Memoirs of Ihc court of Prussia
Une jolie créole de la Havane, devenue une Parisienne accomplie, avait apporté de son pays deux petits chiens blancs gros comme le poing, de ces chiens au poil long et soyeux cjui ont détrôné les king's chartes.
Elle leur prodiguait les soins les plus tendres, les accablait de friandises, les couvrait de baisers depuis le matin jusqu'au soir.
Un matin la jeune femme poussa en s'éveillant un cri terrible. A côté d'elle gisait inanimée une des deux betes morte d'une indigestion pendant la nuit. Quand les premiers sanglots se furent apaisés, Madame donna l'ordre de consigner les visiteurs, comme dans un grand deuil, et fit venir un fourreur à cjui elle montra avec des gestes désespérés le cadavre de la chérie.
« Je veux, dit-elle, qu'on fasse un manchon avec la peau de ma pauvre Paquita.
— Je le veux bien, madame; seulement l'animal est petit; vous aurez un manchon de petite fille. »
La belle créole parut un moment dépitée, mais soudain se frappant le front.
« Eh bien, dit-elle au fourreur du ton le plus dégagé, en lui montrant la sœur de la défunte qui dormait sur un coussin, prenez aussi celle-là. »
Puis elle s'en fut à sa toilette.
Les excentriques, les originaux pullulent quand il s'agit du chien; dans celte courte peinture de leur vie privée comparée à la nôtre, il ne sera pas sans intérêt de rappeler quelques-uns des amateurs bizarres.
Sir Francis Henry Egerton était un gentilhomme anglais dont la passion pour les chiens ne connaissait pas de bornes.
Il entretint pendant fort longtemps une meute de quinze roquets portant un collier d'argent à double rang de grelots, troupe bruyante qui était admise au salon et môme dans le cabinet de travail.
On les promenait en grande pompe; milord Egerlon, qui avait la goutte, marchait lentement, appuyé sur deux valets de chambre; il était suivi de quinze grands laquais portant chacun un roquet dans ses bras.
Deux de ces roquets, Biche et Bijou, étaient seuls admis à l'honneur de s'asseoir à la table de leur maître et seigneur.
On les plaçait sur de hauts tabourets; ils avaient des manteaux de gala. Au commencement du repas, des valets leur attachaient une serviette au cou, et les servaient les premiers comme des invités de distinction. L'amphitryon les avait mis à la place des parasites et des pique-assiettes dont il était las et il les traitait avec les plus grands égards, prenant grand plaisir en leur compagnie.
Ceux-ci, comprenant l'honneur qui leur était fait, observaient les convenances et mangeaient fort i)roprement les mets exquis qu'on leur présentait.
Malheureusement, un soir, il arriva à l'un d'eux une cruelle mésaventure. Le valet, qui ne l'aimait guère, lui donna une pâture Irop abondante, puis traîtreusement serra le ventre de Bijou qui poussa une légère plainte et souilla le siège sur lequel il était assis.
Milord, révolté par cette infraction aux règles de la bienséance, saisit d'abord un fouet, châtia ses deux convives, puis, après un moment de réflexion, fit venir son tailleur.
Celui-ci accourut en toute hâte et demanda ce que Sa Grâce attendait de ses services.
« Vous voyez ces deux insolents, répondit le gentilhomme en désignant Biche et Bijou; prenez-leur mesure et faitesleur aujourd'hui même une livrée.
— Mais.... milord....
— Point de réplique. Un gentilhomme anglais qui paye doit toujours être servi. Un habit jaune, une culotte rouge, trois bandes rouges sur le dos. Je prive ces insolents drôles
de riionneur de me voir. Pendant quinze jours ils porteront le même vêtement ({ue mes valets, seront nourris comme à la cuisine et resteront dans l'antichambre. »
Le lendemain les chiens portaient la livrée.
Leur peine subie, ils reconquirent leur place h table et se comportèrent alors, dit l'auteur anonyme de la Chronique indiscrète du dix-neuvième siècle, avec convenance.
Il faudrait, comme dans le roman de Lesage, pouvoir soulever le couvercle de toutes les maisons pour dire toutes les choses extraordinaires qui arrivent aux chiens.
