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Le lendemain, mère Malheur se rendait à Beaumanoir. Elle portait, pour mademoiselle de St. Castin, une lettre d’une écriture italienne. Marie Exili avait enseigné l'écriture à sa fille.
Les personnes qui savaient écrire étaient assez rares à cette époque, surtout parmi le peuple. Aussi les gens s’étonnaient assez de trouver cet art chez la Corriveau, et ils supposaient charitablement qu’elle l'avait appris du diable, tout comme elle avait appris de iui à les ensorceler.
Mère Malheur pressentait une cordiale réception. Il y aurait sans doute, tasse de thé agrémenté d’eaude-vie, et puis évocation des souvenances courts vêtues. En conséquence, elle fit sa grande toilette : Une coiffe avec large dentelle, un chapeau pointu, des boucles d'oreilles, des souliers avec boucles de cuivre, un jupon court et des bas rouges.
Elle partit appuyée sur sa canne. Elle trottait dru. Arrivée sur la grève de la rivière St. Charles, elle appela le passeur qui se hâta de venir.
e passeur, c'était toujours Jean Le Nocher.
1] fit le signe de la croix, quand elle mit le pied dans son bac, et prenant son aviron, il se hâta de ramer, comme pour avoir fini le plus tôt possible.
Il ne voulut pas accepter de péage, ce n’était pas par galanterie assurément. Babet s’aperçut de cela et elle accourut:
—Payez à moi, mère Malheur, fit-elle, c'est la même chose.
Et elle mit la monnaie dans sa poche en disant à son mari:
—Vous êtes fou, Jean, l’argent ne sent pas mauvais. Au reste, nous le donnerons à l’église et ça le purifiera.
Mère Malheur était accoutumée au mépris-et aux railleries du monde ; cependant, la remarque de Babet
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la blessa. Elle frappa du bout de sa canne le sol M fureur, et faisant signe de son doigt osseuxelle s'écria :
—Que le diable vous emporte, Babet! Comment se fait-il que vous soyez devenue la femme d’un honnête homme ? il n'y avait donc pas de sorcière alors? Ah! vos belles joues roses deviendront blanches comme un morceau de craie, avant que vous enattrapiez un autre, quand celui-ci sera mort! Regardez !.…
Ile fit, avec le bout de sa canne, un pentagone sur le sable.
Quand ce signe sera effacé, continua-t-elle, attention ! les malheurs commenceront. Ce n’est pas moi qui les cause, ces malheurs, je ne fais que les prédire! Adieu, dame Babet, bon voyage à moi! mauvaise chance à vous !
La vieille sorcière s’éloigna, marchant vite, à l’aide de sa canne, sur le bord du chemin qui conduisait à Charlesbourg.
Jean était terrifié : Babet, rouge de colère, sefrappa dans les mains en criant :
—Va-t-en, vieille méchante! je voudrais te voir monter à la lune dans un baril de goudron enflammé!. Mauvais voyage! mauvais voyage!
D'abord, tu ne sors jamais que pour le mal 1...
Jean dit à Babet, d’un air triste et d’un ton lamentable :
Elle a laissé la marque de satan sur le sable ; allons-nous l’effacer, ou demander au curé qu'il vienne avec de l’eau bénite? Mais pour sûr qu’il arrivera malheur à quelqu'un ensuite.
—Mais si le malheur ne tombe pas sur nous, Jean, u’est-ce que cela fait? Pas besoin de pleurer! aissorts ce signe, et le curé l’effacera. Il détournera
bien la malédiction.
—C'est bon ! laissons-la aussi longtemps que pos-
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