‹ Le chevalier RobertChapitre 5 sur 17 · IV.— REINCOKTRE · texte numérisé non relu

IV.— REINCOKTRE

On ne parlait le lendemain, sur lesauck (marché) de Tanger, que de l'apparition de la veille et de la sairde du jardin d'Amérique.

— C'est une grande bénédiction pour rjous, disait un campagnard, qu'elle ait choisi ce lieu pour sa résidence; elle va conjurer les esprils malfaisanls qui détruisent les récoltes el qui tuenl les bestiaux. — El puis, dit un vieux a'Iem (docteur marocain) à l'œil fanatique, il était temps que le sacrilège eût un terme, et que le tombeau du santon fût purgé de l'approche des mécréants; ils n'osercMit pins désormais, grâces en soient rendues au Prophète, souiller de leur présence notre sainte montagne; c'est bien assez de les rencontrer tous les jours dans les rues, et de les voir insolemment passer devant les mosquées sans se déchausser. Si j'élais le maître, il y a longtemps que j'aurais fait cesser un pareil scandale; mais la foi s'en va, il n'y a plus de religion. — Est-elle jeune? demanda quelqu'un. — Kllea l'âge «les houris, répondit un des

soldais qui avait élé témoin de l'apparition. —Estce que les saintes ont un âge ! dit l'aMem ; elles vivent dans les douceurs d'une éternelle jeunesse, et quand leur mission est accomplie sur la terre, elles remontent au sein d'Allah , comme des roses en (leur que la brise du soir emporte aux cieux. — Dit-on d'où elle vient? — Les uns disent de Tarudant, les autres de Mogodor; mais on ignore sa lamille; on croit seulement qu'elle est fille d'un des premiers scliériiïs de Tenipire, un descendant des anciens rois de Fez; les lemdoucha (secte du Maroc) prétendent qu'elle appartient à leur secte, mais K s Aïsaoua (autre secte du 3îaroc) la revendiquent. — Klle appartient au prophète, et c'est le prophète qui nous l'envoie; prions-le tous, soir et riiatin, de ne pas la retirer h lui, et de nous la laisser longtemps.

Pendant que ces propos se tenaient dans la foule, le petit nègre Guzzul voltigeait de groupe en groupe, ne perdant rien de ce qui se disait, et quand sa moisson fut faite, il reprit le chemin de la Kassaba. Abdalah ratlendail dafis son hareu); Kadidjah, l'épouse favorite, était couchée à ses pieds, comme une gazelle privée, le flattant du regard et de la voix.

— Seigneur, lui disait-elle, vous êtes triste; votre front est chargé de images comme l'Atlas dans un jour d'automne : la présence de votre fidèle et dévouée Kadidjah ne |)0urra-t-elle donc les dissiper, ni vous distraire du déj)art de votre nile;'Ne | uis-jc rien pour votre bonheur?- T'enimc, lu peux beau-

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coup, lu as toujours occupé la première place dans mon cœur, et lu es la douceur de ma vieillesse; mais Agia était la fille de nos beaux jours; ils revivaient en elle, et la possession du bien qui nous reste n'empêche pas de rcgreltercelui qu'on a perdu. — Mais n'est-ce pas une consolation de pensi-r qu'Arzaïm rendra notre ûlle heureuse? Tétouaii d'ailleurs n'est pas si loin de Tanger que vous ne puissiez l'allez voir aussi souvent que votre cœur paternel vous le commandera. — Lne lille mariée est une fille perdue pour sa famille ; le rameau arraché du Ironc qui le nourrissait devient la racine d'un arbre nouveau. Mais noire fille accomplit sa destinée; il faut savoir aimer ses enfants pour euxmêmes, et vouloir leur bonheur aux dépens du nôlre; que notre AgIa soit heureuse, et que les décrets d'Allah s'exécutent !

