‹ Le cheveu du diableChapitre 9 sur 11 · ET LA COURTISANE · texte numérisé non relu

ET LA COURTISANE

de ses idées et la brûlante énergie de ses caresses n'avaient produit une sensation plus grande sur Laure.

Pauvre jeune fille , jetée à quinze ans dans les bras du vice ; enchaînée depuis ce temps par l'exemple et par l'habitude , étourdie par le fracas du luxe , Laure , aux paroles passionnées d'Eustache , sentait son âme s'élever et s'agrandir. L'amour , un amour bien différent de celui qu'elle avait conçue jusqu'à cette heure , l'amour lui apparaissait ineffable et sublime. Elle comprenait à présent les transports dont elle avait souri la première fois qu'elle avait vu Eustache s'y livrer; elle comprenait à présent les craintes, les plaisirs, les sacrifices sans bornes, les transes de laltente , les frissons à la vue de celui rju'un

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aime , le bonheur inexprimable de passer près de lui de longues journées, des journées l'un près de l'autre, une main dans la sienne, le regard humide, la voix défaillante. Semblable à un aveugle-né qui tout-à-coup ouvrirait les yeux, et qui s'agenouillerait en extase devant l'aspect d'une nature inconnue , Laure s'enivrait de l'existence nouvelle qui lui était révélée et prenait en haine la nuit de son âme. Elle s'indignait de l'avoir subie si longtemps, cette nuit; elle s'en éloignait avec horreur; elle aurait voulu, au prix de tout son sang, n'avoir jamais été enveloppée de ses ténèbres. Animée au flambeau de Pygmalion, la froide statue sentait son front tiédir au rouge ignoré de la pudeur : elle cherchait des voiles pour couvrir son sein nu ; et elle gémissait d'en avoir si long-temps laissé profaner, par les caresses du vul-

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