‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 44 sur 73 · IX · texte numérisé non relu

IX

Dans un autre moment, Angélique aurait jeté un éclat de rire. Elle frissonna, repoussa brusquement la jeune fille et fut sur le point de se fâcher. L’étonnement de Fanchon la rappela à la prudence; elle eut la force de sourire et demanda avec une indifférence afféctée :

—Où est mon frère, Fanchon ?

Fanchon répondit en tremblant :

—ÏIl est allé au Palais avec le chevalier de Péan.

La pauvre Fanchon ! elle avait peur d'avoir déplu à sa maîtresse et ne pouvait s'expliquer comment,

—Comment savez-vous qu’il est au palais ? continua Angélique.

—Je les ai entendu jee madame. Le chevalier de Péan a dit que l ntendant était malade et ne voulait voir personne.

Angélique ne put se défendre d'un certain effroi.

—Etes vous sûre qu'il a dit cela, Fanchon? demanda-:t-elle.

—Oui, madame. Maisil prétendait en mêmetemps qu’il était plus mécontent, plus irrité que malade. Il ne l’a jamais vu dans un pareil état.

—Et sait-il la raison de cette maladie ou de cette mauvaise humeur ?

—Non, madame. Le chevalier DesMeloises pense que ce sont les nouvelles de France.

—Dépêchez-vous donc! dites donc tout! fit An- gélique en frappant du pied avec impatience,

Fanchon, qui répondait de son mieux, fut toute étonnée de cette brusquerie, et elle se hâta d'ajouter :

—C'est tout! madame, c'est tout! Ils sont sortis aussitôt,

Angélique respira, Elle pensa que l'Intendant n'aurait pas manqué de faire part à de Péan de sa lugubre découverte, s’il avait connu l'assassinat de Caroline,

Elle comprit aussi qu’il ne pouvait a:cuser personne sans se compromettre, et sans passer pour un menteur et un fourbe auprès du roi et de la Pompadour.

—Je dirai que je ne connais rien de cette affaire. je le jurerai s’il le faut, pensa-t-elle encore, et il n'osera pas aller plus loin.

Rassurée, calme, elle descendit l'escalier. Le garçon tenait le cheval à la porte, depuis longtemps. Elle ramassa sa longue amazone neuve et monta en selle avec une grâce et une légèreté remarquables.

—Attendez-moi, dit-elle au groom.

Elle descendit la rue St. Louis. Tous les yeux la suivaient avec envie, Près du monastère des récollets, elle aperçut le sieur La Force, qui guettait, au coin de la rue Ste Anne, les pensionnaires des Ursulines. La Force la vit au mème instant et fut d'opinion qu’elle valait bien une pensionnaire.

Ji la salua avec une politesse toute parisienne et sollicita l'honneur de l'accompagner. :

—Je voudrais faire une jalouse, dit-il, en regardant la porte du couvent qui s'ouvrait pour laisser sortir un essaim de charmantes élèves.

—Et vous croyez que je puis vous aider ?

—dJ’ai une petite vengeance à exercer, et personne ne répand la terreur dans les âmes tendres comme Angélique Des Meloises. On la sait toute puissante et invincible.

—Alors venez; prenez votre cheval. J’éprouve justement le besoin de torturer quelqu'un ce matin.

—At je veu:

salut.

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.—Attendons une minute. Voici les pensionnaires, je veux qu'elle me voie.

XI

Les premières qui sortirent du couvent appartenaient à la classe des Louise. Elles venaient riant, caquetant, sans paraître se soucier de rien voir. Quand elles furent près d'Angélique et de La Force, Des relevèrent leurs voiles et firent un gracieux salut,

L'une d'elles, la plus jolie avec ses opulents cheveux, prit le lorgnon d'or qui pendait à son cou, et regarda La Force avec une comique gravité, puis fit du pied, le geste de monter à cheval.

La Force tendit sa main, comme pour lui servir d'étrier. Elle y mit le pied, et saisissant Angélique, elle l’'embrassa cordialement.

Pour être vrai, elle était un peu froissée, la jolie Louise Roy, car l'espiè le élève n’était pas autre que Louise hé Elle voulut se venger en pesant de toutes ses forces et en demeurant longtemps sur la main de son infidèle chevalier.

—Angélique, commença:t-elle, ilest rumeur dans le couvent que tu vas épouser l’Intendant. Mère St, Louis, ton ancienne maîtresse, en est toute ravie. Elle affirme qu’elle t'a toujours prédit un brillant mariage.

—Ou rien du tout! répliqua Angélique, comme l’affirmait mère Ste Hélène. Maïs qui vous a ditcela, au couvent ?

—Qui? Oh! tous les oiseaux du jardin ! Mais dis donc, ma chère, il parait que c’est un vrai Barbebleu que cet Intendant, qu'il a eu des femmes tant et plus déjà, et qu'il les fait mourir... Est-ce vrai?

Un frisson agita Angélique.

— Est-ce qate je sais moi! fit-elle en s’efforçant de ur ans tous les cas, il n’a pas l’air d’un Barbe

eu #—La mère St Joseph, qui vient de Bordeaux, dit,

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