WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y
mourait, il accourut au monastère. Il espérait en forcer l'entrée par ses prières, ses promesses et ses pleurs. Hélas ! il ne savait pas que l’inflexible règle est plus puissante que les murs des citadelles et que l’armée religieuse ne capitule jamais
Il pouvait entrer dans le parloir, mais jamais sor ges ne frauchirait la porte sombre qui le séparai
e sa bien-aimée!
Amélie viendrait peut-être derrière la grille; mais il ne la verrait toujours qu’à travers d'implacables barreaux croisés drus.
La portière lui dit d’abord que la jeune novice ne pouvait se rendre au parloir, et qu'il n'y avait plus qu’à s’en retourner, puisqu'il ne pouvait franchir le seuil du cloître.
Il pur un gémissement profond.
u moins, dites-lui que je suis ici, que je suis accouru pour la voir une dernière fois !.. Je ne sor-
.tirai pas avant que j'’entende sa dernière parole!
que j'aie reçu son dernier adieu !
Amélie retrouva une force nouvelle en apprenant que Pierre l’attendait, qu'il voulait la voir! Elle eue les religieuses de la conduire au parloir... Cela ne la ferait pas mourir plus tôt; cela n’offenserait pas le bon Dieu... Il devait être son époux, cet homme... et le Ciel avait reçu leurs serments! .
Elle pleura ses dernières larmes ; elle entoura de ses bras amaigris le cou de la mère Supérieure ; elle invoqua sa tante Madeleine qui avait tant pleuré elle aussi, avant de monter aux cieux...
Au même instant, quelqu'un vint annoncer que madame de Tilly attendait aussi dans le parloir, et désirait fortement voir la jeune mourante.
La mère Supérieure ne résista plus Amélie fut portée dans une chaise et déposée derrière la large grille noire.
Héloïse la suivait. | |
—Pierre ne me reconnaîtra pas, lui murmura:t-
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elle. Pourtant je vais lui sourire et peut-être qu’il se souviendra.
Son voile était rejeté en arrière, découvrant sa figure douce et pâle.
Dès qu’il entendit le bruit des pas dans les couloirs, Pierre tressaillit, car il eut un pressentiment de son bonheur amer. Ses yeux se fixèrent ardents sur les barreaux épais. Il était tenté de les rompre. Elle arriva.
Il poussa une clameur et ouvrit les bras comme
* pour l’enlacer dans une dernière étreinte, Il se
heurta à l’implacable grille.
—Amélie! ma bien-aimée Amélie! criait-il, ah! je vous vois donc une fois encore, mais comment ?.…
—Vous ne maudissez pas ma famille... Vous avez donc pitié de moi, murmura la mourante.
—Pauvre ange ! pauvre ange ! moi, maudire votre famille ! moi, manquer de pitié! ah! vous ne me connaissez donc plus ?
Et de grosses larmes coulèrent de ses yeux,
Amélie se rejeta en arrière dans son fauteuil, et se couvrant le visage de ses mains, elle commença à sangloter.
Pierre, collé à la grille de l'étrange prison, la regardait per les trous étroits, et ses doigts crispés semblaient vouloir déchirer les barreaux.
—Amélie! Amélie ! appelait-il... Ah! si toi! et ne pouvoir mettre sur ton front le baïser de l'époux!
XI, Madame de Tilly pleurait en silence, appuyée sur le bras de sa chaise. Héloïse aussi pleuraïit. Amélie se découvrit la figure tout à coup et tendit ses bras vers son fiancé.
—Pierre! gémit-elle, je vais mourir:.. je me meurs |... Je suis heureuse de mourir... puisqu'il me faudrait vivre sans vous! Oh! je vous aime !.… Pierre sanglotait et les transes amères soulevaient ses épaules,
rès de
—Pierre! reprit Amélie, voulez-vous accepter ma vie en expiation du crime de LeGardeur ? Voulezvous pardonner à mon malheureux ét aveugle frère ?
—Pauvre enfant ! il est pardonné depuis longtemps ! depuis longtemps! Ïl ne savait pas ce qu'il faisait. Il a été l'instrument des ennemis de mon père !..... Je lui ai pardonné sa faute, et pour l’amour de vous, en ce moment, je lui rends mon amitié !…
—Mon noble Pierre ! s’écria la mourante novice, merci ! merci ! Et se penchant en avant, elle mit ses doigts de marbre sur la grille noire, et comme des rayons fauves, ils passèrent dans les vides que formaient les barreaux.
‘Pierre les couvrit de baisers ardents.
Il croyait qu'ils allaient se réchauffer sous ses lèvres de feu : hélas ! ils se refroîdissaient de plus en plus.
Il regarda. Amélie, la tête légèrement inclinée, souriait doucement. Puis élevant vers le ciel ses eux brillants d’une ineffabie douceur: Mon doux ésus ! dit-elle, il ne me reste plus qu’à mourir. Ac ceptez ma vie en expiation du crime de LeGardeur.… Puissè-je le revoir au Ciel... avec Pierre! avec tous ceux qui me sont chers... Avec ma mère et ma bonne tante de Tilly, ma seconde mère... Dites-lui, ma tante, que je l'attendrai au Ciel... avec vous tous, mes sœurs... Marie ! Reine du Ciel! assistezmoi dans ce moment suprême... Aidez-moi à quitter cette terre de larmes et à me présenter devant Votre Divin Fils, ma suprême espérance! Jésus! Marie! Joseph! Mon Dieu! Je remets mon âme entre vos mains...
—Amélie ! s’écria Pierre, Amélie ! ne meurs pas maintenant! Dieu va se laisser attendrir... Amélie !
Elle souriait toujours ; le sourire était buriné sur .
sa lèvre froide : le sourire de l'innocence dans la vie, le sourire de l’innocence dans la mort!
Élle souriait, mais ne l’entendait plus!
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Elle était morte ! *
* M. Kirby, qui a donné tant de preuves de respect et même d’admiration pour nos institutions catholiques et pour notre culte, est, il ne faut pas l’oublier, protestant en religion. Comme tel, il ne peut connaître toutes les nuances les plus délicates du sentiment catholique et de la sainte réserve qui règnent dans nos communautés religieuses. C’est ce qui explique pourquoi il a, dans l'original, fait admettre Philibert dans la chambre de la mourante,
Le lecteur objectera peut-être que cette scène, fort belle d’ailleurs, manque de vraisemblance. Nous l’admettons volontiers, bien que, avec la bienveillante permission de l’auteur, elle ait été quelque peu modifiée,
Même avec la modification que l’on y a apportée, nous nous faisons un devoir de déclarer que ce serait méconnaître les saintes rigueurs de la règle qui régit nos communautés religieuses et même dénaturer les sentiments qui doivent animer une novice instruite dans la foi catholique, que de lui faire faire une aussi large part à l’amour humain en face de la mort. Une catholique, après avoir renoncé au monde et s’être enfermée dans un cloître, serait-elle animée de sentiments aussi purs que ceux d'Amélie et aurait-elle quitté son fiancé dans les circonstances extraordinaires racontées plus haut, ne songerait pas à se faire porter-au parloir pour l’y rencontrer. Encore moins, les Supérieures d’un couvent permettraient-elles une semblable rencontre.
Cependant, comme nous n’avons rien vu dans cette scène qui pôût blesser le sentiment catholique, pas plus que la morale et les convenances, et que c’eut été créer, dans l’ouvrage, une lacune considérable, nous avons cru devoir laisser subsister l’entrevue, — of des Editeurs.