‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 35 sur 83 · Essaijs, livre II, chapitre XII · texte numérisé non relu

Essaijs, livre II, chapitre XII

LES TRAVAILLEURS. U7

L'aveugle au basson qui pleurniche L'écorche en se trompant de doigts; La sébile aux dents, son caniche Près de lui le grogne à mi-voix.

Le caniche musicien qui accompag-ne son maître n'est j3oint im animal rare; d'ordinaire il se contente de tenir fermement la sébile et de regarder avec des yeux suppliants les braves gens qui passent devant lui.

Mais rintelligencc dont nous parlons se développe extraordinairement. On a vu un caniche qui, après la mort de son maître, continuait le commerce pour son compte, s'allait poster à l'encoignure habituelle, avec sa sébile, puis sitôt qu'un sou était tombé dedans, courait chez un boulanger ami, recevait un petit pain en échange de la pièce de monnaie, et continuait le manège jusqu'à apaisement de sa faim.

Un autre, moins égoïste, apportait chaque soir la recette qu'il faisait seul à une jeune fille élevée parce pauvre diable.

Les chiens d'aveugles sont aimés ; les Bretons assurent même qu'ils sont vénérés, et que jamais les plus mauvais, les plus hargneux des chiens, ne leur cherchent querelle.

On emploie le chien, avons-nous dit, aux usages les plus variés; les uns sont dressés à conduire les oies aux champs, les autres à empêcher les poules de venir picorer dans les champs de blé. Ceux-ci aident les laitiers, ceux-là les forgerons.

On nous en a cilé un qui, chez un maréchal, dans un petit village près de Pontarlier, tournait une roue pour la forge. Il travaillait deux heures de suite, puis était remplacé par un camarade qui, à son tour, tournait deux heures.

Un jour, le camarade s'étant amusé en route, le pauvre chien dut tourner pendant quatre heures; il venait de finir sa tâche lorsqu'il aperçut le fainéant. Il sauta aussitôt sur lui, le mena par l'oreille à son poste et veilla à ce qu'il fît quatre heures à son tour.

On se sert aussi du chien pour faire les commissions. Chaque jour on en rencontre qui portent des paniers, des seaux, des parapluies; quelques-uns même font payer des factures.

Quelques soldats d'un régiment de ligne caserne à Paris avaient adopté un pauvre vieux barbet à cause de son air piteux surnommé Dagobert. Ce chien, qui ne payait point de mine, prouva bientôt sa remarquable intelligence; il cherchait sans cesse à se rendre utile, faisant les commissions des troupiers, leur rendant mille petits services. L'officier chargé du règlement des fournitures le remarqua, et après quelques essais convaincants, confia à Dagobert l'argent nécessaire au payement des fournitures. Le chien partait ayant aux dents, un sac d'écus, et revenait avec la quittance. Jamais d'irrégularités dans les comptes de ce tidèle commis; Dagobert fut surnommé l'Officier payeur.

Cela alla bien pendant longtemps, mais un beau jour, Dagobert, porteur de son sac, rencontra dans la rue une troupe de chiens qui se battaient furieusement. On n'appartient pas impunément à l'armée française; l'occasion était trop belle pour qu'on y résistât. Le payeur entra dans un chantier où l'on construisait une maison, cacha soigneusement sa bourse sous une pierre et vint faire sa partie dans la bataille. La victoire gagnée, il revint en toute hâte au chantier, mais hélas! dans la chaleur du combat il avait perdu la mémoire. En vain il chercha tout le jour. Le soir, il revint triste à la caserne; on lui demanda compte de sa conduite ; il baissa la tète et fut se coucher sans souper.

Le lendemain tout le régiment apprit l'aventure, et des soldats décidèrent qu'il avait cessé de mériter le grade d'officier; on le montrait au doigt en lui faisant honte, en lui reprochant « d'avoir mangé la grenouille. »

Enfin après trois jours, il partit un matin à toutes jambes. La mémoire lui était revenue, il retrouva la bourse, rap-

LES TRAVAILLEURS

porta Iriomphalemont la quitLmce-et obtint son pardon.

Le chien s'acquitte avec une proljité stricte de toutes les

commissions ({u'on lui fait faire; j'en ai connu qui allaient

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