Qu'il nous suffise de constater qu'ils sont devenus en quelque sorte une partie de nous-mêmes; qu'ils sont mêlés à notre société, à notre civilisation d'une façon si intime que, si on venait à les supprimer tout d'un coup, l'aspect de cette société et de cette civilisation se transformerait et serait changé sur bien des points.
Il y a, n'en déplaise à notre vanité, une grande ressemblance entre les physionomies des hommes et celles des chiens. Est-ce nous qui leur ressemblons, ou bien nous ressemblent-ils? Les Allemands écriraient là-dessus mille traités (je crois même qu'ils en ont écrit quelques-uns), et tout cela ne prouverait rien. La seule chose certaine, c'est que des faces ornées de poils, composées d'un front, de deux yeux semblablement disposés, d'un nez placé au milieu de ces yeux, d'une bouche, d'un menton, offrent de grandes analogies.
L'habitude de vivre avec nous dans une communauté presque absolue a pu prêter aux chiens certaines expressions communes à notre espèce. Les dessins de Granville le montrent clairement. Il est bien certain, selon nous, que les gens qui vivent pendant longtemps dans une intimité complète finissent par avoir une sorte d'affinité. Selon le sol et selon les climats, avons-nous dit, les hommes, les animaux, les plantes, et il faut aller jusqu'à dire les rochers,
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ont entre eux comme un air de famille. Or il est arrivé que le chien, compagnon de l'homme, qui nous ressemble parce qu'il nous observe plus que nous ne l'observons et dont la face se rapproche de la nôtre, nous ressemble davantage à mesure que se prolonge notre intimité.
Selon que le leur a permis la diversité de leurs organes, la variété de leur conformation, ils rappellent maintenant, et d'une manière exacte (cela est le produit du travail des siècles), ils rappellent toutes les catégories de l'espèce humaine, et l'on peut compter parmi eux autant de castes que parmi nous.
Le lévrier est l'image de l'aristocratie près de laquelle il a vécu depuis si longtemps ; peu à peu il a subi le sort de ses anciens maîtres : il est resté joli mais il est devenu de moins en moins utile. La charmante levrette que l'on promène, si fièrc et si dédaigneuse qu'elle soit, ne parvient pas à cacher sa sottise. Sa suffisance indique son imbécillité.
Elle se croit intéressante ; chacun la trouve ridicule et le poète Chatillon, mort récemment, s'est fait dans une ])oésie réaliste célèbre l'écho des quolibets du peuple :
Y-a t'-y rien qui vous agace Comme un'levrette en pan' lot Quand y a tant d'gens sur la place, Qui ont rien à s'metr sur l'dos.
Ça vous prend un p'tit air rogue, Ça vous r'garde avec mépris.
Parlez-moi d'un chien boul'dogue !
En v'Ià-z-un qui vaut son prix.
Il ne faut point demander h la levrette autre chose que la beauté.
Le chien d'appartement personnifie la vie élégante en ses raffinements, en ses mièvreries. Les griffons, les king's chartes, les havanais, dorlotés, choyés, bourrés de frian-
dises, sont impérieux, criards, capricieux comme de jolies femmes.
Tandis que le chien plébéien a toujours le môme robuste appétit, qu'il siq)i)orte sans s'en apercevoir la pluie et le froid, le chien patricien s'enrhume dans un courant d'air et de sa petite gueule dédaigneuse repousse les friandises
LES KlNG S CHARLES.
dont on l'accable. Il est blasé sur tout, il ne trouve plus de saveur aux mets les plus succulents.
Il a des souffrances de sentiment inconnues de ses robustes camarades; une caresse faite à un rival, une parole brusque l'affectent et le chagrinent.
A l'apercevoir mollement assis sur les coussins d'une voiture, regardant dédaigneusement les passants d'un air ennuyé tandis que sa maîtresse est entrée dans quelque
magasin, on est tenté de l'envier, on pense qu'il est heureux.
«Détrompez-vous, répondrait-il s'il, pouvait prendre la parole; le chien heureux, c'est ce grand gaillard qui passe là-bas le nez au vent, la queue frétillante, allant courir des aventures qui me sont défendues à moi qui me dois à la race dont je suis sorti. »
Le petit chien du grand monde souffre de tous les malaises de son maître; il apparlicnl « à la grande névrose », il a ses nerfs et ses migraines. Le moindre bruit l'agace, la plus petite contrariété l'abat. Il redoute les fatigues physiques et, comme il ne sort guère qu'en voiture, il devient obèse ou bien paralytique.
