‹ Le chevalier Jean: conte magyjar, suivi de quelques pieces lyriquesChapitre 15 sur 21 · SUR LA MORT DE PIERRE VAJDA · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE PIERRE VAJDA

O nature, lorsque tu es allée dormir, dormir à la fin de l'automne passé, as -tu dit adieu à ton cher enfant, as tu dit adieu au plus fidèle de tes fils, et lui à toi?... et si vous prîtes congé l'un de l'autre, as-tu pensé que c'était pour la dernière fois?

Tu dors, nature, ton sommeil d'hiver...

Tu dors, et peut-être as-tu déjà pressenti

I . Prononcez Vaîda. Naturaliste et poôte, dont la vie ne fut qu'une lutte courageuse contre la pauvreté. Mort en 1846 à l'âge de trente- huit ans.

la douleur qui t'est réservée au jour de ton réveil ! Tu t'éveilleras, le printemps se lèvera,- et le rossignol chantera sa plus belle mélodie au jour harmonieux et solennel de ta résurrection ; mais il y avait un homme jadis qui saluait ce moment d'un plus beau chant que le rossignol. Tu regarderas autour de toi, et tu demanderas : Où est le premier de mes chanteurs? oii est-il?.., La vue d'un tertre funèbre sera la réponse.

O nature ! prends soin de cette tombe,

S[ui est la demeure du plus fidèle de tes enànts, prends-en soin.... Bénis-la et la revêts de tes plus belles fleurs; car il n'y a point dans notre patrie, il n'y aura pas une main reconnaissante, si tu le négliges, pour te remplacer. Oh î dans cette patrie, combien de nobles tombes sur lesquelles le vent agite les ronces de l'oubli ! — Oh I dis, ma patrie, qu'elle ne touche que le passé, et non le présent, cette plainte ; dis qu'il se trouvera dans ton cœur une petite place pour garder cette digne mémoire ; car il portait, lui, dans son cœur (le culte) de son pays. Un souvenir, un souvenir pour lui!

Et si vous venez sur sa tombe, versez-y une larme, car il mérite une larme, lui qui en a tant séché aux ardents rayons de son âme fervente! — Et, tandis que vous pleurerez en lui un poète, que vos larmes tombent en l'honneur du champion de la liberté, de celui qui, dans ces temps de

rampante bassesse, n'a point appris à plier le genou, et qui a mieux aimé poser sa tête sur la pierre d'une libre pauvreté que sur le coussin de velours de la dépendance.

La mort t'a ravi : qu'en toi la nature pleure son plus fidèle enfant, qu'en toi la patrie pleure un poëte... Les larmes les plus amères sont les miennes, car en toi je pleure le héros de l'indépendance!

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