‹ Le cheveu du diableChapitre 10 sur 11 · ET LÀ COURTISANE. O · texte numérisé non relu

ET LÀ COURTISANE. O

gaire, les formes pures et les contours divins.

Habituée à satisfaire sans réserve ses plus bizarres désirs, cette femme se prit de belle passion pour un amour généreux, comme elle se serait prise de belle passion pour un jouet frivole. Elle mettait à des sensations nobles le même emportement qui l'aurait fait bondir, échevelée, dans une orgie nocturne. Blasée par le vice , elle se sentait régénérée par la vertu ; et elle se livrait à la vertu avec la fougue qu'elle avait mise à se livrer au vice. Sans transition , elle se jetait des bras de l'un dans les bras de l'autre ; elle étreignait avec fureur ce nouveau caprice de sa tète ; elle s'abandonnait à lui , sans frein , tout entière , en vrai courtisane.

Ainsi , à mesure que l'âme du jeune

4oo l'honnête homme

homme à l'éducation austère s'affaissait sous l'avarice, l'amour purifiait et dilatait l'âme de la danseuse à l'éducation pervertie. Laure n'était plus la même ; ses idées, ses expressions , ses manières s'imprégnaient de je ne sais quel parfum nouveau cjue n'aurait pu décomposer l'analyse , et dont il était pourtant impossible de méconnaître l'évidence.

Eustache ne tarda pas à s'en apercevoir et à en ressentir l'influence. Involontairement, ses manières à l'égard de Laure devinrent plus respectueuses : l'exaltation de ses paroles s'en accrut, et s'en accrut d'autant plus que, par un de ces paradoxes dont nous savons si bien nous éblouir nous-mêmes , il s'efforçait d'y trouver, sinon la justification , du moins l'excuse de sa conduite envers Odille. Oh !

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