‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 21 sur 73 · RARE · texte numérisé non relu

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Mère Malheur se prit à rire d’un rire hideux, en mettant ses longs doigts crochus sur les épaules maigres de sa maîtresse :

—AÀ quoi elles serviraient, les femmes, dites-vous! à tenter l’homme, et à jeter la semence de tous les maux |!

—Nous deux, par exemple, mère Malheur, nous sommes terriblement tentantes ! repartit la Corriveau en riant à son tour d’un air cynique.

—Eh ! nous avons eu notre jeunesse! Vous vous en souvenez; nous n’étions pas les moins séduisantes, ni les plus insensibles.

—Bah! s’écria la Corriveau, j'aurais voulu être homme, moi ! le destin s’est fièrement trompé en me faisant femme !

—Je suis contente d’être femme, moi, dame Dodier, oui, ma foi! Les hommes ne sont pas ca-

ables d’être la moitié aussi méchants que les emmes, surtout quand elles sont jeunes et jolies.

Et elle rit tant que ses yeux rouges et chassieux se remplirent de larmes.

—C'est vrai ce que vousdites-là, mère Malheur ! les pus belles femmes sont toujours les plus méchantes.

elle et cruelle ! belle et cruelle! c’est un vieux dicton. Mais bah! nous sommes toutes pareilles ; nous portons toutes la marque de Satan.

La Corriveau avait l’air d'Hécate en prononçant ce blasphème contre la femme.

—La marque de Satan! reprit mère Malheur, je l'ai sur un bras, voyez! J’aiété, un jour, citée devant la haute cour d'Arras, à cause de ce signe de sorcellerie. Mais le juge, un imbécile! a déclaré que c'était un grain de beauté et que je n'étais pas du tout sorcière pour cela. Tout de même, je l’ai ensorcelé comme il faut. Le pauvre garçon! il mourut dans le cours de l’année et le diable vint, sous la forme d’un chat, se coucher sur son tombeau, jusqu'à ce que ses amis eussent planté une croix. Je

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vous le répète, je suis contente d’être femme, parce qu'il est toujours aisé de se faire belle et d’être méchante. C'est ce que je dis aux jeunes filles qui

x, en viennent me consulter, et elles me donnent double aules salaire pour cela.

—EÆEh bien ! pas moi ! Les femmes, mère Malheur, vous! elles nous méprisent, nous appellent des vauriennes, us les des sorcières, et elles font pis que nous : elles

mentent, frappent, tuent pour l’amour d’un homme nous quelle trahiront demain. Salomon, le plus sage iveau es hommes, n’a trouvé dans son temps, qu’une

femme vertueuse sur mille, aujourd'hui, il n’en

y VOUS trouverait pas une dans tout le monde.

sédui- Apportez-moi un verre de vin, mère Malheur, je £ suis fatiguée de voyager dans l'obscurité d’ici à la Ë

1 être maison de cette joyeuse dame dont il est question. 1

en me

dame de

AS Ca- Mère Malheur avait une cruche d’exçellent vin

1e les qu'un matelot lui avait apportée après l'avoir volée

lies.… à bord de son vaisseau ; elle en remplit deux grands

ssieux gobelets :

— Vous ne m'avez toujours pas dit le nom de cette r!les dame.

jantes. —Non, et je ne vous le dirai pas encore. Seulevieux ment, sachez qu’elle est capable de nous en remontrer . eilles ; à toutes deux. Mais j'ai fini d'aller chez elle. La Corriveau ne se rendit plus en effet chez mapnçant demoiselle Des Meloises. Mais elle fut tenue au | ; courant des agissements de l’Intendant. Il était allé | pur, Je aux Trois-Rivières, pour affaires urgentes, et pouvait levant y demeurer une semaine.

sorcel- Angélique avait questionné Varin, pour savoir ce é que qui s'était passé au conseil. Varin lui fit un comptepas du rendu fantaisiste et raconta tout autre chose que la ensor- vérité. S'il eut dit que le gouverneur avait ordre de our ut chercher mademoiselle de St. Castin, et qu'il fallait

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x. Je

à tout prix la trouver, elle se serait empressée de le voir pour le conseiller de faire visiter Beaumanoir.

