‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 68 sur 73 · RE LS ET ET · texte numérisé non relu

RE LS ET ET

919 LE CHIEN D'OÀ

—Pauvres petites, vous pardonner !.… Ah! {° voudrais aussi, moi, pouvoir m’enfermer dans le cloître avec vous, en ce jour de désolation! Mais ma place est ailleurs et mon œuvre n’est pas finie !.…

—Avez-vous vu Le Gardeur, tante, demanda vive- ; ment Amélie, en lui saisissant la main dans une étreinte douloureuse ?

—Oui, je l'ai vu et j'ai pleuré sur lui! Sa dou- f leur est mortelle. Il demande à passer par une cour | martiale. Il veut s’accuser ! il veut expier !

—0O tante! et il aimait tellement le bourgeois! Cela ressemble à un affreux cauchemar... Le Gardeur tuer le père de Pierre !.. celui qui devait être de mon père !.…

Et elle se mit à sangloter, et elle demanda en gé-

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missant : sk —Mon Dieu! mon Dieu ! que vont-ils faire de lui ? | Vont-ils le mettre à mort? êt —Non, Amélie, non. Le gouverneur va, d’après è ke

l'avis de ses plus intimes conseillers, et vu les circor:ances étranges qui entourent son crime, l’en- -oyer en France, par le Fleur de Lys, qu part demaix, Le roi lui-même prononcera. Il sera plus

incie d’élucider cette affaire là-bas. Les factions de sont trop puissantes ici.

Amélie se cacha le visage dans ses mains. Elle ns je paraissait terriblement agitée, terriblement souf- qu }, frante : C'était toujours un long répit, songeait-elle, ste 1 et le roi serait juste... Il verrait que Le Gardeur a 1! été poussé et qu'il a frazpé en aveugle... Un roi, ça | | doit être juste comme Dieu :.…. te (

Ji —Pourrai-je le voir avant son départ? tante, de-

“10 manda-t-elle. no) ll —Hélas ! c’est impossible ! Le gouverneur est in- | | flexible sur ce point. Il ne veut pas. Personne ne : H jh pourra communiquer avec lui. | é L —Ah | je ne le verrai plus en ce monde! s’écria:t- : . elle, je ne le verrai plus! je | Et elle s’appuya sur Héloïse, car elle se sentait | ii

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—Le roi lui pardonnera peut-être, reprit celle-ci, en la soutenant dans ses bras.

—Le roi?... ah! que le Seigneur lui fasse miséricorde d’abord! Et que les hommes lui pardonnent ou ne lui pardonnent pas, j'offre le reste de ma vie à Dieu, en expiation de ses fautes.

—Moi aussi, Amélie! fit Héloïse. Nous avons franchi pour la dernière fois le seuil de cette maison : nous n’en sortirons plus!

—dJe viens aussi de voir Pierre Philibert, dit madame de Tilly, après un moment d’amer silence.

—Vous avez vu Pierre? s’écria Amélie dans une étreinte nouvelle de la douleur.

—J’étais en prière auprès des restes de son père quand ilest entré. Il n’était pas attendu si tôt... Chère Amélie, je n’ai rien vu jamais de navrant comme son muet désespoir !

—Et qu’a-t-il dit ? qu’a-t-il fait? Ne nous a-t-il pee tous maudits, vous ! moi! et surtout Le Gardeur ?.. N’a-t-il pas appelé la vengeance du ciel sur la maison de Repentigny ?

—Dans l'effondrement de son bonheur, il n’a maudit personne! Il n’a accusé personne du mal qu'on lui faisait, Ils’est bien douté que Le Gardeur était un aveugle instrument.

—Comme il est bon 1...

—]l m'a demandé où tu étais; qui tu avais pour te consoler ou pleurer avec toi.

—Ï1 vous a demandé cela? Ô le bon cœur! le noble caractère |.

Et elle fondit en larmes.

—Et il ne provoquera point Le Gardeur, demanda Héloïse d’une voix tremblante ?

—Il est touché du désespoir de Le Gardeur et il sait d’où part le coup qui a tué son père.

—Mon Dieu! mon Dieu! exclama Amélie, au milieu de ses pleurs, combien la nerte que je fais est grande! Pierre, mon noble Pierre, mon fiancé!

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mon époux ! ah ! c’est donc vrai que nous sommes à jamais séparés ? à jamais perdus l’un pour l’autre !…. O ma tante |! je lui ai juré ma foi... je lui appartiens. … je ne puis plus me séparer de lui !... Il sera à moi pour toujours... À moi dans la mort ! à moi dans la tombe ...à moi dans le ciel!

—Calme-toi, mon enfant! Ma pauvre Amélie!

calme toi, ou je ne te dirai pas tout.

—Tout? vous ne dites pas tout? Ah! pe je serai calme. Tenez! voyez comme me voilà raisonnable !... j'écoute. Je ne dis plus rien.

Et la pauvre enfant cherchait à comprimer les rudes battements de son cœur, essuyait ses paupières humides, essayait de sourire même, malgré l’amertume de ses pensées.

—Il est venu pour te voir, reprit madame de Tilly.

—Tci ? fit vivement Amélie en pâlissant.

—Ici. Maisiln’a pas eu la permission d'entrer dans le parloir même. |

—Ï1 est venu pour me voir! pour me voir ! répéta la jeune novice avec une émotion pleine de ravissement et de tristesse aussi pourtant...

Et ses beaux yeux levés au ciel roulaient de grosses larmes.

Elle ajouta presque aussitôt :

—Je serais morte de honte à ses pieds... Il valait mieux ne pas le recevoir sans doute... Mais pourquoi lui refuser cela ?

—La mère Migeon est juste mais sévère. Elle est la tante de Varin, et n’aime point les Philibert. Ton entrée au couvent cause un mortel chagrin à Pierre, ajouta-t-elle, car il sait ce que cela veut dire.

—Hélas! pouvais-je faire autrement ? Oserais-je mettre dans sa main loyale, ma main souillée Et sang ?... Maisil me pardonne; il ne m’oublie point ; il m'aime encore 1 Ah ! c’est une consolation quime reste dan” ma triste infortune !...

—Mes chères enfants, je vous quitte pour vous revoir bientôt, fit madame de Tilly en embrassant ses nièces.

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Soumettons-nous à la volonté du Seigneur, continua-t-elle ; quand vient la nuit, les objets disparaissent dans l’obscurité, et nous ne les apercevons plus; ils sont comme s'ils n'existaient oint, et ceon ils existent toujours, et quand rayonne la umière ils apparaissent de nouveau. Nous sommes dans les ténèbres à cette heure, et nos regards ne voient plus que l’image de Notre-Dame de Grand Pouvoir, au picd de pus brûle la lampe de Repentigny ; mais le soleil de la justice se lèvera un jour pour tous.

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