‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 14 sur 83 · LE CHIEN JAPPE LORSQU IL JOUE · texte numérisé non relu

LE CHIEN JAPPE LORSQU IL JOUE

exceptions ne prouvant rien au point de vue scientifique; et il faut s'en tenir sur cette question de la voix des chiens à la définition de d'Orbigny : « L'aboi est moins le cri naturel du chien qu'une sorte de langage acquis. »

A l'aide de sa voix, nous venons de le prouver, le chien exprime ses sensations. On dit des chiens qu'ils hurlent, qu'ils aboient, qu'ils jappent, qu'ils grognent; ces termes désignent leurs différentes manières de s'exprimer.

Le chien comprend-il le langage de l'homme? Oui certes, ou du moins il comprend le sens des mots qui lui sont souvent répétés. Cela est vrai pour toute l'espèce domestique ; mais, plus on s'occupe des animaux, plus considérahle devient le nombre des mots représentant pour eux des idées. Les chiens d'appartement qui, dans les grandes villes, vivent en communauté parfaite avec leurs maîtres parviennent sous ce rapport à une certaine perfection d'éducation ; nous les voyons sans cesse, même lorsqu'on prend soin de prononcer avec des intonations semblables les mots sucre et promenade, par exemple, exprimer de la manière la plus évidente qu'ils saisissent la signification de ces syllabes. De même ils retiennent les noms de certaines personnes et manifestent en entendant prononcer ces noms leur joie ou leur colère; chacun sait qu'on parvient aisément à les faire sauter pour les amis et aboyer contre les ennemis qu'on leur a désignés à l'aide de la voix.

C'est affaire d'éducation, et le fait prouve la mémoire du chien.

Sur ce chapitre Gall a déclaré que souvent il parlait à son chien d'objets qui le pouvaient intéresser en ayant bien soin de ne pas prononcer son nom, de s'abstenir de toute intonation ou inflexion de voix, de tout geste qui pût éveiller son attention, et qu'il lui était facile de voir par l'attitude de l'animal qu'il comprenait ce dont il était question.

Lord Brougham a constaté, et bien d'autres avec lui, que les chiens de chasse se rendent parfaitement compte de l'endroit choisi pour la chasse lorsqu'on le désigne à haute voix devant eux. On trouvera dans la partie anecdotique de ce livre d'autres faits concluants ; nous n'en citerons qu'un dans ce chapitre afin de montrer le développement de l'intelligence du chien ; ce fait est emprunté au livre de M. Revoit.

M. Blaze s'étanl un jour égaré à la chasse, un paysan lui

offrit de le faire conduire par son chien jusqu'à une maison éloignée où il était attendu.

« Conduis monsieur à tel endroit, dit le paysan à l'animal. Tu n'entreras pas dans la maison, entends-tu? et tu reviendras tout de suite... Voyez-vous, monsieur, ajouta-t-il, je lui dis de ne pas entrer, parce qu'il y a là d'autres chiens et qu'il se battrait. »

Le guide quadrupède se conforma littéralement à l'ordre de son maître; il conduisit M. Blaze, n'entra point etrevint au galop.

Le chien possède en outre la notion du temps. Il calcule les jours, les mois même ; il n'est pas un chasseur qui n'ait remarqué qu'à l'époque de l'ouverture de la chasse, ses chiens, résignés dans leurs niches durant de longs mois, manifestent soudain une joie et une impatience extraordinaires.

Leur cerveau subit des impressions semblables aux nôtres.

Au reste les analogies des visages humains avec le chien sont fréquentes, ce qui tient surtout à cette particularité que très peu d'animaux ont au-dessus des yeux autant de front que le chien. Le caractère des figures analogues au chien comprend la sagacité et l'esprit de recherche unis à une disposition naturelle à l'abnégation etau dévouement; ce dernier trait est surtout saillantdans les figures d'hommes qui rappellent plus ou moins celles des chiens à oreilles pendantes.

Ce fait constaté par Gall est relaté dans tous les traités de physiognomonie.

L'intelligence n'est point d'ordinaire, nous le répétons, contestée aux chiens ; Gratiolct la leur reconnaît ainsi que le jugement; il ne leur refuse que la raison; mais de la sensibilité qu'ils manifestent il conclut qu'ils doivent avoir la notion du juste et de l'injuste. Quelques chiens ont un mauvais caractère et boudent aisément, mais la plupart ont un bon

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caractère; ils ont avec nous la communantc do certains instincts, l'émotion, la cnriosité, l'imitation, l'attention, et en eux se produit la lutte entre les instincts contraires.

Le chien est jaloux de l'affection de son maître lorsque ce dernier caresse une autre créature. Il éprouve évidemment le sentiment de l'émulation. Il aime l'approbation et la louange. Quand il porte le panier, le parapluie, quelque objet appartenant à son maître, il manifeste un haut degré d'orgueil et de contentement de lui-môme. Il éprouve de la honte et quelque chose qui se rapproche fort de la modestie lorsqu'il mendie trop souvent sa nourriture.

Il est doué d'une excellente mémoire des temps et des lieux. Voici un fait raconté i\ un de nos plus savants médecins par M. Bureau de la Malle :

« Un chien fut amené à Paris à l'âge de huit ans. Le même jour il sort dans la rue et s'y ennuie, veut rentrer, grogne et aboie pour se faire ouvrir; on ne l'entend pas. Survient un étranger qui frappe en levant le marteau et se fait ouvrir. Mon chien l'observe et rentre avec lui : ce même jour je l'ai vu se faire ouvrir six fois, en levant le marteau avec sa patte. Notez qu'il n'y a pas de porte à marteau dans mon château où il fut élevé et dont il n'était jamais sorti. »

Conrad Creilingius, dans ses principes de philosophie (m prhicipiis philosopliiœ), raconte une histoire pareille.

