‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 69 sur 73 · I. gna · texte numérisé non relu

I. gna

Depuis longtemps le chant des vèpres avait cessé. L:

C'était le soir; et l’angelus, s'échappant en accords blan

mélodieux de tous les beffrois, venait d'inviter la ados terre à bénir la mort et la vie.

Les religieuses du monastère entraient dans leurs humbles cellules, et les enfants dont elles avaient la garde reposaient dans les dortoirs peuplés de songes gracieux. k

Des bougies vacillantes plongeaiïent leurs timides rayons dans les ombres des grands corridors, où de temps en temps résonnaient les pas discrets des pieuses femmes qui sortaient de la chapelle.

Comme le flot sonore qui chante pendant que la lune paisible l'enveloppe de ses clartés, la mère Ste Madeleine de Borgia, à genoux au pied de la statue de St. Joseph, avait entonné l’hymne solennelle.

Ave, Joseph, fili David juste !

Vir Mariæ de quà natus est Jesus !

; Mère Esther, suivie des deux nouvelles postulautes, | traversa un long couloir, passant devant les portes

Il des alcôves où s’endormaient, en récitant le Memo- | F rare, les fidèles épouses du Christ.

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Elle s'arrêta devant une cellule fermée.

Sur la porte de cette cellule se lisaient en lettres noires, ces paroles du Sauveur : :

“ Venez à moi, vous tous qui êtes accablés par la douleur, et.je vous consolerai.”

Elle ouvrit.

—Entrez, dit-elle aux deux jeunes filles, c’est la cellule d’une fidèle servante de Marie, de votre bien aimée tante, mère Madeleine. Par une faveur spéciale, vous y passerez ensemble les premières heures de votre sainte captivité.

—Le souvenir de mon illustre parente habite toujours ici, répondit Amélie, et il m’apprendra la résignation.

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La cellule était presque nue. Dans un coin, un lit blanc mais dur comme la couche d’un anachorète ; adossée au mur, une petite table de bois simplement poli, avec quelques livres dessus; puis une couple de chaises sans peinture. Tout au fond, sus-

end'e à la cloison, était restée une figure de Notreamie des Sept Douleurs, brodée en soie. Une œuvre d'art!

Amélie et Héloïse vinrent s'agenouiller devant cette image. Puis après une prière fervente, elles se levèrent pour l’admirer à la lumière de la lampe.

—Tante Madeleine a brodé cet admirable sujet, dit Amélie, dans une heure de mortelle angoisse, alors que son fiancé Julien Lemoine venait de mourir sur le champ de bataille. Elle est avec Ini maintenant. Elle est bien heureuse.

— Nous souffrons plus qu’elle n’a souffert, observa Héloïse. Les larmes peuvent suffire à pleurer ceux qui re sont plus, mais elles ne suffisent pas à pleurer ceux que l’on a perdus sans espoir et qui vivent toujours !.…

La lampe mettait comme une auréole de gloire au front de la Vierge des Douleurs. Les deux jeunes filles se jetèrent à genoux de nouveau et pleurèrent longtemps.

Madame de Tilly avait déclaré à la mère Supé- al rieure que ses nièces seraient richement dotées, et sé mère Migeon ressentit une grande joie de cela, car le couvent se trouvait dans une position difficile Joi depuis quelques années. La guerre avait épuisé les de \ sources de revenus et l'inquiétude se glissait for- ] \ cément dans l'esprit de celles qui étaient chargées l'er de l'administration. Elles cachaient bien, autant que dar | ossible, la situation à la communauté, pour ne pas qu’ fl a distraire de la prière et de la méditation, mais cie à l’heure redoutée n'aurait pas manqué de sonner en- 4 îl fin. qua | Cependant, les bonnes religieuses s'étaient déjà val! ‘à soumises de grand cœur à bien des privations. C’é- une l tait presque Îa ration des naufragés. Mais la patrie ( souffrait et il était doux en quelque sorte de souffrir C ! avec elle et pour elle. de à l Depuis longtemps le tronc de St. Joseph, pour les di f pauvres, ne se remplissait plus. ft. Joseph au blé, vi | veillait depuis longtemps sur des magasins vides, et la Vi St. Joseph au labeur restait insensible aux supplica- éé | tions des cuisinières qui lui demandaient des ali- à rde “| ments en quantité anis. au moins. ah \ Ji v. rose li j : Joue 1! —Je remercie St Joseph de ce qu’il nous donne et raîtr 1 de ce qu’il nous Ôte, dit mère St. Louis à l’oreillede | Jàro ‘1 mère St. Antoine, comme elles sortaient ensemble tous 1 de la chapelle. Le jour qu'Amélie de Repentigny | trat | fera profession, sera pour nous le jour des noces de taire +] Cana. L'eau se changera en vin. Je n’aurai plus be- M: fl soin de ramasser les miettes, excepté pour les men- Des (l diants. elle, |! VI. 1 elle 4 | Les jours vinrent et s’enfuirent avec leur conti- IH nuel lot de peines et de joies. Le temps inexorable ! l marchait toujours son pas mesuré, également sourd | Pi

h | aux langueurs de l’ennui et aux désirs satisfaits. était "ea

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Amélie, fatiguée de la terre, soupirait après cette autre vie où le temps n'existe plus, mais où les pensées et l'amour mesurent seuls l'éternité !

Héloïse et elle se soumettaient humblement au joug de l’obéissance, Toutes deux rivalisaient d’ardeur pour la pénitence et la prière.

L'esprit de leur pieuse tante Madeleine semblait remplir encore la petite cellule ; elles se sentaient dans une atmosphère deux fois sanctifiée, et l’air QU respiraient semblait saturé des arômes du ciel.

Amélie n’oubliait point Philibert cependant, et quand, par hasard, elle entendait son nom, elle levait vers Dieu ses yeux pleins d'eau et murmurait une prière.

Cependant le crime de son frère, l’anéantissement de ses pis chères espérances, la perte irréparable de son fiancé, la complète destruction de sa félicité ici-bas : c'en était plus qu’il ne fallait pour la briser et la pousser au tombeau. Elle maigrit, ses joues se creusèrent. Elle demeura belle pourtant, et son âme ardente parut se réfléter davantage dans sa figure émaciée. Elle semblait s'immatérialiser. Une tache rose comme le reflet d'un feu intérieur parut sur sa joue, s’effaça, puis revint encore pour ne plus disparaître ; ses yeux pleins d'amour s’agrandirent et brillèrent d'un éclat inouïi. Elle se prit à tousser, à tousser, et bientôt, ses forces l’abandonnant, elle se traîna comme un fantôme dans les corridors solitaires,

Mère Migeon secoua la tête d’un air désespéré. Des prières et des messes furent offertes à Dieu pour elle, mais en vain. Dieu l’appelait à lui. Et puis, elle était heureuse de mourir.

Pierre n’avait pu la voir qu’une fois depuis qu’elle était entrée au couvent. Quand il apprit qu’elle se

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