Hourvaris, retour de l’animal de chasse
28 LÉ CERF D AMOUÉ.
Nouvelle force aux Relaiz est dressée ;
Et quand le Cerf de l’vne est eschapé, Par l'autre Meute il se sent ratrapé :
Quand j'ay trompé vne envieuse espie, Quelque parent plus dangereux m’espie.
Lorsque le Cerf fort longuement vené
Hallé se voit, et presque mal-mené,
Il cherche l'eau : toute son espérance
Est dedans l’eau, où soudain il se lance; Quand je me voy presque outré de douleur, Et tout brulant d'amoureuse chaleur, Contre ces maux, pour mes dernieres armes, Je n'ay recours qu'à mes pleurs et mes larmes. Mais plus je pleure et plus sens s’allumer Le feu secret qui me doit consumer.
Loing des forests où estoit sa franchise
Vn Cerf pressé souvent se Forpaïse” :
Assez de fois pour estre en liberté,
Loing de chez nous je me suis escarté,
Cherchant vn lieu fort désert et sauvage :
! Change de pays; se forlonge, prend de l'avance sur les chiens.
Amour y est qui m'attend au passage.
Pour se sauver d'un ennemy plus grand Le Cerf à l’homme aucune fois se rend :
Pour me sauver du fer et de la flame
De Cupidon, je me rens à ma dame.
Le Cerf est sot et soé je suis aussi,
Qui me vas rendre à vn cœur sans merci.
Voyant sa mort on dit que le Cerf pleure :
Et je me plains de la mort qui demeure Trop à venir, pour d'Amour me querir, Si d'aventure ül prend fin par mourir :
Mais mon chasseur, quand j'ay plus grande envie De voir le bout de ma trop lonque vie, Feint on Default” à fin que plus longtemps De ma misere il ait son passetemps.
Cerf aux abbois, comme beste enragée, Laisse sa mort aucune fois vengée :
Quand la douleur me poingt si vivement, Vne rage entre en mon entendement,
Qui me fera (si la raison ne bride
! Défaut, perte de la voie de la bête que l’on chasse.
Mes passions) commettre vn paricide.
Le Cerf ocacs, on sonne pour Limiers,
À la Curée ils ont part les premiers :
Celuy d’entre eux qui destourna la beste Mange le cœur et les autres la teste.
Mon Limier est vn desir obstiné,
Qui de bon sens premier m'a destourné :
Mon cœur il mange, et puis la dent cruelle De mes soucis me ronge la cervelle.
Suis-je pas donc vn Cerf infortuné?
Voire plus Cerf qu'un Cerf de biche né?
Car vn fin Cerf se sauve par le change :
Là où ma foy ne permet que je change, Quand je pourroy, trompant ce petit Dieu Qui me poursuit, mettre vn autre en mon lieu. Tant que le Cerf a puissance de vivre,
De toute fiebvre il vit franc et delivre,
Quoy qu'il viande” : et moy sans faire excez Sinon des yeux, j'ay tousjours quelque accez,
Non vn accez de bien peu de tenue,