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Elle aurait pu ainsi éloigner sa rivale, sans avoit besoin de recourir au crime.

Il ne devait pas en être ainsi.

Mère Malheur était mieuxinformée. Une servante de Varin, qui venait la consulter assez souvent et qui ne se faisait pas un scrupule de bavarder, lui avait tout dit. Elle savait cela, elle, d’un petit domestique, son amoureux, qui avait espionné son maître et l’'Intendant, pendant qu’ils causaient ensemble des lettres du baron et de la Pompadour. Elle se hâta d'accourir chez la vieille sorcière avec sa nouvelle intéressante et un pot de confitures volé à la cuisine. Mère Malheur montra autant d’empressement à tout révéler à la Corriveau.

La Corriveau comprit aussitôt qu'il fallait empècher mademoiselle Des Meloises de connaître cela. Elle changerait d'avis, ne voudrait plus faire périr sa rivale, et la récompense promise pour le forfait serait perdue. Elle ne l’entendait pas ainsi, la Corriveau ! Elle avait mis la main dans le plat; elle ne la retirerait pas vide. La chance était trop belle, le crime trop noir, pour y renoncer.

La malheureuse Angélique, victime de ses passions d’abord, allait devenir victime de la Corriveau. Sans en faire tout à fait sa confidente, la Corriveau résolut de se servir sans retard cependant de sa vieille amie, et d'utiliser ses infâmes services. Il n’y avait plus de temps à perdre.

Mère Malheur avait été servante à Beaumanoir autrefois. Elle connaissait parfaitement la maison. Dans les jours d’ardeur et de folie de la jeunesse, elle était souvent entrée ou sortie clandestine.nent, par le passage souterrain, qui reliait la tour aux voûtes du château. Elle était familière avec dame Tremblay. La charmante Joséphine de jadis, l'avait souvent consultée, dans les instants critiques où son

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Maintenant, le plus grand plaisir de ces deux vieilles friponnes était de s'asseoir à une petite table, en face l’une de l’autre, avec une tasse de thé ou un verre de rhum, et de rappeler ce temps éloigné de leur jeunesse scabreuse. Cela avait la senteur du vice aimé, et ragaillardissait leurs esprits, comme la senteur du foin nouvellement fauché nous rappelle que l’été est revenu, et que c’est le temps des ébats Joyeux dans les vertes prairies,

La Corriveau ne doutait point que la captive de Beaumanoir ne fût mademoiselle de St. Castin. Le souvenir de la rencontre d’une jeune blanche ct des Abénaquis, dans le bois de St Valier, et des questions qu'elle lui adressa au sujet de l’Intendant, la confirma dans son opinion. Elle résolut d'envoyer sa complice nouvelle au château, sous prétexte de faire une visite à dame Tremblay, mais en réalité pour qu'elle pût lui préparer les voies à elle-même, et la mettre en communication avec la captive.

Si Caroline se décidait à admettre la Corriveau dans sa chambre privée, et à lui accorder un peu de confiance, le reste irait bien. Elle dit cela avec une satisfaction singulière, la Corriveau, que le reste irait bien. Puis, ce ne serait pas mademoiselle Des Meloises qui péserait l'or... le prix du sang! Une fois le crime consommé, elle verrait!

Elle allait devenir toute puissante et terriblement redoutable, la sorcière de St. Valier. Elie serais riche enfin, très riche! Mademoiselle Des Meloises partagerait bien sa fortune avec elle, plutôt que de

.S'exposer-aux conséquences d’une trahison. Si la

mort de cette récluse doit être pour elle un elixir de vie, pour la Corriveau, elle sera la pierre de tauche de la fortune.

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