La résigîiation du vieillard contrastait avec la satisfaction mal déguisée qui brillait dans les yeux de Kadidjah ; réioigncment de cette fille, dans laquelle elle voyait une rivale, était pour elle une victoire qui ralTermissait son empire ébranlé; elle s'était ressaisie d'Abdalah comme d'une proie prête à lui échapper, elle l'avait remis sous son joug, et le sentiment du triomphe la rendait pou sympathique à sa douleur; mais elle jouait les regrets qu'elle n'éprouvait pas, et pour ndeux s'emparer de l'esprit dti vieillard, elle feignait de partager sa peine. l'ourlant elle cherchait à l'en distraire, et déployait pour y parvenir tous ses artifices, toutes ses séductions; elle ne portait alors ni caftan ni

iiionsoria; un simple huïk blanc, si fin qu'il cnclnit (liapharjo, clait jelc sur elle, cl ses cheveux (Jéiioués iiiondaietil sa poitrine et ses épaules nues; la main d'Abdalali se jouait lentement dans ces longues boucles flottantes, et son œil épris se reposait sur ces formes que la nature avait faites si pures, et que l'art rendait encore plus séduisantes. — Tu es belle, ô ma CJrcassienne! lui disait-il, cl tant d'années de possession n'ont fait que l'embellir à mes yeux; non certes, je n'ai pas tout perdu, puisque lu me restes, et que je puis m'enivrer de ta beauté comme aux premiers jours de notre uni(jn ; mes autres femmes, que sont-elles auprès de loi? Des jouets dont j'use par caprice et que je brise après par emmi. Aucune n'a pu me fixer, aucune ne saurait me plaire, et je reviens toujours à loi, la plus belle et la plus aimée ; lu es la fleur de mon harem; Ion parfum l'embaume, et toutes les autres auprès de loi sont sans odeur et sans éclat.

Kadidjah recevait cet encens avec ivresse. La vanité, qui est la passion dominante du harem, s'exaltait en elle à chacune des paroles d'Abdalah, et elle y répondait par des caresses pleines à la fois d'adresse cl de volupté.

Guzzul, à qui son âge, sa couleur et la prédilection de son maître donnaient l'entrée du harem, troubla le Icte-à-tête.

— Eh bien! enfant, lui demanda Abdalah, que dit-on de la nouvelle sainte?

Le petit nègre lui rapporta, avec la fidélité littérale cl niinulicuse des hommes de son pays, loul

ce qu'il en avait enlcndu dire au saock et ailleurs.

— Puisqu'il en est ainsi, reprit Abdalah, je veux être le premier à lui rendre hommage sur sa montagne ; j'irai la supplier de veiller sur le bonheur d'Agla, et de la recommander au prophète dans ses prières. Va, enfant; fais seller mon cheval et prépare-loi à m'accompagner.

L'ordre fut exécuté aussitôt que donné ; couvert d'une selle écarlate à laquelle pendaient deux larges étriers d'argent, le cheval d'Abdalah frappait du pied la terre en attendant son cavalier à la porte de la Kassaba; quelques instants après, ils descendaient le rude et étroit sentier qui conduit hors des murs. Ils furent bientôt dans la campagne; Guzzul marchait d'un pied léger en chantant d'une voix joyeuse des airs du Soudan, sa pairie. Sa gaieté d'enfant contrastait avec la gravité du maître. Celui-ci montait fort court suivant la mode arabe; ses genoux atteignaient presque au pommeau de la selle taillée en fauteuil, et il tiatlait de la main le noir poitrail de sa Hère et douce monture. Les larges plis de sod haïk blanc flottaient au gré de l'air, et il portait pour chaussure une bolline de niaroquin jaune armée d'un éperon d'argent. Arrivé à l'endroit de la montagne d'Amérique où le sentier cesse d'être rocailleux et découvert, et où commencent les bois, Abdalah mit pied à terre, ii laissa son cheval aux mains de Guzzul, et, s'enfonçant seul sous les mystérieux ombrages où la sainte rendait ses oracles, il la trouva assise devant le

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tombeau du santon qui l'avait précédée dans cts lieux sacrés ; elle se leva aussitôt qu'elle l'aperçut, et vint à lui précij)ilamment.

— Mon père ! s'écria-t-elle en se jetant dans ses bras, je pensais à vous et je vous attendais; je savais bien que votre visite serait la première. — Eh bien! mon enlant, ne te repens-tu point de ce que tu as fait?— M'en repentir! oliî non; le désert m'a donné d'autres conseils, et je m'applaudis de ma résolution.—l'rends garde: tout ce qui est neuCest doux, mais l'expérience est arnère. — C'est l'expérience au contraire qui sera douce pour moi, j'en ai l'intime conviction. Mais vous, mon père, comment supportez-vous mon absence, et comment l'avczvous expliquée à ma mère? — Elle te suppose à Tétouan, dans le harem d'Arzaïm. — Mais Arzaïm?

