‹ Le chevalier Jean: conte magyjar, suivi de quelques pieces lyriquesChapitre 19 sur 21 · SUR LE MÊME SUJET · texte numérisé non relu

SUR LE MÊME SUJET

Il y a une pensée qui m'inquiète : c'est de mourir sur un lit, entre des coussins !

de me flétrir lentement, comme la fleur que ronge la dent cachée d'un ver ; de me consumer peu à peu, comme la bougie qu'on laisse brûler dans une chambre vide.

Ne m'inflige pas, ô mon Dieu, ne m'inflige pas une telle mort! Je veux finir corpme l'arbre que la foudre brise ou l'ouragan déracine ; comme le rocher, que le

tonnerre, quand il ébranle la terre et le ciel, précipite de la montagne au fond de la vallée....

Si jamais tous les peuples asservis, désormais fatigués du joug, s'avancent dans la lice, le visage enflammé de colère et portant de rouges étendards avec cette sainte devise, « Liberté pour tous, » s'ils crient ces mots, s'ils les font retentir du levant au couchant et que les tyrans s'entrechoquent avec eux : c'est là que je veux tomber, sur le champ de bataille, là que le sang s'écoule de mon jeune cœur, et quand mes dernières paroles, des paroles d'allégresse, s'échapperont de mes lèvres, qu'elles soient couvertes par le cliquetis de l'acier, par le son de la trompette, le grondement clu canon, et que sautant par-dessus mon cadavre, les chevaux se précipitent oti les appelleront des fanfares de victoire, et me laissent fracassé sur la plaine.

Que mes ossements dispersés ne soient recueillis qu'au jour, s'il vient, au grand jour des funérailles, où aux accords lents et solennels d'une musique de deuil, sous les plis des étendards entourés de crêpes de deuil, on réunira dans une sépulture commune les braves qui seront morts, pour toi, ô sainte liberté du monde !

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