‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 46 sur 73 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Angélique aimait toujours Le Gardeur, mais elle ne voulait pas devenir sa femme. (C'était chose décidée ; et Le Gardeur depuis son retour, dans une heure d'ivresse, l’avait en vain de nouveau suppliée d’unir sa destinée à la sienne.

Elle fut tentée de s'éloigner d'Amélie, quand elle l’aperçut agenouillée près d'elle, dans la cathédrale. Elle avait peur de ses regards de chérubin qui péné traient jusqu’au fonû de l’âme et pouvaient en surprendre les secrets. Elle ne se sentait pas de force à

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lutter contre la douce vertu de son ancienne com pagne de classe.

Elle se leva pour sortir. C'était la fin d’un psaume, et toutes les voix de l’église, voix sublimes, voix saintes et solennelles, comme un cri qui serait monté des profondeurs de l'éternité, se réunissaient pour dire : In secula seculorum, Amen !

Les personnes qui se trouvaient autour d'elle furent scandalisées de son empressement à quitter le lieu saint.

Elle sortait la tête haute, appuyée au bras de La Force.

Amélie, distraite par le déplacement des gens, leva les yeux et l’aperçut. Elle lui fit signe d'attendre.

—Je voudrais te dire un mot dès que l'office sera fini; je suis heureuse de te rencontrer ici !

—Le sieur La Force s’en va, répliqua Angélique ; tu me parleras une autre fois...

Elle avait peur d'Amélie.

—Le sieur La Force t’attendra avec plaisir, ré-

t la pliqua Amélie.

» de Les fidèles se levaient pour sortir. Amélie suivit que Angélique jusque sur le seuil de pierre. La Force Des savait ce qu'elle désirait; il s'arrêta à la porte de r'AD- l’église, et dit qu’il attendrait volontiers. | du —Et peut-être que vous seriez assez bon, reprit Amélie, pour accompagner ma tante de Tilly chez elle, pendant que je vais causer avec Angélique. —Trop heureux de vous obliger, mademoiselle, bÎle répondit-il, en faisant un gracieux salut. dé- Il partit avec maü2me de Tilly.

rt XX, x #4 Amélie prit Angélique par le bras et l’entraîna Ile dans l’église, au fond d’une chapelle latérale, où le. s'élevait un autel.

né De large piliers séparaient cette chapelle de la uT- nef principale. Plusieurs personnes dévotes s'étaient » À attardées pour prier dans le silence, sous les vastes

arcealix.

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Amélie s’approcha de l’autel et s’agenouilla. Angélique dût faire la même chose.

Amélie demandait la force et la sagesse. Après un moment, elle regarda Angélique en face, comme pour scruter le fond de son âme, et Angélique frémit ; car elle eut peur de voir évoquer le spectre de Beaumanoir. Mais elle retrouva son assurance quand elle comprit jun s'agissait de Le Gardeur.

—Au nom de Dieu qui est ici présent, Angélique! dis-moi ce que tu as fait de mon frère! supplia Amélie. Il se perd. il est perdu!

—S'il se perd, ce n’est pas ma faute assurément ; mais je crois que tu t’exagères ses fautes. Il n’est pas dans un état si désespéré.

— Ah! il est bien dévoyé,et ceux-là seuls qui l'ont égaré peuvent le remettre dans le bon chemin!

Angélique comprit l’allusion. Cependant Amélie pensait à l’Intendant aussi. Elle répliqua :

—Le Gardeur n’est pas si facile à jeter hors la bonne voie. Il est fort et n’aime pas à se laisser conduire. Il préfère mener les autres. Je le connais!

Au reste, continua-t-elle, des pécheresses comme nous ne doivent pas exiger que les hommes soient des anges. Je m’ennuierais avec les saints : j'aime mieux les hommes

—Tu devrais avoir honte, Angélique, de parler ainsi devant l’autel, dans la maison du Seigneur !.… Ah ! tu m'as ravi mon frère, rends-le moi, je t'en conjure |

Et elle joignait les mains et la regardait d’une façon suppliante en disant cela.

—Je tai ravi ton frère, Amélie? Ce n’est pas vrai! Pardonne-moi si je parle ainsi. Je ne lai pas plus ravi qu'Héloïse de Lotbinière et Cécile J'ourangeau. Veux-tu savoir la vérité ? Le Gardeur m'a aimée et je n’ai pas eu le courage de le repousser. Plus que cela, j'avoue que j'ai répondu à sa flamme. Je te l'ai dit, au couvent, tu t’en rappelles ? Je l’ai aimé et je l’aime encore! j'en prends à témoin la madone qui nous regarde |

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Et elle montra la niche sainte, en l'air, devant elle.

—S$i Le Gardeur fait des extravagarces, ajouta-telle, je le regrette sincèrement, je le regrette autant que toi. Que puis-je dire de plus ?

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Angélique parlait avec sincérité, cette fois, et elle fit sur son amie une impression favorable.

—Je crois que tu dis la vérité, Angélique, répondit Amélie, et ;e sais que tous ceux qui connaissent Le Gardeur s'aflligent de le voir s’oublier ainsi. Pourtant, mon Angélique ! tu aurais pu, par ta grande influence sur lui, le préserver de ces hontes ; tu pourrais le sauver encore ! Un mot de ta bouche ferait plus que les plus éloquentes paroles du reste de la terre pour le ramener à la raison.

—Tu mets ma complaisance à l'épreuve, Amélie ; mais pour l’amour de Le Gardeur, je puis supporter bien des contrariétés. Sois certaine que Je ne

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me puis rien faire pour le ramener. Il met à son retour nt au bien des conditions impossibles.

ne —Des conditions impossibles ? Mais quelles conditions ?... Oh! je devine, je sais... Pourquoi donc

ler as-tu accepté son amour et ses hommages, si tu dex vais ensuite le repousser et le désespérer? Le Garen deur ne mérilait pas cela !.…

Amélie s'indignait, et des larmes de dépit rou- 'a- laient dans ses beaux grands yeux.

—dJ’avouerai, reprit Angélique, que je ne méritais 19 pas ton frère, si cela peut te consoler. Et crois-tu ai que ça n’a pas été un sacrifice pour mon cœur que le e renoncer à lui ?.….

1 —Je ne sais pas, Angélique DesMeloises : mais je g- sais que tu as surpris le meilleur des cœurs, pour en-

suite le fouler à tes pieds.

—Devant Dieu, devant la croix de l’autel, riposta 6. Angélique avec indignation, je n’ai point fait cela! J'ai aimé LeGardeur, mais ne lui ai jamais engagé

ma foi. Je lui ai déclaré que je ne pouvais l’épouser. Je n'étais plus libre déjà. : de mes a lui avait

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