SCÈNE VI
CLOTILDE, FERNAND
CLOTILnE.
Au nom du ciel, qu’est-ce que vous avez?
FERNAM1.
Croiriez -vous qu’il m’est impossible d’ouvrir ma porte?
CLOTILDE
Comment! ce n’est que cela! (Elle éclate de rire.) Oh ! Dieu, que j’ai eu peur ! (Elle s’appuie contre un fauteuil, contenant son coeur de sa main et riant.)
FERNAND, à part.
Quel effroi ! Décidément il se machine cette nuit quelque chose d’extraordinaire dans cette tète-là... et dans ma maison.
CLOTILDE
Sérieusement, vous ne pouvez pas ouvrir votre porte?
• FERNAND
Fort sérieusement.
CLOTI LD^ , le regardant d'un air de sou|>çon.
En êtes-vous bien siir?
FERNAND
Je vous l’affirme... Je n’y conçois rien... C'est pourtant bien ma clef, (il souffle dans sa clef.)
CLOTILDE
Si le fait est vrai, envoyez chercher un serrurier.
FERNAND, soufflant dans sa clef.
Un serrurier... à ti'ois heures de la nuit... Croyez-vous que ces gens-là ne se couchent pas?.. Non... je m’en vais dans le salon... J’ai dit à Jean de m’allumer du feu .. Je suis trèscontrarié... (Arrivé près de la porte, il se retourne et reprend.) Si nOUS
étions... des époux comme d’autres... le malheur qui m’arrive ne serait pas grand.
CLOTILDE^ gravement.
Qu’est-ce que c’est?.. Voulez-vous répéter?..
FERNAND
Vous avez bien entendu.
CLOTILDE
Des époux comme d’autres?.. Mais il n'en manque pas de notre espèce dans le monde, ce me semble; c’est même l’ordinaire.
FERNAND
Tant pis. Madame, tant pis pour le monde, car cela fait des sots ménages et de vilains modèles.
CLOTILDE
J’en aime la remarque dans votre bouche. Au reste, je ne dis pas non, moi; mais à qui la faute?
FERNAND
A qui? Pensez-vous que j’aie oublié ce qui s’est passé dans cette chambre, oui, ici même, il y a dix ans?
CLOTILDE
Et qu’est-ce qui s’est passé?.. Mais auparavant, permettezmoi de m’assurer que ma vue ne me trompe pas... Approchez-vous, je vous prie... plus près.
FERNAND, s’approchant, incertain.
Quoi?
CLOTILDE. Elle monte sur un tabouret et se penche vers son mari.
J’avais bien vu... vous avez un cheveu blanc, surla tempe gauche.
Mon Dieu, c’est possible !