CONTE
}N soleil d'été darde du haut du ciel ses rayons brûlants sur un berger; peine en vérité fort superflue prenait là le soleil, car le pauvre garçon avait déjà bien assez chaud. Le feu *de l'amour consume son jeune cœur, aussi laisse-t-il paître à l'aventure son troupeau à l'extrémité du village. Les moutons broutent çà et là dispersés , tandis qu'il reste indolemment couché dans l'herbe sur sa pelisse. Une mer de fleurs s'étend autour de lui, bigarrée; mais C€ n'était pas sur les fleurs que ses yeux étaient fixés; à un jet de pierre coule un ruisseau, et de là ses regards avides ne pouvaient se détacher. Ce qui les attire
pourtant, ce n'est pas non plus le flot étincelant du ruisseau, mais sur la rive une blonde fillette, une fillette blonde à la taille svelte, à la belle et longue chevelure, au sein arrondi. Occupée à laver dans le frais ruisseau, sa robe estrelevée jusqu'au haut de la jambe ; et l'eau réfléchit deux jolis petits genoux, au grand plaisir de Yantchî Koukoritza ', car le berger paresseusement couché dans l'herbe, c'est Jean Maïs ; aussi bien quel autre pourrait-ce être? Et la laveuse au bord de l'eau, c'est Ilouchva, la perle du cœur de Yantchi.
« Perle de mon cœur, Ilouchva, mon âme, » — ainsi lui parla le berger, — « regarde de ce côté, toi mon unique joie au monde. Lance sur moi un regard de tes noires prunelles. Viens ici que je t'embrasse; viens à moi, rien que pour un moment, afin que je prenne un baiser sur tes lèvres vermeilles. » — « Tu le sais, mon cœur, je le ferais avec joie, si ma besogne n'était aussi pressée; je me déj^éche, autrement je serai maltraitée, au lieu de mère n'ayant plus qu'une marâtre. » Voilà ce que répondit la blonde et gentille Ilouchva, après quoi elle se remit de plus belle à laver. Mais le berger alors, se levant de dessus sa pelisse, s'avance vers elle, et d'une voix caressante lui dit : « Viens, ma co-