Un ivrogne apprit à son chien à boire du vin et lui donna la goutte, est-il dit dans un ouvrage scientifique; les gens du monde apprennent à leurs chiens tous leurs défauts et toutes Jeurs mauvaises façons de vivre; l'hygiène étant mauvaise, bêtes et gens souffrent des mêmes maux et ils ont beau s'en aller de compagnie passer, parce que la mode l'exige, quelques jours au bord de la mer, ils deviennent la proie des maladies nerveuses.
Que l'on compare ce carlin citadin, ce produit d'une civilisation trop raffinée, ces petits animaux devenus minuscules par suite de la décadence de la race, qu'on les compare au terre-neuve vaillant et de belle humeur, robuste sauveteur plein de santé et de courage.
En général, les chiens de montagne, faits pour la vie à l'air libre et le travail indépendant, rappellent par leurs franches allures les ouvriers des campagnes; les bouledogues à la mine revôche, à la griffe solide font songer aux sergents de ville. Les griffons, bien dressés au rapport, sont des conservateurs de race; les chiens de chasse, des bourgeois intelligents, avisés. Les mâtins querelleurs, les roquets hargneux représentent nos atrabilaires et ceux de
noire espèce qui ont la tète près du bonnet. Les havanaises à la mine provocante, qui ne cessent de faire des agaceries aux passants, ont bien des ressemblances avec les dames qui logent dans le quartier Breda. Les chiens anglais ont la morgue de leurs maîtres. Les caniches et les bulls sont les fidèles; le barbet, c'est le bohème qui se plaît à courir les rues et le braque, c'est le gandin élégant et coureur qui n'a point l'air trop rusé, mais qui est incapable de méchanceté.
On retrouve parmi ces bêtes poilues à quatre pattes, a dit un écrivain d'esprit, tous les personnages de Balzac, depuis le baron Hulot jusqu'à Vautrin,* depuis la duchesse de Maufrigneuse jusqu'à Mme Marneffe.
Les ressemblances, nous le répétons, s'accentuent à mesure que le chien tient une plus grande place dans l'intimité, et la passion de certaines personnes pour les chiens est parfois ridicule. L'excès en tout est un défaut; qu'on soit canophi'e, nous le désirons, mais qu'on ne devienne point canornajie.
En réalité, le chien, Buffon l'a constaté, prend le ton de la maison qu'il habite; il est l'ami de nos amis. Il est, a dit récemment M. Ernest Renan, se servant d'une expression charmante, il est l'animal dans lequel la nature nous montre le mieux son sourire bienveillant.
Scheitlin, qui peut-être a le mieux, depuis Buffon, étudié l'espèce canine, constate que, si les différences physiques de leur espèce sont graves, leurs différences intellectuelles le sont plus encore. Les uns n'apprennent rien, les autres apprennent tout; ce que ceux-ci aiment, ceux-là le détestent. Il en est ainsi chez nos semblables.
Mais, ajoute le savant auteur, chez certains chiens, chez le caniche surtout, il semble que la parole seule établit une différence avec l'homme. Son intelligence est aussi parfaite. Il fait preuve d'intelligence, de mémoire, de jugement, d'ima-
gination, de facultés morales. Il est afTcctueiix, fidèle, reconnaissant, vigilant pour son maître et pour ses amis; il comprend tous les signes et tous les gestes, il sait aller chercher les pantoufles et ôter les bottes comme il apprend à tourner la broche et à faire des tours. Il se montre courageux et plein de rage contre les ennemis de ceux cju'il aime; mais dans l'intimité il ne cesse d'être gai, charmant, toujours prêt à jouer comme un enfant, mais aussi toujours prêt à obéir.
Il s'instruit lui-même par l'observation ; il imite l'homme, il est curieux et attentif, capricieux et distrait. S'il s'ennuie, il cherche des moyens de distraction et demande qu'on l'occupe.
Il prête aide et assistance à ses semblables et se plaît à jouer avec les animaux de la maison qui, loin de s'effrayer, témoignent un vif plaisir lorsqu'ils le voient s'approcher.