On ne saurait contester à un grand nombre d'animaux et surtout aux chiens l'aptitude au raisonnement. On les voit constamment s'arrêter, délibérer, prendre un parti.

Dans son ouvrage sur la Mer polaire ouverte, le docteur Haye fait à plusieurs reprises la remarque que ses chiens remorquant son traîneau, au lieu de continuer à se serrer en une masse compacte, lorsqu'ils arrivaient sur de la glace mince, s'écartaient les uns des autres pour répartir leur poids sur une surface plus grande. C'était souvent pour les voyageurs le seul avertissement, la seule indication que

la glace devenait moins épaisse et plus dangereuse. Pourquoi agissent-ils ainsi? Il est permis de supposer que cet instinct leur a été transmis par les loups arctiques leurs ancêtres.

Il y a à fournir mille autres preuves du raisonnement des chiens; nous les donnerons plus loin. En ce moment nous passons en revue leur puissance mentale, leurs facultés différentes, avec Darwin à qui sont empruntées un grand nombre de ces intéressantes observations.

Il est certain que l'ancêtre primitif de l'hommo, quel qu'il soit, devait posséder des facultés mentales beaucoup plus développées qu'elles ne le sont chez les singes existant aujourd'hui ; ces facultés ont permis à l'homme de se développer. Mais il ne faut point nier, parce que notre espèce est devenue supérieure aux autres, il ne faut pas nier l'intelligence des animaux.

Un chien sans doute ne se demande nid'oi^i il vient, ni où il va; il ne pense ni à la mort ni à la vie, mais il est certain qu'il réfléchit et nous avons vu de vieux chiens de chasse qui certes, en étendant devant le foyer leurs membres engourdis, se rappelaient les exploits par eux accomplis jadis.

Le chien est en outre doué de sociabilité; il aime les animaux avec lesquels il a coutume de vivre ; il reste sans se plaindre, que disons-nous? heureux, auxpicds de son maître pendant une journée entière; peu lui importe qu'on ne fasse pas attention à lui; mais qu'on s'éloigne, il se lamente. Qui plus est, il a évidemment le sens moral et observe le devoir, puisqu'il ne vole jamais ou presque jamais les aliments en l'absence de son maître; car il y a de bons et de mauvais chiens comme de bons et de mauvais hommes. Question d'hérédité et d'éducation.

D'ordinaire il sait distinguer les bonnes et les mauvaises actions, et si parfois il succombe il témoigne toujours beaucoup de honte après sa faute.

Loin d'accorder aux animaux un langage, a écrit Gratiolet, certains auteurs leur ont refusé jusqu'au sentiment. Les animaux ont beau témoigner qu'ils sentent, on n'a pas voulu les en croire, et du fond de leur cabinet quelques philosophes ont décidé qu'il n'en était rien, alors même qu'ils en donnent les preuves les plus fortes. Mais, ni les arguments de Gometius Pereira, ni ceux de Descartes et de son école, n'ont pu étouffer à cet égard la voix du sens commun qui plaide la cause de ces sujets de notre empire ; sur ce point le grand Leibniz a combattu avec beaucoup de force l'idée cartésienne, et Charles Bonnet est entré si avant dans ses vues qu'il admet dans les bêtes une àme immortelle, leur prédit dans les révolutions futures des esprits et des mondes un meilleur avenir.

Solin raconte l'histoire d'un chien qui, sous le consulat d'Appius Junius et de Publius Silius, refusa de quitter son maître condamné à mort et se laissa mourir de douleur auprès de son cadavre. On a observé une foule de faits semblables, et Gratiolet lui-même, qui n'est point un observateur dont il soit permis de se méfier, a vu le chien d'un de ses parents qui pendant une longue absence de son maître ne consentit pas à s'éloigner du lieu où était suspendu un de ses habits.

Ces faits ne prouvent pas, a ajouté le physiologiste, que les bêtes aient à proprement parler des idées morales, mais du moins ont-elles des affections. Qui oserait en douter? il y a quelque chose d'admirable dans la tendresse du chien pour son maître. Il devient parfois intelligent à force d'amour. Tantôt il appelle à son secours, tantôt il l'arrache à la mort. Ici il terrasse un assassin; ailleurs il veille sur des restes chéris près desquels il se laisse mourir de tristesse. Et parmi les plus prodigieux traits de dévouement qui soient connus, il faut en première ligne citer les deux faits suivants empruntés à Montaigne :

HISTOIRE NATURELLE DU CHIEN

« Quand le roi Lysimachus fut mort, son chien demeura obstiné sur son lit sans vouloir boire ni manger; et le jour qu'on brusla son corps il prinst sa course et se jeta dans le feu où il fut bruslé. Comme fit aussi le chien d'un nommé Pyrrhus, car il ne bougea pas dedessus le lict de sonmaistrc depuis qu'il fut mort, et quand on l'emporta il se laissa enlever quant et luy, et finalement se lança dans le buscher où on brusloit le corps de son maistre. »

Ces traits dont l'cxaclitudc ne saurait être mise en doute

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