SCÈNE VI
vous l'aire pressentir iusolenimeut celles cUi lendemain... son silence respire l’ennui... sa parole la trahison ! Alors, Fernand , dans une de ces heures amères , — bien amères , je vous assure, — tout ce qui avait pu survivre jusque-là de nos illusions et de nos songes de quinze ans s’évanouit... on comprend le peu que l’on reçoit pour tout ce que l’on donne... on sent quelle place misérable et mortifiante on tient dans votre vie... et si peu qu’on ait au fond de Tâmc de délicatesse et de fierté, on se refuse à cette banalité de tendresse, à ces mensonges d’amour officiel que vous appelez vos droits, et qui sont des injures! Alors... puisqu’il faut souffrir... on veut du moins souffrir avec dignité... puisqu’on est voué aux larmes, on veut les répandre dans la solitude !
FERNAND, sérieux. \
Madame... Clotilde, si la résolution que vous prîtes alors devait être irrévocable, vous auriez mieux fait de me laisser ignorer toujours quel cœur j’avais perdu.
CLOTILDE
Non... non; je m’étais bien promis; au contraU-e, de vous l’apprendre un jour... et ce jour devait être celui où je verrais apparaître sur votre front le premier signe de vieillesse...
FERNAND
Et pourquoi ce jour plutôt qu’un autre? Est-ce par un raffinement de vengeance ?
CLOTILDE
Peut-être... (Avec émoüon.) Peut-être aussi avais-je fondé sur ce premier cheveu bl^nc... sur cette base si frêle... quelque secrète et dernière espérance... Quand je fus forcée de reconnaître que votre pensée ne m’appartenait pas, qu’elle demeurait attachée tout entière au monde, à ses succès, à ses triomphes, il fallut bien m’y résigner sans doute... Je vous rendis votre liberté, mais je ne repris point la mienne. J’espérais, —
on est folle quand on est jeune , — j’espérais que plus tard vous m’en sauriez gré; qu’en vous donnant dix années d’indépendance, en faisant, comme on dit, la part du feu, je pourrais encore recueillir un jour dans les cendres quelques débris de bonheur... Oui, j’espérais que la première neige des années vous avertirait de retourner la tète vers mon foyer de veuve... que nos hivers étroitement unis pourraient encore me payer les douces saisons perdues...
FERNAND, ému et hésitant.
Clotilde!...
CLOTILDE, d’une voix tremblante.
Ce pauvre cheveu blanc I... je l’attendais comme un ami; il me semblait qu’il marquerait dans ma vie une date heureuse, — la première, Fernand... Hélas! que je l’aimerais, s’il me tenait tout ce qu’il m’a promis!
FERNAND, posant un genou sur le tabouret qui est aux pieds de sa femme.
Eh bien! Clotilde....
CLOTILDE. Elle le regarde , se penche comme pour lui baiser le front, et, se relevant tout à coup, elle éclate de rire.
Ah ! ah ! ah 1 vous avez trouvé votre maître , monsieur de Lussac !
FERNAND, incertain.
Madame...
CLOTILDE
Si j’avais pu garder mon sérieux deux minutes de plus, avouez que vous alliez pleurer...
FERNAND, se levant.
Clotilde, en vérité...
CLOTILDE
Vous alliez pleurer, avouez-le... Ah! ahl Monsieur... à votre âge !