COMMENT LE CHIEN LAPE
nards, traqués sans cesse, passent la plupart des journées au fond de leurs terriers et ont besoin de leurs yeux pour chasser pendant la nuit, los chiens, comme nous, distinguent mieux les objets quand il fait jour.
A l'état sauvage le chien se nourrit de chair, ce qui l'a fait classer parmi les carnivores, mais son état de domesticité lui ayant fait modifier son alimentation il est devenu, ainsi que nous, omnivore, c'est-à-dire qu'il mange de tout et qu'il s'accommode parfaitement de pain sec. 11 aime générale-
y LE CHIEN.
ment le sucre, le lait ; il mange de l'herbe, des fruits, des légumes cuits, des végétaux farineux.
Son existence est de courte durée. On a calculé que l'existence d'un animal est égale à sept fois le temps qu'il met à opérer sa croissance ; le chien mettant environ deux ans à parvenir au perfectionnement de ses formes, vit de douze à quatorze ans, rarement plus.
A l'état sauvage le chien hurle, mais le chien domestique aboie. L'aboiement n'est à proprement parler que la voix du chien civilisé; cela est si vrai que le chacal et le loup sous l'influence de la domestication ont appris à imiter l'aboiement du chien.
Comment, s'est encore demandé Darwin, comment s'est produit l'aboiement du chien qui exprime tout à la fois des émotions et des désirs différenis et qui est si remarquable en ce qu'il n'a été acquis que depuis que cet animal vit à l'état domestique, et non moins remarquable par sa transmission héréditaire à des degrés inégaux dans les différentes races ? Nous l'ignorons ; mais ne nous est-il pas permis de supposer que l'imitation entre pour quelque chose dansl'acquisition de cettefacuUé, et la longue et étroite familiarité du chien avec un animal aussi loquace que l'homme ne nous en rend-elle pas compte?
Ils ont pris l'habitude d'émettre certains sons qui ne leur étaient pas naturels. L'aboiement de la colère et celui de la oie diffèrent assez pour qu'on les puisse distinguer l'un de l'autre; lorsqu'un chien a perdu son maître ou qu'il s'est égaré, il hurle d'une manière expressive et la superstition populaire attache à ce hurlement la signiflcation d'un lugubre pronostic; on dit vulgairement que les chiens hurlent à la mort.
Lorsqu'ils sont impatients, ils poussent souvent par les narines une sorte de sifflement aigu qui nous frappe comme une plainte.
HISTOIRE NATURELLE DU CHIEN. 49
Quelques-uns expriment une disposition d'esprit agréable, gaie, en môme temps qu'affectueuse, par une sorte de rictus. Somerville a fait celte remarque il y a longtemps dans son livre de la Chasse : « Avec un rire flatteur le chien caressant te salue... » Le fameux lévrier écossais de Walter Scott, Maïda, avait cette habitude qui est du reste commune chez les terriers.
Darwin l'a constatée chez un roquet et chez un chien de berger, et M. Rivière ajustement observé qu'elle se manifeste rarement d'une manière complète, mais très communément au contraire à un faible degré. La lèvre supérieure se rétracte alors comme pour le grognement, de sorte que les canines se découvrent en môme temps que les oreilles se portent en arrière, mais l'aspect général de l'animal indique clairement qu'il n'est pas irrité.
« Le chien, a écrit sir C. Bccl, renverse légèrement les lèvres pour exprimer la tendresse; il grimace et renifle en gambadant d'une manière qui ressemble au rire. » L'aboiement et la grimace se succèdent alors fréquemment. La tendance à aboyer dans cet état d'esprit a été acquise par hérédité ; elle est entrée dans le sang. On sait que les lévriers aboient rarement, tandis que les roquets aboient d'une façon fréquente et souvent fatigante.
Leur voix a des intonations différentes pour exprimer la douleur, l'attention, la terreur. Dans tarage elle change complètement, le timbre n'est plus le même; aussi les vétérinaires expérimentés reconnaissent parfaitement cette maladie incurable, sans voir l'animal, en l'entendant seulement aboyer.
Dans les pays chauds, le Congo, ou la Guinée par exemple, a remarqué M. Benion dans son Élude sw les races canines, il se passe chez les chiens amenés des contrées tempérées un phénomène assez extraordinaire : au bout de quelque temps ils deviennent demi-sauvages et perdent complète-
mcnl la voix, sans qu'on puisse bien en expliquer la raison. Les chiens domestiques cVEuropc abandonnés dans des endroits déserts du nouveau monde présentent le même phénomène. Ils perdent non la faculté, mais l'habitude d'aboyer. Cela vient de ce qu'étant forcés de subvenir à leur existence par la chasse, de surprendre une proie toujours aux aguets, ils ont besoin de garder le silence. Pour se dérober aux animaux plus forts qu'eux qui les poursuivent, ils marchent prudemment et se taisent. Le fait contraire se produit chez les loups qu'on tient enfermés avec des chiens dans les ménageries ; on en a vu qui, au bout d'un certain temps, aboyaient et portaient la queue en trompette.
En résumé le développement de la voix du chien résulte de son éducation. Nous avons vu un roquet qui, par ses intonations différentes, de la porte de la maison, faisait comprendre à son maître quel genre de visiteur se présentait.
M. Bénédict Révoil a rapporté des faits plus curieux encore. Nous citons d'après lui l'anecdote suivante :
Un soldat allemand du régiment de Wartensleben avait un chien d'une race très commune qui grognait quand on le touchait. Son maître, profltant de cette habitude, lui tenait d'une main la mâchoire d'en haut, et de l'autre celle d'en bas; il les remuait de différentes manières, faisant faire à la gueule diverses contorsions de façon à produire des paroles plus ou moins distinctes. Au bout de six ans d'efforts répétés, d'une éducation continuelle, le soldat fit prononcer paraît-il, au chien une soixantaine de mots, entre autres très distinctement celui (ÏÉHsabeth, mais jamais il ne put obtenir plus de quatre syllabes.
Leibniz * a vu près de Zeik, dans la Misnie, un chien qui parlait naturellement, c'est-à-dire sans qu'on employât aucun procédé pour le faire prononcer. C'était un chien de
h Ilisloivcde l'Académie des sciences, 1715.
HISTOIRE NATURELLE DU CHIEN
paysan, de race commune et de petite taille. Un enfant lui avait entendu pousser quelques sons qui selon lui ressemblaient à des mois allemands. Il n'épargna ni son temps, ni ses peines, pour développer cette disposition particulière, et au bout de trois ans parvint h lui faire prononcer une centaine de mots.
Nous citons ces faits à titre de curiosité, de semblables