‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 20 sur 73 · MÈRE MALHEUR · texte numérisé non relu

MÈRE MALHEUR

La Corriveau avait hâte de commencer son œuvre maudite. Elle se cachait toujours chez son ancienne amie, la mère Malheur, un bouge où elle s'était réfugiée, on s’en souvient, après sa première entrevue avec Angélique Des Meloises.

Ce bouge malpropre semblait faire partie du rocher auquel il s'adossait. (C'était une petite construction en pierre brute, surmontée d’un toit aigu, avec des auvents qui descendaïient bas comme pour

la cacher. |

Le seul être vivant qui l’haPitait d'ordinaire était la mère Malheur, une vieille méchante, une vieille av sans cœur, qui vendait du bon vent aux matelots et be de la chance aux chasseurs. On la soupçonnait po encore d'exercer d’autres industries non moins Ccondamnables. Der Rie

A force de pratiquer les superstitions, elle en était venue à croire un peu à ses propres impostures. Elle

admirait la Corriveau, et la Corriveau, pour la ré- de compenser de son amitié, lui avait révélé quelques-

uns de ses diaboliques secrets, les moins importants, vo

comme de raison. FR Ma

Mère Malheur la recevait toujours avec un plaisir vois sincère, la fêtait, la choyait, la servait de son mieux;

us cependant elle ne se montrait trop curieuse. Ile ne l’interrogeait pas sur les motifs qui l’ame-

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naient à la ville. Elle en devinait toujours assez long probablement. Au reste, ces deux femmes se connaissaient assez pour se comprendre sans de longs discours,

II

Ce jour-là, la Corriveau se montrait plus réservée que jamais, et mère Malheur plus curieuse que de coutume. Elle avait parlé, mère Malheur, de toutes les drogues qu’elle avait vendues, de tous les horoscopes qu’elle avait tirés, des bonnes chances promises aux voyageurs, et des vents favorables garantis aux marins, et la Corriveau ne s'était vantée de rien ; pas la moindre confidence en retour. Evidemment elle était sombre, la Corriveau; elle était songeuse, inquiète. Elle méditait quelque chose.

—$Si vous avez besoin de mes services, dame Dodier, lui dit-elle, enfin, ne vous gênez pas. Je crois que. vous avez quelque tâche à accomplir. Quelque fois, petite aide fait grand bien. Je me mettrais dans le feu pour vous, dame Dodier ! et pour n'importe quelle autre personne au monde je ne voudrais pas me brûler un doigt.

—Je sais cela, mère Malheur, je sais cela! Vous avez raison, je médite quelque chose, et je vais avoir besoin de vous. Cependant, je ne puis vous dire pourquoi ni comment,

—Est-ce d’un homme qu'ils’agit, ou d’une femme ? Rien que cela, dame Dodier; je ne vous demande rien de plus.

Elle regardait la Corriveau avec des yeux brillants de convoitise et de curiosité.

—C'est d'une femme, répondit la Corriveau ; ainsi vous allez m'aider. Vive notre sexe toujours ! mère Malheur, pour un forfait bien conditionné ! Je ne vois pas trop à quoi serviraient les femmes si ce n’était à se tuer les unes les autres pour l’amour de

ces vauriens d'hommes !

HÉBLSE SAR SRB ES PSE

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