— Il ne viendra pas de longtemps nous démentir; il s'est trouvé si humilié de la résistance, et la blessure de son orgueil a été si sensible, qu'il a efilrepris, pour la guérir et pour se distraire, le grand pèlerinage de la Mekke; il est parti pour LY'z immédiatement après Ion refus, alin d'y attendre le départ de la grande caravane. Ta mère te croit enlin résignée et occupée à attendre le retour de cet époux su[)posé dans la solitude du harem.

— Oue celle-ci m'est chère auprès de celle dont j'étais menacée, et que je bénis Dieu de m'avoir inspiré l'idée de la retraite, et vous, mon père, de m'avoir permis de l'exécuter!-- l'uisse-t-il éloigner de loi les regrels et peupler la solitude en l'habitantavec loi. Puisque lu n'as voulu d'autre époux

que lui — En pouvais-je choisir un autre?

— ... que celui-là, du moins, le soit fidèle! — Ma fidélité me sera un garant de la sienne; ce n'est pas Dieu qui abandonne la créature ; il ne se retire jamais que de ceux qui se sont retirés de lui ; puisqu'il m'a donné la pensée de me vouer à son service, il me donnera aussi la force d'y persévérer. — Pauvre et chère enfant! qunnd le malheur vient, il aveugle; c'est moi qui ai fait le tien en te révélant imprudemment et sans nécessité le secret de ma naissance ; Dieu me punit de ma coupable faiblesse, en me montrant la fille de mon amour aux prises avec les éléments et en butte à toutes les privations; sa vengeance ne pouvait m'infliger un supplice plus cruel. Si j'avais gardé mon secret, je serais arrivé à mon but, qui était ton bonheur; mais ce secret m'étoufifait; il a fallu m'en délivrer pour respirer; voilà pourquoi j'ai levé la pierre qui scellait mon cœur, muet depuis tant d'années.

— Ce qui est dit est dit, ce qui est fait esl fait ; à quoi bon revenir toujours sur le passé? Tournez plutôt les yeux vers l'avenir, et ne vous repentez de rien. — Eh! c'est l'avenir qui me trouble bien plus encore que le repentir et les regrets du passé. Tant que je vivrai, je pourrai du moins te protéger de loin et veiller sur toi comme un génie invisible; mais quand je ne serai plus, que deviendras-tu, seule au monde, livrée à rinclémencc des éléments et aux mille périls de ces bois solitaires?— Pourquoi faut-il que je vous donne l'exemple de l'cspc-

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rancc, el que la fille ail plus (Je force que le père? NedouU'Z pas plus de ma (leslinée que je fi'en doute moi-même, el ne soullrcz pas plus que moi de mes souiïrances. Je me confie en Dieu, conliczvous aussi en lui, el, si ma loi vous manque, ayez du moins n)a résignalion. — I-a résignation est le refuge du désespoir. — La mienne est sœur de l'espérance. — iMais que veux-lu donc que j'espère? en quoi veux-tu que j'aie foi? — Dans l'inconnu. — L'inconnu ! l'inconnu ! il n'y a pas d'inconnu pour loi. Je sais la vie comme si je l'avais vue déjà se dérouler devant moi ; les événements en sont marqués d'avance el tous prévus. — Non, mon père, non, rien n'est écrit comme vous le dites ; l'imprévu est le dieu de ce monde d'ignorance et de ténèbres, c'est lui qui préside aux destinées humaines, et c'est en lui que j'espère. L'avenir garde dans son sein des trésors voilés qu'il rc|iand jour [»ar jour, cl chaque être reçoit à son tour quelques gouttes de celle rosée bienlaisanle. Mes aspirations, mes espérances ne sont que despressentinicnts, el comme les voix prophétiques de mon sort futur. Je prélude |)ar le désert à des jours meilleurs; je puise dans Je sein de Dieu dis forces pour alTronter toutes les épreuves; quelles qu'elles soient, elles seront toujours moins dures que la dégradante caplivilé du harem : c'aurait été pour moi un elTroyahle supplice : née libre sur la terre des esclaves, j'ai pris la seule voie qui me lYil ouverte ; je ne pouvais demeurer plus longtemps sous voire loil, car, au li<Mi d'être pour vous un «^ujet de joie el une conso

