‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 15 sur 73 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

—Avez-vous été marié déjà? reprit Jean La Marche, au bout d’un instani.

Maître Pothier le regarda d’un air moqueur, puis il éclata de rire.

—Moi, marié? fit-il, ha! ha! l’idée! Non! Je connais trop bien la loi pour cela. Non! Jean La Marche, je ne me suis jamais marié... Mariez-vous, si vous l’aimez, je suis prêt à écrire votre contrat de mariage sur une feuille de papier large et blanche cor me la robe de noce de votre future ; mais ne me den.andez pas d’encourir l'obligation de payer le droit du seigneur qui existe d’après la coutume de Normandie.”

—Mais il parait qu’il n'existe plus ce droit-là, riposta Jean en regardant les autres personnes qui se trouvaient dans la pièce.

—Bah ! répondit Nicolas Houdin, un grand gaillard, je suis à Tilly depuis soizante ans, et je n'ai jamais entendu dire que nos nobles seigneurs l’aient revendiqué.

—Je parle du droit, reprit le notaire, pas de la pratique, de la possibilité de la chose, non de son actualité.

—C'est du latin, pensa Houdin, il ne faut pas douter.

—QOui, je comprends, vous avez raison, maître Pothier, ajouta-t-il. :

Jean La Marche reprit tout radieux :

—Quand à nous. dans tous les cas, nous en serons exemp‘és, car c’est une seigneuresse bien généreuse que nous avons à Tilly ; buvons à sa santé!

—Je veux bien boire, Jean La Marche, riposta le vieux notaire, mais tu ne me prendras pas comme

* Cette obligation de battre les grenouillières et ce droit du Seigneur, sont de sottes histoires inventées par la calomnie et propagées en haine de l’ancienne noblesse, par l’ignorance et le r'réjugé, tel que l’ont établi plusieurs auteurs et notamment M. Louis Veuillot, dans son livre intitulé ‘le droit du seignenr.??

cela. Etudie, mon jeune homme, et respecte la loi! Ce droit est transmissible, c'est prouvé par les arrêts de la Cour de Bourges. Respecte la loi.

—Je la respecte, la loi, et je veux qu’elle me protège à mon tour, reprit Jean La Marche. Vous savez, continua-til, que l'hiver dernier, ma pauvre Fifine a pris un gros rhume et est morte. Eh bien! elle a laissé une sœur que je voudrais épouser. Elle est bien prête à dire : oui, la sœur ; le curé dit: non, et les femmes disent : oh! oh! Je serais curieux de suvoir maintenant ce que dit la loi. Peut-on se marier avec la sœur de sa femme ?

Les habitants s’approchèrent pour écouter. Tout le monde de la paroisse connaissait les :ntentions de Jean La Marche. Les hommes le raillaient, les femmes le plaignaient. Maître Pothier dressa l'oreille comme un Cheval au son de la trompette, et s’écria :

— As-tu envie d’être pendu, Jean La Marche ?

—Moi, pendu pour cela?

—Oui, pendu, jusqu’à ce que mort s’en suive !.

—Est-ce vrai, comme l’affirme le bedeau, reprit Jean La Marche, qu'un homme est bigame quand il a deux femmes...

—Comnient ! une telle ignorance des lois divines et humaines.

— Attendez que j'achève, toujours, répliqua Jean. Quand il a deux femmes dans le cimetière ?

—La bigamie mérite la corde; votre cas est sérieux, et rien que ia pensée de cette infamie, c’est un crime Cousin germain de la potence, affirma le vieux notaire avec une emphase risible.

—Je ne crois pas cela, maître Pothier ; où sont vos autorités ?

—Mes autorités? Ecoute, Jean La Marche.

Et il défila avec aplomb et d’une voix chantante :

Si vous consultez nos auteurs, Législateurs et glossateurs,

Jason, Aliciat, Cujas, Ce grand homme si capable !

à loi! La polygamie est un cas, irrêts Est un cas pendable !

