fût arrivé.

En quelques instants il atteignit le faubourg Saint- Denis dans lequel il s’engages.

En haut de ce faubourg s’élevaient, à gauche, les bâ-

timents de Saint-Lazare, et à droite, près du champ de la foire Saint-Laurent, le couvent des Soeurs de charité Surnommées alors les Soeurs grises. Ce couvent for. mait l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue Saint- Laurent, et il avait dour et nuit sa porte à demi ouverte et une cloche facile à agiter.

M. A s'arrêta devant cette porte basse et il sonna dou- Cement: la porte s’ouvrit. Une petite lampe éclairait faiblement un vestibule donnant sur une grande cour,

Une religieuse était là, portant le vénérable costume, qui va pas changé depuis cette année de grâce de 1633,

“Que veut mon frère ? demanda-t-elle,

—Parler à la sainte mère au nom de ceux qui souffrent, répondit M. À. Vous savez que cette nuit est celle du 30 janvier, ma soeur >”

+ À appuya avec une inteniiôn marquée sur cette dernière phrase. Le soeur grise s’effaça en se rangeant le long de la muraille, ‘

“Notre sainte mère vous attend dans la Chapelle, mon frère,” dit-elle de sa voix doucé.

É + Îl traversa la cour et il pénétra dans une chapelle qui s’élevait au centre des bâtiments inté. rieurs. Une lampe suspendue à la voûte répandait une lueur douteuse.

Une femme vêtue en soeur grise était agenouillée eur la dalle, devant l'autel, et elle Priait avee ferveur, en égrenant un chapelet quelle tenait dans ses mains amaigries.

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M. A s’approcha lentement, et il s’agenouilla près de la religieuse, un peu en arrière.

“Sainte mère! priez pour moi!” dit-il.

La religieuse tourna doucement la tête: elle ne parut nullement étonnée de voir là un homme masqué de velours noir. Elle fit le signe de la croix, et se relevant :

“Ah! dit-elle, c’est vous, mon frère ?

— N'est-ce pas la nuit du 30 janvier, ma soeur ? répondit M. A, et ne sommes-nous pas entre deux et irois heures du matin ? :

—Aussi vous attendais-je, mon frère.”

M. À était demeuré à genoux, et il tenait à la main une petite boîte qu’il présentait à la soeur grise,

“Voici mon offrande habituelle” dit-il.

La soeur prit la boîte, et, s’avançant vers l’autel, elle la déposa sur la première marche.

“Que notre divin Maître accepte ce don! dit-elle, et que les prières de tous ceux qui souffrent et que vous souligez montent vers lui pour implorér pour vous sa clémence.

M. À se releva lentement. I] salua profondément la soeur grise, puis il se dirigea vers la porte de la chapelle. La soeur le précéda rapidement, et, trempant ses doigts dans le bénitier, elle lui présenta l’eau sainte. M. A parut très ému :

“Ma soeur, dit-il, ma main n’ose effleurer la vôtre...

—Pourquoi? demanda la soeur grise.

— Parce que votre main est pure et que la mienne est souillée.”

La religieuse secoua douceraent la tête.

“Mon frère, dit-elle, j'ignore qui vous êtes, puisque je n’ai jamais vu votre visage et que je ne connais pas votre nom: j'ignore quel est votre passé, mais je sais cæ que vous faites. Voici la quatrième année que, la nuit du 30 janvier, vous m'apportez dans cette chapelle cent mille livres pour être distribüées secrètement

au nom de la charité chrétienne, à ceux qui souffrent : cent mille livres de médicaments ont sauvé la vie à bien des malades. L'oeuvre que vous accomplissez dans lo

tout puissant est inépuisable, et la Preuve que cette in dulgence s'étend sur Vous, c’est que j'ai remarqué, mon frère, que depuis deux années, et surtout cette année , tous ceux que j'ai secourus avec vos dons ont gué-

ri plus vite.”

M. À joignit les mains :

“En vérité?” dit-il, avec un accent d’anxiété vive.

La soeur fit un signe affirmatif, M. A se courba devant elle.

“Sainte mère, dit-il, ce sont VOS prières qui ont appelé sur moi Pindulgence du ciel. Que ces prières s’élè-

Et il traversa la cour, le vestibule, puis il sortit brus- Juement, I] descendit le faubourg Saint-Denis de Val. lure la plus vive; trois heures sonnaient aux Filles- Dieu. ”

“Ah! dit-il, en traversant le boulevard, les bonnes oeuvres sont 8Ccomplies ; maintenant, aux Mauvaises |

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