‹ Le chevalier Trumeau: comédie en un acte, en versChapitre 39 sur 143 · SCÈNE IX. * sa · texte numérisé non relu

SCÈNE IX. * sa

JEANNE

Et toi, me prendîS-tu ^our une rouée en quôte d'un prétexte ? Nous estimes-tu assez peu Tun et Tautre pour croire qu'il ne s'agit entre nous que de galanterie ? M. de Nohant n'est pas plus un débauché que je ne suis une coquette. Il m'aime et je l'aime!

MADAME GASTELLI.

Et voilà !... C'est simple comme un notaire ! Il m'aime et je' Faimef... et alors... mais c'est monstrueux I

Ah! ne ris pas, Julia, tu me blesses.

MADAME GASTELLI.

Tu confonds le grave et le sérieux, mon enfant. On peut dire follement les choses les plus sérieuses, et c'est mon fait; on peut faire gravement les plus grandes folies, et c'est le tien. Encore une fois, pense à toi, au scandale.

JEANNE

Âh! le scandale!... tant mieux! tant mieux! Sois tranquille, d'ailleurs, je porterai mon crime superbement!

MADAME GASTELLI.

Ton crime, oui, mais ta faute... Crois-moi, va, ne fais pas si bon marché de l'estime du monde.

JEANNE

L'estime du monde 1 Avec le mari que j'ai, le monde m'a déjà donné dix amants, j'en perdrai neuf, j'y gagne.

MADAME GASTELLI.

Tu en avais dix faux, tu en auras un vrai, tu y perds. Allons, voyons, Jeanne, voyons, ce n'est pas possible ! Tu ne vas pas jeter dans une aventure...

JEANNE

Yois-tu, Julia, tu ne te doutes même pas du sentiment qui lous unit, Louis et moi.

MADAME GASTELLI.

Mais 8J 1 mais parfaitement I Mais c'est toujoucs la même chose ! Ëros, Cupido, Âmor, chez les anciens ; chez nous, cela s^appelle une toquade, parfaitement.

JEANNE

Julia !

MADAME GASTELLI.

Parfaitement! Mais qu'on rappelle comme on voudra, c'est toujours par une sottise que cela commence, et par un remords que cela unit... L'amour?... Ëhl laisse- moi donc avec ton amour! Des grands mots avant, des petits mots pendant... et des gros mots après !

JEANNE

Blasphème, va, blasphème!

MADAME GASTELLI.

C'est cela, des grands moisi... Mais l'amour... C'est horrible c^est entendu, il ne faut pas le dire, c'est convenu... Mais l'amour n'est qu^une sensation dont nous avons fait iin sentiment, pauvre nous! pour pouvoir l'avouer quand il vient et... recommencer quand il passe... Une sensation, entends-tu, dupe que tu es? — Oui I dupe de toi-même et peut-être d'un auire... Et c'est ce qui ne sera pas, per Bacco! comme disait feu le baron Caslelli, qui était bien le mari le plus vicieux et pourtant le moins trompé que j'aie jamais connu I

JEANNE

Tu prends M. de Nohant pour un homme ordinaire, tu as tort.

MADAME GASTELLI.

En amour, tous les hommes sont ordinaires. Oui... Oh! tu te révoltes, une femme veut toujours être plus ou autrement aimée que les autres... Je te dis...

Qu'il ne m'aime pas, je le sais, tu me l'avais dit déjà... Tu

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