LE FOU
.... Pourquoi me troublez-vous? Allezvous-en d'ici ! Je suis dans un grand travail, je suis pressé, je tresse un fouet de flamme avec les rayons du soleil; j'en fouetterai le monde! Ils gémiront bientôt, et moi je rirai aux éclats, comme eux riaient lorsque moi je gémissais. Ha, ha, ha!
Car telle est la vie; nous gémissons et nous rions, jusqu'à ce que la mort dise :
Chut! Une fois aussi, moi, déjà je suis mort; ceux-là versèrent du poison dans mon eau, qui buvaient mon vin. Et que firent mes meurtriers pour celer leur honteuse action? Tandis que je gisais par terre, ils se penchèrent sur moi, et se mirent à pleurer. J'aurais aimé à sauter et 4
leur mordre le nez. Mais ne les mordons point ! pensé-je, qu'ils gardent leur nez, et que Todeur de mon corps pourri les étouffe !
Ha, ha, ha!
Et oti m'enterrèrent-ils? En Afrique.
Cela fut heureux pour moi, car une hyène creusa la terre de ma fosse: cet animal fut mon unique bienfaiteur , lui aussi je le trompai; l'hyène allait dévorer ma cuisse; mais je lui présentai mon cœur, et il était tellement amer qu'elle en creva! Ha, ha, ha!
C'est ainsi qu'il en arrive à qui fait du bien aux hommes. Qu'est-ce que l'homme?
On dit : La racine d'une fleur dont la tige là-haut, dans le ciel, s*épanouit. Mais cela n'est pas vrai; l'homme est une plante dont la racine plonge dans l'enfer. Un sage m'a enseigné cela, un sage qui fut un grand sot, car il mourut de faim. Pourquoi ne volait-il pas, que ne pillait-il! Ha, ha, ha!
Mais qu'ai-îe à rire, comme un fou?
Certes, il me laudrait pleurer, pleurer de ce que le monde est si pervers. Dieu aussi, par Poeil des nuages, pleure souvent (de regret) de l'avoir créé. Mais de quoi servent aussi les larmes du ciel? Elles tombent sur la terre, la terre ronde que les hommes foulent du pied, et que produisent-ils, les pleurs du ciel?... de la boue»
Ha, ha, ha!
Et savez- vous ce que signifie, dans la langue des hommes, ce cri de la caÀlUpity
Îallathy? Cela veut dire : Evite la femme !
.a femme attire à soi l'homme, comme la mer les fleuves. Pourquoi? Afin de les engloutir. Bel animal que l'animal féminin , beau et dangereux ; c'est dans une coupe d'or un breuvage empoisonné. Je t'ai goûté, ô amour! Gros comme une goutte de rosée de toi est plus doux qu'une mer changée en miel; mais gros comme une goutte de rosée de toi est plus mortel qu'une mer changée en venin. Vites-vous jamais la mer quand l'ouragan y creuse des sillons, et y sème les semences de la mort? Avez- vous vu l'ouragan, ce paysan hâlé, avec la foudre pour soc de charrue dans la main? Ha, ha, ha!
Quand le fruit devient mûr, il tombe de l'arbre. Tu es un fruit mûr, à terre il faut q^ue tu tombes. J'attends Jusqu'à demain ; si demain ce n'est pas encore le jugement dernier, je creuse jusqu'au centre de la terre, j'y porte de la poudre, et je fais sauter le monde. Ha, ha, ha!