‹ Le chevalier Jean: conte magyjar, suivi de quelques pieces lyriquesChapitre 20 sur 21 · EXIL ET PRISON · texte numérisé non relu

EXIL ET PRISON

POEME par

ALEXA N DRE VAHOT

JE poëme dont on va lire la traduc- I tion, a pour titre, dans Toriginal :

I « Le prisonnier de la terre étrangère fa vrUljœld rabja) ». Ce prisonnier, on le devine, est un Hongrois, détenu politique ; et cette terre étrangère, T Autriche, apparemment le Spielberg, où ses aspirations patriotiques l'ont conduit.

Cest, en trois cents et quelques vers, un pendant des Mie prigtoni^ mais avec moins de cette résignation qu'on serait tenté parfois de reprocher à Silvio Pellico. Extra Hungariam non est vit a, dit le proverbe hongrois; et si telle est ridée de l'homme qui vit libre dans son pays, quel sera le sentiment de celui qui en a été arraché pour être enfoui dans un cachot, les fers aux pieds, et sans que sa famille ou ses amis connaissent son sort?

L'amour du sol natal est poussé jusqu'à une espèce de fanatisme chez le peuple magyar. Quand Vœrœsmarty lui disait , dans son fameux appel (v:[o\at)y devenu hymne national : « Que la main du sort

a te bénisse et te frappe : c'est là que tu a dois vivre, que tu dois mourir > », il n'exprimait pas simplement une pensée commune à la plupart des hommes, il ne s'inspirait pas uniquement de Tamour de la patrie tel qu'on l'entend ailleurs; il avait sans doute en vue cette croyance singulière, citée par notre poëte, et d'après laquelle les Magyars auraient non-seulement un Dieu particulier (a Magyarok istene), mais un soleil autre et plus beau que celui qui éclaire le reste du monde *, quel douloureux pressentiment de sa destinée semble avoir eu le pauvre Alexandre Vahoty lorsqu'il écrivait son poëme, peu de temps avant, les événements de 1848, aux applaudissements et des lettrés, qui le couronnaient, et de la nation toute entière! Jamais il ne devait, dans ses autres vers, retrouver une aussi haute inspiration : et lui aussi, dès i85o, il était arrêté, jeté en prison, et sa raison s'affaissait, comme celle du captif dont il a retracé d'une manière si poignante les souffrances.

Il est mort en 1861 à Bude, dans une maison de santé, oti il avait passé plusieurs années entouré des soins les plus dévoués par une admirable compagne, qui elle-même s'est fait un nom dans les lettres.

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