‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 14 sur 73 · VII · texte numérisé non relu

VII

Le lendemain fut un jour humide et mauvais. Le vent soufila fort, et sous sa froide haleine, les arbres sesouèrent les gouttelettes restées aux feuilles. Le gazon des champs était presque sombre comme le frmament du ciel. Les chemins boueux s’allon- | comme des serpents noirs sous les bois ou

ans les plaines; les ruisseaux coulaient à pleins bords, et leurs eaux jaunies par le sable des prairies s'en allaient se perdre dans le grand fleuve, à peine visible à travers le brouillard.

Là-bas, surle rivage rocailleux, les vagues venaient mourir tour à tour et rapidement avec un murmure sonore au pied de la falaise, l'église dessinait à peine sa silhouette grise dans le voile blanc de la bruine ; et la cloche, quand elle sonnait pour !a prière, faisait à peine entendre sa voix sainte, aux fidèles frileusement enfermés dans leurs demeures.

Personne sur le chemin noir de boue, si ce n’était

de temps en temps une femme qui courait chez la voisine, les pieds crottés et la téte enveloppée dans un châle.

Cependant, il y avait du monde à la vieille auberge ; des bateliers, des habitants qui profitaient de la pluie pour se réunir, boire un coup. Dans un coin, tout près du foyer qui flambait, un petit vieillard, la face illuminée par la flamme et le vin, la robe retroussée jusqu’à la ceint'ire, se chauffait les jambes avec une satisfaction qu'il ne cherchait pas à dissimuler. C'était maître Pothier dit Robin.

A côté de lui, Jean Lamarche évoquait, avec une verve infatigable, les souvenirs de l'émeute et les qualités de son violon alors si indignèment écrasé, pressait sur son cœur un autre violon nouvellement éclos, et coupait, dans son désir de ne rien oublier, la parole à tous ceux qui commençaient uu récit,

Parler plus souvent qu’à son tour, c'était presque

un exploit quand muître Pothier était là; car il ossédait, ce vieux notaire, une terrible vigueur de angue. Avec ses phrases prises dans les codes, et

ses citations latines, il réussissait à embarrasser

Jean, mais alors le violonneur prenait son instru.

ment, A ru un air gai, appelait sur lui l’atten-

tion, et la discussion était à recommencer.

L'arrivée de maitre Pothier dans le village était presque un événement. Non pas que ses visites fussent bien rares, mais parcequ'il était aimé, après tout, ce savant homme de loi, qui vidait si lestement un verre et si vite embrouillait une affaire.

À peine s’était-il installé chaudement, dans un fauteuil, en face de l’âtre brûlant, avec ses pape rasses et ses bouquins, que toute la seigneurie connaissait la grande nouvelle, et qu’une douzaine de braves plaideurs se flattaient déjà d’avoir raison les uns des autres en deux mots et à bon marché.

Au reste, il y avait de la besogne de taillée pour la plume du notaire. Songez-y, toutes les querelles et tous les procès-verbaux d’une année à mettre en blanc et en noir! Les moribonds l'avaient attendu pour mourir, ne voulant trépasser qu’en bonne et due forme, et laisser leurs dernières volontés claire. ment, formellement exprimées ; les promis l’avaient

attendu pour signer le contrat qui devait les enchainer l’un à l’autre à jamais. Le feu sacré de l'amour

pouvait brûler leur cœur, mais le flambeau de l’hymen ne s’ablumait que lorsque les conditions des épousailles avaient été couchées sur une feuille de papier fort et scellées par une étoile de cire rouge. e notaire avait affaire à de mauvais payeur, assez souvent, mais il se tirait gaiement d’embarras. Ils ne se gênaient guère pour le faire travailler; pourquoi se serait-il gèné pour les faire payer ?

—Combien allez-vous me charger, maître Pothier,

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pour me griffonner un acte de damnation? lui demanda Louis Du Sol...

Cela dépend, répondit le vieillard rusé.

—C'est un cochon raisonnable que...

Comment? tu veux damner un cochon raisonnable ?.…

—Oui, je veux donner un cochon raisonnable pour l'usage d’un petit morceau de terre en bas du moulin.

—Faudra-t-il y mettre un sceau ?

—Oui, maitre Pothier, un sceau, tout !

Maître Pothier gratta sa perruque de l’air le plus grave du monde,

—Un acte de damnation de première qualité, so-

lide, inattaquable, te coûtera cinq livres, ditil; un de moyenne qualité, avec deux ou trois portes pour sortir, te coûtera trois livres; un mauvais, qui ne liera personne et ne signifiera rien, ne te coûtera qu'un franc. A ton choix, Louis.

L'habitant crut qu’un acte de damnation tout à fait ordinaire et le plus commun, était tout ce qu’il fallait, Dans tous les cas, il ne se trouverait pas pins lié que l’autre partie et pourrait tout aussi bien commencer la chicane et faire un joli procès.

Avec maître Pothier, il fallait toujours finir par user de chicane et de procès. Son havresac sentait là loi comme celui d’un médecin, la drogue.

Les habitants de Tilly étaient de braves gens, qui respectaient leur seigneuresse; mais ils avaient un penchant à l’ergotage et aimaient à faire voir qu’ils tonnaissaient les subtilités de la coutume de Paris et de Rouen.

Ils payaient régulièrement les cens et rentes; mais depuis quelques années, madame de Tilly leur en faisait remise à cause de la dureté des temps.

Ils faisaient moudre leur grain au moulin banal, étn'avaient pas le droit d'aller ailleurs. Ils donnaient èn paiement quelques poignées de ce grain pour

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chaque minot. Il y avait une sérieuse discussion pour savoir si une poignée était une poignée ou bien une jointée comme le prétendait toujours Joachim, le brave meunier. ;

Madame de Tilly gardait ses pigeons dans le colombier, pour les empêcher de piller les champs de ses censitaires. Mais il fallait savoir combien elle avait le droit d’en garder et combien aussi les habitants devaient en nourrir. La table, la porte, les cloisons de l’auberge se couvraient alors de chiffres biancs, joliment fantastiques, que le cidre finissait toujours par effacer,

Maître Pothier et Lamarche discutaient toujours.

—D'aprés la coutume de Rouen, affirma le vieux notaire, madame de Tilly peut avoir un colombier capable de nourrir et de manger toute la Seigneurie. C'est son droit.

—Dites donc aussi, répliqua Jean Lamarche qui.

se faisait le Défenseur du Peuple, dites done qu'elle peut user du droit de grenouillage, comme le seigneur de Marais Le Grand.

—Et sans doute! Jean La Marche, sans doute qu’elle le peut! C’est un droit inhérent aux fiefs normands. Seulement, comme il n’y a pas de grenouillières à Tilly, les bons habitants ne sont pas obligés de <e lever ia nuit pour üller faire taire les grenouilles. S'il y avait des grenouilles, mon bon, vous iriez pendant toute la nuit qui précéderait le mariage de votre seigneur, en fouetter,avec de longues zaules, les ondes verdâtres, et vous chantericz,

our inviter les grenouilles à se taire et votre maître 4 confler :

Pa ! pa! rainotte, pa!

Notre seigneur dort, que Dieu gâ !

—C'est une curieuse coutume, maître Pothier ; et , ? t l’on endure ça ?

tique, tualit ter.

Pothi

jugé, te Veuillo

cussion ou bien oachim,

dans le amps de ien elle les harte, les chiffres finissait

Jujours.

le vieux lombier neurie.

he qui.

qu’elle le sei-

maître

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