Si ce n’est pas assez pour vous faire pendre, Jean La Marche, continua t-il, c'est que vous n’en valez as la corde. C’est l'opinion de Molière, comme c’est pro- a mienne aussi. Et mainte nt, je vous condamne avez; à faire venir du cidre et à payer votre écot, 'ifine elle à le est Ft ps ee L'opinion du vieux notaire triompha, il fut accla- Ar mé ; les applaudissements firent trembler la salle. —N'importe ! dit Jean La Marche, vous allez en- Tout tendre une belle chanson, ma meilleure ; c'est l'apo- DÈ A logie du cidre. Zacques Cartier lui-même l’a appora. tée de Normandie. Remplissez vos goblets et tenezroiile vous prêts à faire chorus.

Il fit vibrer son violon. puis levant le bras avec élégance comme un virtuose, pour faire glisser l’archet sur les cordes sonores, il se mit à chanter :

cria :

eprit d il

De nous, se rit le Français, Mais pourtant, quoiqu'il en die, Le cidre de Normandie

Vaut bien son vin quelquefois !

Coule, avale ! et loge! loge!

11 fait grand bien à la gorge !

Ta douceur, ô cidre beau, A te boire me convie, Mais pour le moins, je t’en prie, à Ne me trouble pas le cerveau !

Coule, avale, et loge ! loge !

11 fait grand bien à la gorge !

Voisin, ne songe à procès, Prends le bien qui se présente !

Mais que l’homme se contente, Il en a toujours assez,

Coule, avale, ct loge ! loge !

I] fait grand bien à la gorge!

ra nn EE SE ' L : z RANCE ECPEE DE ma ANS à a D STEEL CHU RARES ee Ve k

Tous les autres firent chorus en choquant les unes contre les autres, leurs coupes remplies, o en frap * pant la table de chène pour marquer la mesure,

Maître Pothier était dans le ravissement. Il s’écria les bras au ciel :

—La santé de madame de Tilly, maintenant, et a la jeune et jolie châtelaine, mademoiselle Amé-

ie !

Il n’y eut pas une voix discordante. L’enthousiasme grandissait toujours.

—La santé et le bonheur du jeune seigneur de Repentigny ! reprit encore maître Pothier, et que celui qui refusera de remplir sa coupe ait toujours la bourse vide. :

—Chut! maître Pothier, fit Jean La marche, le Jeune Seigneur est dans le salon avec le chevalier de Péan et une couple d’autres bouledogues de la Friponne. T': ‘ouent aux dés et boivent du vin chaud.

—Le ct:va'ior de Péan ! le secrétaire de l’Intendant est ‘ci! r‘péta le vieux notaire à voix basse. Quel diab!: l'amène à Tilly ?

Quelque satanique affaire, dans tous les cas, affirma Jean. J'ai pris Le large il y a huit jours, car j'avais peur qu'il ne vint pour faire une enquête sur

a bagarre. A la fin, voyant qu’il ne s'agissait pas de cela, et dévoré d’une soif ardente, je suis revenu aux armes de Tilly. Le connaissez-vous, le chevalier de Péan, maître Pothier ?

—$i je le connais! Je connais tous les chiens de la ville, gros et petits.

—C'est un gai lurôn, mais il a la duperie écrite dans l’œil, ou je nesuis pas juge. Qu’en pensez-vous, maître Pothier ?

—Ce que j'en pense ? Jean La Marche, répondit le notaire, gravement en secouant la tête, je pense qu'ilserait digne d’être le secrétaire de Caïus Verrès lui-même.

—Caïus Verrès, qu'est-ce que cela? demanda le violoneux avec respect, car il respectait la science, et d'autant plus qu’il la connaissait moins,

unes ap ?

Ccria

t, et \mé-

hou-

r de que ours

e, le alier e la aud.

tenasse.

cas, car sur s de aux

de

de

—Caïus Verrès, reprit le notaire, c'était un renard! Un homme rusé comme un renard, c’est-à-dire. Il était romain, et pour bien parler de lui, il faut le faire dans la langue de Rome. Il fut intendant de la Sicile populatæ vexatæ funditus evarsæque provinciæ, comme notre pauvre Nouvelle France, et c'est mon opinion !

Le brave Jean La Marche fut enchanté de cette réponse savante. Cela ressemblait au latin qu’il entendait à l’église, ça devait être vrai par conséquent.

fl U

:s ER ME RE remember see eme ncngrn RE PRE MSP MS. RE

nana er… Nr — mes ne Per by ana emma emo "

RU PERS LAENDAUE Dn PP D De L Suriéis g

Page 1