LE LION CAPTIF
Au lieu d'un royaume sans bornes, on lui a donné une étroite cage;
Dans une étroite cage à barreaux de fer, il est là, le lion, le roi du désert.
Laissez- le reposer en paix, c'est un crime que de le troubler,
Si on lui a ravi la liberté, permettez au moins qu'il y rêve ;
S'il ne peut atteindre le sommet de Tarbre, que du moins il puisse s'étendre à son ombre.
11 est là grave, majestueux : encore maintenant quelle dignité lui reste!
On lui a ôté la liberté, tout ce qu'il possédait ; mais la fierté du regard, on n'a pu la lui ôter.
11 est grave, comme la pyramide qui bien des fois l'a contemplé, avec ses pierres sombres.
C*est là que se porte sa pensée errante, il s'imagine être au lieu de sa naissance,
Là oti le souffle du simoun balayait les espaces sablonneux.
C'était là un beau pays, c'était là le beau temps!... Mais le gardien de la prison s'approche,
Et le monde de ses rêves disparaît au coup de verge qui lui a fouetté la face*
Une verge, et obéir à un tel rustre, ô divinités de tous les cieux !
Comme sa haute tête s'est baissée tristement! Il faut qu'il endure un tel opprobre!
Et, pour comble d'outrage, la foule stupide des curieux pousse un éclat de rire.
Comment oses-tu bouger, vile canaille?
S'il arrivait qu'il brisât sa prison,
11 te déchirerait, il te mettrait si bien en pièces, qu'il ne ,te resterait pas d'âme, même pour l'enfer!