‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 23 sur 73 · PATTES · texte numérisé non relu

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sible, puisque le malheur ne doit arriver que lorsqu'elle sera effacée.

Il courut à la maison chercher une cuve, et la mit comme un couvercle sur le signe fatal, pour le cacher.

Mère Malheur, tour à tour, riant et maudissant, monta la route de Charlesbourg, et vint s'arrêter un instant, sous le vieil arbre qui ombrageaïit ja couronne de France.

Deux ou trois habitants vidaient, en causant, leur gobelet de cidre. Ils s’'empressèrent de lui faire place.

Elle s’assit, les fixa de ses petits yeux rouges et leur causa tant d’effroi, ou de répugnance qu’ils s’éloignèrert l’un après l’autre et la laissèrent seule.

Dame Bédard et sa fille Zoé vinrent la trouver. La conversation s’engagea aussitôt. Zoé voulait savoir le bonheur qui l’attendait dans son ménage. Elle pria la sorcière de soulever un coin du voile qui lui dérobait l’avenir.

Mère Malheur se rendit à ses désirs et lui dit une foule de choses agréables, sans doute, car après son départ, la jeune fille affirma que jamais diseuse de bonne aventure ne pouvait deviner la vérité et lire dans l’avenir comme cette bonne vieille. Elle la trouvait une bonne vieille ; et les gens qui parlaient mal d'elle, étaient tous des mauvaises langues.

Quand elle raconta à sa mère les prédictions qui venaient d’être faites à son sujet, sa mère se mit à rire et fut toute joyeuse comme une aïeule près du berceau de son premier petit fils.

Mère Malheur ne savait pas au juste pourquoi elle se rendait à Beaumanoir, mais elle flairait du sang at cela lui donnait du courage.

Elle se remit en route, et vite, vite! la main criepée sur sa canne noueuse, laide comme un

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gnôme, un rayon.du feu de l'enfer dans les yeux, elle entra dans la forêt.

Ses pieds maudits fouillaient dru et reculaient, avec un bruit sec, les feuilles de pourpre et de safran, tombées des rameaux, pour faire un tapis au sol flétri. Le ciel était d'azur, l’air frais et embaumé, mais pour elle tou: paraissait ténèbres. Elle haïssait les beautés de Dieu.

C'était l’été de la St. Martin, l'été des sauvages, comme disent les habitants, et la nature, à la veille de s'endormir dans le tombeau âe l'hiver, sous son épais linceul de neige, prodiguait, comme pour se faire regretter davantage, dans une heure de douce ivresse, ses charmes ravissants et ses glorieuses beautés.

Mère Malheur maudissait les rayons de lumière qui jouaient dans les feuillages éclatants, les oiseaux qui chantaient de bonheur, les souffles parfumés

ui murmuraient partout, parceque c'était la bonté de Dieu qui faisait descendre ces rayons du ciel, chanter ces oiseaux sur les arbres, courir ces souffles odorants dans l’espace.

Elle arriva enfin, tout essoufflée, à la porte du château, et un cruel sourire parut sur ses lèvres. Ceux qui l’aperçurent d’abord, récitèrent un Ave Maria pour détourner les mauvais sorts de leur tête, et la saluèrent poliment ensuite. Ils n'étaient pas fâchés, car, pour une pièce d'argent, ils sauraient enfin si l'amant est fidèle, si l’insensible se laissera toucher, si la richesse viendra un jour, et mille choses qu’il n’est pas indifférent de connaître.

Dame Tremblay sortait par la porte de derrière du château, comme elle arrivait.

—Sur ma vie ! s’écria t-elle, c’est la mère Malheur! Bonjour ! ma vieille âme damnée ! Vous avez deviné que je voulais vous voir, c’est sûr! Entrez, venez vous reposer. Vous devez être fatiguée, la mère, hormis que vous soyez venue à chevalsurun manche à balai. Entrez, ne vous occupez point de ces jeunesses,

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