‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 15 sur 83 · SOLLICITUDE DU CHIEN POUR SON MAITRE · texte numérisé non relu

SOLLICITUDE DU CHIEN POUR SON MAITRE

n'affirment pas seulement l'intelligence, mais le profond amour, c'est-à-dire la qualité la plus haute et la plus belle de l'humanité.

Et on voulut que les bêtes ne fussent que des machines, et il se publia sur cette vieille querelle un nombre incalculable de livres. Le système des machines fut préconisé par les théologiens surtout, à tel point qu'un homme tel que Daniel Sennert encourut le reproche d'impiété pour avoir soutenu que les bêtes ont uneàme immortelle. Cependant de l'indestruc-

tibilité du principe qui anime les bêtes on pourrait plus aisément qu'avec l'iiypothèse contraire conclure à l'immortalité de l'âme humaine.

Pourquoi, a écrit un des plus célèbres défenseurs des bêtes, Porphyre, pourquoi ne disons-nous pas qu'un arbre est plus docile qu'un autre arbre, comme nous disons qu'un chien est plus docile qu'un autre?

La théorie de l'automatisme n'admet cependant pas la liberté des mouvements.

Il paraîtdifficile de nier que les animaux soient sensibles ; dès lors ils ont une âme, et toute âme est par elle-même indestructible ; mais s'ensuit-il qu'ils aient quelque idée du juste et de l'injuste? .le n'oserais l'affirmer; peut-être en ontils le sentiment à un certain degré. Rorarius ne l'a point mis en doute; souvent, dit-il, ils usent de la raison mieux que l'homme.

Nous citerons certains chiens qui ont vengé la mort de leur maître assassiné; d'autres ont réclamé justice contre ses meurtriers.

Qui sérieusement peut soutenir, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue moral, que les chiens sont des machines ?

Ils subissent des phénomènes nerveux semblables aux nôtres.

Les chiens rêvent.

« Les chiens des chasseurs, a écrit le grand poète latin Lucrèce, au milieu des douceurs du sommeil paraissent tout à coup faire un bond, donnent de la voix, aspirent l'air à diverses reprises, comme s'ils tenaient la piste de la bête. Souvent même ils s'éveillent et poursuivent encore le fantôme d'un cerf, comme s'ils voyaient l'animal fuir devant eux. Enfin l'illusion se dissipe et ils rentrent en possession de leurs sens. Le chien familier, ami de la maison, s'agite et se soulève à diverses reprises,

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comme s'il voyait paraître des visages inconnus et des figures suspectes*. »

Pendant leur sommeil les chiens domestiques expriment également les sensations les plus diverses, ce qui doit nous faire voir qu'ils sont doués de quelque puissance d'imagination.

Mais il nous faut, avant d'étudier des manifestations que l'on peut appeler, selon nous, intellectuelles, il nous faut, dans ce court extrait d'histoire naturelle, noter les mouvements habituels aux chiens et leur signification.

L'illustre Darwin, qui vient d'être ravi à la science, a, dans son livre sur l'expression des émotions chez l'homme et les animaux, décrit soigneusement les mouvements du chien. Selon ce savant éminent certains états d'esprit amènent certains mouvements habituels dont l'utilité a été réelle primitivement et peut l'être encore ; dans cet état d'esprit tout à fait inverse se produit, se manifeste une tendance énergique et involontaire à des mouvements également inverses bien qu'ils n'aient jamais été d'aucune utilité.

Darwin cite, entre autres exemples, celui de l'espèce canine. Lorsqu'un chien méchant rencontre un ennemi, il marche droit et en se tenant très raide; sa tête est légèrement relevée ou un peu abaissée; la queue se tient droite en l'air, les poils se hérissent surtout le long du cou et de l'échiné, les oreilles dressées se dirigent en avant et les yeux regardent avec fixité. Ces particularités, faciles à comprendre, proviennent de l'intention qu'a le chien d'attaquer son ennemi. Supposons que le chi;Mi reconnaisse au lieu d'un ennemi son maître; tout son être se transforme d'une manière complète et soudaine. Au lieu de marcher redressé, il se baisse ou même se couche en imprimant à son corps

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