lalion, ma présence était devenue une occasion de trouble et de divisions. J^ ne [)Ouvais penser sur rien comme vos femmes; ma mère même ne pouvait pas me comprendre, et j'étais isolée à votre loyer. Je n'avais que vous, mon père; vous seul me compreniez ; mais notre intimité était la source de tous ces orages; la langue que nous parlions erjsemble était suspecte à vos femmes, à vos esclaves, veux-je dire, parce qu'(;lles ne l'entendaient pas ; elles bâtissaient sur leur ignorance je ne sais quel échafaudage absurde et puéril, et leur jalousie empoisonnait votre intérieur ; j'ai dû m'immolera votre repos. Je pouvais vous le rendre en me mariant, mais le mariage, c'est-à-dire l'esclavage, n'est pas fait pour moi; j'ai refusé Arziïm, non point parce qu'il est Arzaïm, mais parce qu'il est Maure, et qu'instruite de votre naissance el (ière de mon origine, je ne veux pas me mésallier. Ne pouvant être l'épouse d'aucun bommeence pays, je suis l'épouse <le Dieu, et je garderai pur et intact le généreux sang que vous m'avez transmis. Non, la (ille d'Abdalab ne rendra jamais son cœur aux barbares. Ne in'avez-vous pas dit souvent vous-même qu'il faut joindre l'égal à son égal, et que les contraires ne se réunissent point? — Dieu est grand, dit le vieiliard a\ec une résignation triste, que sa volonté se fasse 1 — Klle se fera, n'en doutez pas : ce qu'il veut est bii'ii, et j'ai confiance en sa bonté. Oui sait ce (ju'il me promet et quelles réparations me sont réservces?qui sait s'il ne m'a pas attirée dans son sein itour me garder de plus prèS; el s'il ne m'enverra

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pas quelque cnf.Jiil de ma pairie loinlaiuc pour nj'appuyer dans la vie, el pour réaliser les rêves de ma solitaire adolescence. — 0 lêle romanesque! ô cœur crédule et plein d'illusions! — Mes illusions sont des espérances, et ma crédulité de la foi. Je suis jeune, comment n'aurais-je pas les pensées de mon âge? Encouragez-m'y, bien loin de les combattre, car je suis dans la sagesse en pensant ainsi. J'ai résolu de ne pas désesj)crer, de ne jamais douter, et de supporter [)aliemment l'altente; ne désespérez pas non plus, et ne livrez pas votre à(ne au découragement. — La perte de l'espérance est un doux repos. •

On entendit à ces mots les pas d'un cheval tout près du tombeau.

— Qui vient nous troubler? s'écria Agia en s'élançant du côté d'où venait le bruit.

A peine avait-elle fait quelques pas, qu'elle se trouva face à face avec un cavalier vêtu à l'européenne : à cette vue, elle se rejeta en arrière; le cavalier s'arrêta tout court; ils échangèrent un regard fixe, ardent, électrique ; il y avait de la colère, de la surprise dans celui de la sainte, de la surprise cl de l'admiration dans celui du chrétien. In long silence régna, pendarit lequel ils se mesuraient de l'œil el cherchaient à se deviner l'un l'autre et à recueillir leurs csprils. AgIa était la plus émue; elle voulait rester fidèle à son rùlc de sainle et renouveler la scène de la veille en fulminant l'analhèmo sur le profane étranger ; mais elle n'était pas assez sûre d'elle pour se risquer à lancer la foudre; elle

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craignait que le tremblement de sa voix ne trahit son trouble intérieur. Le chevalier Robert (c'était liii) fut le premier à se rcujettre.

— Si tu es la sainte rie ces bois, lui dit-il, et que (on prophète t'inspire, tu dois savoir qui je suis, car tu as sans doute le don de divination ; je t'ai vue hier apparaître sur ces rochers comme une sil)ylle sur son trépied ; j'ai entendu les anathèmcs, et je viens, malgré tes menaces, et à cause de les menaces même, prendre possession de la villa dont tu m'as interdit l'approche. Punis ma témérité si je t'offense, sinon, laisse-moi me réjouir d'un si doux voisinage.

