‹ Le chevalier Trumeau: comédie en un acte, en versChapitre 113 sur 143 · OCTAVE, ISABELLE · texte numérisé non relu

OCTAVE, ISABELLE

OCTAVE, à part.

Elle va s^endormir alors, il me Ta dit.. .

Mais c'est afTreux !

Arec soulagement.

Oui! mais ça me rend plas hardi l

ISABELLE, A part.

Il ne me parle pas.

OCTAVE, à part.

J*ai peur qu'elle ne souffre.

ISABELLE

Quoi ? Vous ne mangez plus ?

OCTAVE, A part.

Mais je bois comme un gouffre.

Uboit.

3uoi qu'en dise Pierrot, manger moins est prudent.

OCTAVE, à part.

Comme le cœur me bat! Il le faut, cependant.

Il boit.

ISABELLE

Mais comme vous buvez ! Prenez garde I

OCTAVE, résolument.

Avec rage !

Madame, c'est pour mieux me donner du courage.

ISABELLE, étonnée.

Mais comme vous avez les yeux brillants, ce soir?

OCTAVE

C*est pour mieux lire en vous, madame, et mieux vous voir!

ISABELLE, troublée.

Et co:iinie, tout à coup, votre voix devient claire?

66 LS NARC0TIQU8

OCTAVE

C'est pour mieux vous parler, vous convaincre et vous plaira

ISABELLE, inquiète.

Je... je vous crois un peu de flèvre; calmez-vous ! Vous avez eu grand tort de souper, entre nous, Et je m'en veux d'avoir aidé cette escapade... Un malade jamais. . .

OCTAVE, éloignant sa chaise de la table.

Je ne suis pas malade 1

ISABELLE, troublée.

Faible...

OCTAVE, arec force.

Je ne suis pas foible !

Il se lève.

ISABELLE, plus troublée.

En œ cas, surpris Quelque peu, par ce vin...

OCTAVE, loajouT» pins résolu.

Et je ne suis pas gris n s'approche d'elle.

Chère Isabelle....

tS NA&COTIQVE 67

ISABELLE, e£f ruyée, s'élolgnant .

Alors vous êtes fou !

OCTAVE

Pas même !

Il ôte so robe de chambre, la jette sur le canapé et paraît Tèta de la plas élégante fngon.

Je suis homme de cour, ma belle, et je vous aime !

ISABELLE

Eh ! quoi, vous n'êtes pas...

OCTAVE, cavalièrement.

Je suis riche, marquis, Et de plus, bien portant, je vous le garantis.

ISABELLE

Votre mal?...

OCTAVE

Un prétexte.

ISABELLE

Et votre nom?...

OCTAVE

Un leurre

J'ai nom Octave.

ISABELLE

Ah 1 j'attendais cette heure Depuis deux mois...

ISABELLE, s'éloignant de lui.

Je réve ou j'ai mal entendu...

OCTAVE, â part, reprenant peur.

Si le breuvage est sans efTet, je suis perdu.

ISABELLE

R3t-il possible? Vous? De telles fourberies !

OCTAVE, tendrement.

Je VOUS ai vue, un jour, si belle, aux Tuileries, Que j'iii i)ris ce moyen, le plus sûr, le plus doux. De vivre auprès de vous et d'être plaint par vous. Car depuis ce jour-là vous avez eu mon âme.

ISABELLE, sévèrement.

Mais, en ûiis.'mt cela, qu'espériez-vous ?

OCTAVE, troiiblô.

Madame...

ISABELLE

Parlez 1 qa'attendez-vous de moi ? que voulez^vous

OCTAVE

Que vous m'aimiez I Je vous le demande à genoux

Il so met A genoux.

Quand je vous le disais que c'est de la folie ! Et mon devoir, monsieur, et tout ce qui me lie. Et mon mari qui m'aime et que j'aime !

OCTAVE, léTolté, et se relevant.

Allons donci

ISABELLE

Comment, monsieur?

OCTAVE

Non, non, je veux dire... pardon 1...

A part.

Elle ne s*endort pas du tout.

Grâce, Isabelle 1

70 LE NARCOTIQaE

ISABELLE

Oh! n*ayez peur, monsieur le marquis, que j'appelle; Si mon mari savait. . . mais tout serait perdu. . , ciel I c'est un a(Tront qui ne m'était pas dû I

OCTAVE, aux champs.

Des pleurs l

A part.

Et toujours rieni La dose est trop peu forte- Canaille de Pierrot 1

Sortez !

OCTAVE, interdit.

Moi ! que... je... sorte. . •

ISABELLE

Puisque vous refusez, c'est moi qui, dans ce cas...

Elle va vers la porte.

OCTAVE, désolé, A part.

Comment I elle s'en va !

ISABELLE

Ne me retenez pas!

Ne...

Elle B'arréte.

C'est étrange 1

OCTAVE, à pari.

Heinl

ISABELLE, passant la main sur son front.

Rien I Façonné que vous êtes Aux triomphes de cour, aux faciles conquêtes...

OCTAVE) naïvement.

Moi!

Vous VOUS êtes dit : Entrons dans la maison... Ce n'est qu'une bourgeoise et j'en aurai raison...

OCTAVE

Oiil

ISABELLE parlant diificilemenr.

Je suis jeune et riche, et coW et beau... j'espère..

Elle s'arrête.

Mais qu'ai-je donc, ô ciel !«.*

7i LE NA&COTiQUB

OGTATB, Apvt.

Le norcotiqae opère.

ISABELLE, mémo Jeu.

Mais il n'est de beauté... de jeunesse... ni d'or... Qui... je sens...

£Ilc se luUse tooiber sur le canapé.

mon Dieu!... n'allez... pas...

Elle renTerae sa tâte en arrière et ferme les yeux. OCTAVE s'apivoclie sur la pointe du piod et la regarde.

Elle dorti ËnGnl II était temps l Elle s'est défendue I... Sans le philtre, je crois, ma cause était perdue... C'est un crime, pourtant, celai... Comme elle dorti Ce sommeil me fait peur... il ressemble À la mort.

Effrayé.

Ciel !

Il s'approche et la regarde, penché sur elle.

Mais non... la voilà rose comme Taurore...

Et d'ailleurs je vois bien qu'elle respire encore. ma IrcaLté céleste I ma chère vertu 1

Peut-être m'entencU-ta, peut-être me vois-ta, / A traTôrs le brouillard transparent de ton rêve? Crois-moi, tout ce qui brûle et tout ce qui soulèTO Une &me encore neuve, un cœiir adolescent, Mon Ame en est brûlée et mon cœur le ressent t Si ma bouche restait obstinément fermée, Tu n'en étais pas moins éperdûment aimée, Je ne suis qu'un enfant, ayant jusqu'à ce jour La peur mystérieuse et folle de l'amour.

Énigme dont le mot perd ou sauve notre âme £t dont le sphynx terrible et charmant est la femme. Mais je parle à présent, tu m'entends, n'est-ce pas ? Bb bien oui I je commets un crime... doux, hélas t

Il loi baiie let mains.

MalB un crime d'amour et que tu me pardonnes...

Il rembntse on front*

Ce baiser, je ne le prends pas, tu me le donnes? Ahl j'aurais tant vonhi ne te devoir qu'à toi.. Ce que je fais est mal...

Il Tembrasse

y :■ ■ ■ . '■ Très mail...

H reiïibrasw.

Mais, malgré nioi.

Je sens que je suivrai la pente de Tablme...

Il l'embrasM.

Ah 1 le crime toujours amène un autre crime I

Il l'embraifle.

GrAce 1

Page 1