‹ Le Cheyne-Stokes dans les néphrites: Sa pathogénieChapitre 14 sur 24 · PT · texte numérisé non relu

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Nous avons trouvé plusieurs observations de néphrites interstitielles, caractéristiques, dont le diagnostic clinique était toujours confirmé à l’autopsie, quand celle-ci avait lieu, qui s’accompagnaient de Cheyne-Stokes et où des recherches attentives et soigneuses ne permettaient pas d'attribuer à l’urémie l’origine de la dyspnée intermittente, montraient en effet une perméabilité peu diminuée. Nous citercns les plus caractéristiques.

OBSERVATION Î (Observation XVI de la thèse de Bernard. Paris, 1900.)

D..., 46 ans, entré le 18 juillet 1898, à l'hôpital Saint- Antoine, salle Magendie, n° 22.

Antécédents : rougeole et variole:; en 1887, fièvre typhoïde. En 1890, bronchite qui dure deux mois et guérit. En septembre 1900, le malade remarque un peu d'œdème malléolaire qui apparait le soir et disparait pendant la nuit; céphalées plus fréquentes qu'avant. Depuis, ces symptômes n'ont fait que s'accentuer, et joints à l’oppression, l’'amènent à l'hôpital.

Actuellement l'œdème a gagné les deux membres inférieurs ; le malade est amaigri, anhélant, couvert de sueur.

Appareil digestif: langue saburrale, pas de vomisses

ments, nausées, constipation. Foie gros et douloureux. Pas de tympanisme abdominal, pas d’ascite.

. Appareil respiratoire : dyspnée intermittente, tendant à prendre le type de Cheyne-Stokes, de 44 dans les périodes minima. Souffle tubaire dans la fosse sous-épineuse; au-dessous, silence respiratoire avec matité et abolition des vibrations.

Appareil circulatoire : le malade est arythmique ; bruits

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du cœur sourds, mous, irréguliers. Après quelques heures de repos, ébauche de bruit de galop qui devient de plus en plus net. Hypertrophie du cœur. Pouls à 112. Les artères sont dures, flexueuses, en tuyau de pipe.

Appareil urinaire : pollakiurie ; 500 cc. d'urines foncées en 24 heures. Saignée de 500 er.

Le 25 juillet, respiration de Cheyne-Stokes caractéristique. Les jours suivants, l’état s'améliore, le rythme disparaît ; deux litres d'urine en 24 heures.

A la fin du mois d'août, la respiration de Cheyne-Stokes reparaît; saignée de 250 gr., suivie d'amélioration. Le 13 septembre, arythmie; le 20, Cheyne-Stokes : urines — 800. Saignée de 300 gr. Foyer d'apoplexie pulmonaire. Le 19 septembre, au niveau du foyer, signes d'épanchement; ponction : on retire 1100 ce. de liquide séreux rosé. Le 20 septembre, dyspnée existe encore, mais diminue ; face bouffie ; 500 ce. d'urine en 24 heures; ce jour-là, analyse des urines. Le 3 octobre, réapparition du Cheyne-Stokes. Le 5 octobre, mort.

L'examen des urines, fait le 20 septembre, en pleine crise dyspnéique, avait révélé les faits suivants :

Elimination urinaire: q = 500. Réaction: acide. Densité : 1034. Urée par 24 heures: 27 gr. 30 {au litre, 54 gr. 6). Chlorures par 24 heures : 2 gr. 76 {au litre, 5 gr. 88). Albumine : 4 gr. au litre.

Elimination du bleu: marche continue, cyclique, intensité moyenne.

Elimination toxique :

Toxicité du sérum : 7 {2 mois plus tôt: 18) ;

Urotoxicité: 21, puis 37.

L'examen histologique du rein révèle de l'artérite scléreuse chronique, quelques faisceaux conjonctifs autour des tubes urinifères, et surtout une congestion péri-tubulaire et péri-glomérulaire assez intense.

D'une façon générale, l'étude du fonctionnement

du rein montre que chez ce malade si l'élimination urinaire n’est pas parfaitement normale, auquel casil n'y aurait pas néphrite, elle n’est pas du moins suffisante pour expliquer l'apparition du Cheyne-Stokes. La toxicité normale du sérum sanguin, selon la pratique de Bernard à qui nous empruntons cette obser-vation, oscille entre 20 et 30; elle est ici de 18, est donc un peu augmentée. L’urotoxicité habituelle varie de 20 à 35; chez notre malade, elle est de 21, puis 37; elle reste donc dans les limites de la normale. L’analvse chimique indique en outre une élimination urinaire suffisante ; et l'épreuve du bleu, continue, cyclique, montre un fonctionnement suffisant du rein;il v a perméabilité, et aussi Cheyne-Stokes. De mème dans l’observation suivante :

OBSERVATION II (Observation XIV de la thèse de Bernard. Paris, 1900.)

J. B. D..,67 ans, entré le :9 juillet 1898 à l'hôpital Saint- Antoine, salle Magendie, numéro 18. Se souvient avoir eu des hémoptysies de 32 à 42 ans. Pas d'autre maladie. Pas d’excès de boisson. Il y a trois mois, éprouve gêne pour respirer; la respiration était un peu courte depuis longtemps déjà; mais alors il fut pris d’un accès d'oppression qui se répéta et aboutit à un état permanent de dyspnée vers le 20 juillet dernier. Le malade entre alors à l'hôpital.

Appareil respiratoire : Cheyne-Stokes, quelques râles fins aux bases.

Appareil digestif : langue couverte d’un enduit épais et jaunàtre, quelques nausées, pas de vomissements, consi-

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pation. Le foie est notablement augmenté de volume ; la matité splénique mesure 6 centimètres de long.

Appareil circulatoire : pointe du cœur dans le cinquième espace; bruit de galop ; artères dures et flexueuses. Epistaxis hier matin.

Appareil urinaire : urines rares, pollakiurie.

Le 30 juillet, le Cheyne-Stokes persiste : prostration et somnolence. Saignée: 500 gr. Dyspnée disparaît et l’état général s’amende de plus en plus.

A fin octobre, bronchopneumonie ; guérit, mais nouvelle crise urémique avec Cheyne-Stokes, myosis, oligurie. Le 23 novembre, le malade repart chez lui.

L'examen de la fonction rénale, faite au moment d’une crise dyspnéïique, donne les résultats suivants :

Elimination urinaire : q — 340 ce. Réaction: acide. Densité: 1,026. Urée par litre : 48 c. 40. Chlorures par litre : 8 gr. 92. Traces d'albumine.

Elimination du bleu: durée: 5 jours. Marche continue, cyclique, maximum au deuxième jour. Intensité moyenne.

Elimination toxique : sérotoxicité, 30; urotoxicité, 31.

Chez ce malade, nous arrivons aux mêmes conclusions. La séro toxicité (30), en se rapportant aux chiffres de Bernard, est dans les limites de la normale; il en est demême pour l’urotoxicité (31). L'analyse chimique donne la preuve d’une élimination urinaire suffisante, que vient encore confirmer l'épreuve au bleu de méthylène. Nous sommes en présence d’une néphrite bien accusée : pollakiurie, bruit de galop, albuminurie; mais la perméabilité est trop peu accusée, pour quon puisse voir en elle l’origine du Cheyne-Stokes.

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