Agia écoutait ces paroles moitié tendres, moitié ironiques, avec une attention profonde ; miroir sincère de son à:ne, sort visage candide et noble exprimait tour à tour le courroux, la joie, l'élonncment, l'espérance; elle attachait sur l'inconnu des regards naïfs et désarmés jusqu'à l'abandon; un sentiment qui ressemblait à la reconnaissance s'était emparé tout à coup de ce cœur jeune et confiant, comme si cet homme, qui lui apparaissait pour la pretnière fois, eût ouvert devant elle des horizons nouveaux, des |)crspectives jusqu'alors invisibles. Le rideau de l'avenir venait-il de se déchirer à ses yeux? une clarté soudaine avait-elle illuminé les ténèbres de sa destinée?

Robert s'élait lu pour donner à la sainte le temps de se recueillir ; penché sur le cou de son cheval et l'œil lixé sur AgIa, il attendait sa réponse avec une curiosité pleine de trouble et d'anxiélc.

— Pardon si je le brave, reprit-il enfin, voyant qu'elle ne se disposait pas à répondre, tu es si belle que je voudrais le plaire et non l'offenser ; mais je te parle en vain; tu ne me comprends pas, à moins que tu n'aies reçu le don des langues, comme les apôlros de noire messie.

— Oh ! oui, réj)ondil-elle en posant une main sur son cœur, je comprends ta langue cl je te remercie de me l'avoir parlée.

(les paroles, diles dans un français pur et correct, jetèrent le voyageur dans une inexprimable surprise; un cspril supcrslilicux aurait pu croire à un miracle; il demeura pélrilic sur sa selle, dans fin véritable saisissement.

— Qui es-tu donc, s'écria-t-il , loi qui parles la langue de ma pairie? — Je suis l'cftouse du [iroplièle, s'écria Agia d'une voix éclatante, en rentrant tout d'un coup dans son rùle; je suis la gardienne de celle sainte montagne. Malheur à qui vient m'y braver! leglaive d'Allah est sur son cœur et l'ange de la mort plane sur sa tète. Malheur à loi !

A ces mots, elle s'enfonça dans les fourrés et dis parut.

— Un Français! mon père, s'ccria-t-elle tout éper due, en rejoignant Abdal.ih qui s'était tenu caché dans le lond)eau du sanU)n ; un l'rançais! un.... — Silence! silence! dit le vieillard en l'interrompant avec cflroi et en l'enl rainant au fond du tombeau ; ces bois ont des échos perfides.

Le voyageur continua sa roule, follement préoccupé de la singulière apparition qu'il venait d'à-

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voir, mais si peu intimidé par les menaces et les analhèmes de la sainte, que le soir même il était installé dans la villa d'Amérique avec son valet et un soldat que le kaïd lui avait donné , comme aux consuls, pour l'escorter dans ses proujctiades et veiller à sa sûreté. Les autres habitants de la villa étaient un vieux jardinier maure, nommé Âhoul, et sa femme A/chah, une juive renégate qui faisait l'office de ménagère. C'était là une armée bien faible pour résister aux entreprises des RifTins, si jamais les prédictions sinistres du consul de France venaient à s'accomplir.

J'oublie de dire que Robert, avant de quitter Tanger, avait pris un interprète, tant pour rester auprès de lui pendant son séjour, que pour l'accompagner dans son voyage à l'Atlas, s'il obtenait la permission de l'exécuter. Ces fonctions d'interprète sont abandonnées aux juifs, qui en ont seuls le monopole, parce que seuls ils sont en état de les remplir; outre l'arabe qu'ils parlent, malgré la loi qui leur défend d'user de la sainte langue du koran, ils savent tous l'espagnol, et plusieurs quelque autre idiome européen ; versés de plus dans les mœurs et les cérémonies du pays, ils sont indispensables aux étrangers et leur rendent des services «le toutes sortes. Celui qu'avait pris Robert était le type du genre: c'était un jeune bonime alerte, toujours prêt à tout faire, bien informé de tout, avec cela fertile en ressources et en expédients, ne doutant de rien, et se tirant habilement des plus mauvais |)as.

Cet interprète modèle se nommait Isaac Rcnchimol.

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