J'en ai connu un qui, devenu l'intime compagnon du cheval de son maître, courait à ses côtés et lui sautait aux naseaux et le léchait lorsqu'il voyait que son compagnon avait trop chaud. Ce chien, si l'on partait sans lui avec la voiture, trouvait moyen de sauter à travers un carreau de vitre et ne rejoignait ses amis que lorsqu'ils étaient trop loin pour être tentés de le ramener.
Nous avons parlé de la faculté qu'ont les chiens de pro-^ noncer des mots. Gall affirme qu'un des chiens vivant dans son intimité absolue comprenait toute sa conversation.
L'illustre physiologiste a fait à ce sujet les observations les plus suivies. Lorsqu'il quitta l'Allemagne pour venir s'établir à Paris, l'animal qui l'avait suivi ne comprenait plus rien à ce qui se disait. Mais peu à peu, a raconté Gall lui-même, il apprit le français et devint également fort dans les deux langues.
— Je m'en suis assuré en disant devant lui des périodes en français et en allemand.
M. Brehm rappelle à son tour une femme très connue à
Chaillot, il y a peu d'années, sous le nom de la mère aux chiens. Cette femme a prouvé que son chien, un caniche, comprenait tout ce qu'elle disait. Un jour, sans élever la voix, sans le regarder, elle feignit d'entrer en marché avec quelqu'un, lui demandant combien il voulait acheter son caniche ; celui-ci vint aussitôt se rouler à ses pieds, la suppliant de ne pas donner suite à ce projet.
Lentz a vu des chiens qui comprenaient toutes les paroles de leur maître et exécutaient tous ses ordres ; sans qu'un geste fût fait ils ouvraient ou fermaient les portes, et choisissaient un chapeau désigné.
C'est plaisir, dit cet auteur, de voir la joie du chien et sa fierté lorsqu'il a bien fait ce qu'il devait faire, sa honte lorsqu'il a commis quelque action répréhensible. Si dans ce cas il croit que son maître ne s'en est pas aperçu, il bâille, fait l'indifférent, l'endormi, de manière à écarter tout soupçon, mais son regard inquiet et furtif dément cette tranquillité affectée.
C'est dans la maison qu'il faut l'observer pour se rendre bien compte de son intelligence.
Son ingéniosité le rend fécond en ressources.
Plutarque, dont la sincérité ne saurait être mise en doute, a vu un chien qui jetait des petits cailloux dans une cruche à demi pleine d'huile pour en faire monter le liquide et le laper ensuite.
Le fait suivant, raconté par un officier, prouve que quelquefois le chien, peut cependant être victime de la malice d'animaux plus rusés.
Des corneilles perchées près d'unjeune chien le regardaient ronger un os. Ayant selon toute apparence concerté un plan, une d'elles descend, tourne quelque temps autour de l'animal occupé, puis enfin prend son parti résolument et donne un coup de bec sur la queue du mangeur; celui-ci irrité se retourne pour mordre et laisse tomber son os; au même
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moment une autre corneille apostée se précipite sur le morceau friand et s'envole avec sa prise, tandis que le pauvre affamé aboyant lève le nez en l'air.
On pourrait intituler ce fait la revanche du corbeau.
Mais devenus un peu expérimentés les chiens ne se laissent plus prendre à de semblables ruses.
Nous en avons vu qui, n'ayant plus faim, au lieu de prendre le pain qu'on leur présentait, faisaient semblant de ne pas voir et baillaient afin de ne pas être corrigés; ou bien ils emportaient ce pain dans la cour et le cachaient sous un petit monceau de sable, afin de le retrouver le lendemain. — Un, entre autres, avait établi son garde-manger dans le poulailler; parfois les poules découvraient sa cachette, et lui, à la chaîne, voyait ce rapt. Il aboyait aussitôt pour signaler le vol et donnait les signes de la joie la plus vive lorsqu'on gourmandait les pillards.
Un chien blessé ayant eu la patte soignée et guérie par un homme qui n'était point son maître, lui amena et lui présenta quelque temps après un autre cliien dont la patte venait d'être cassée.
Un autre faisait semblant de boiter lorsqu'on l'appelait pour le châtier.
Celui-là, étant d'ordinaire constipé, avait compris le bien que lui faisaient les lavements et venait les solliciter avec une mimique expressive.
Cet autre, à l'heure des repas, demandait les clefs, ouvrait les armoires et mettait le couvert.
Le chien de Ninon de Lenclos, le célèbre Raton, assistait à tous les repas de sa maîtresse et l'empêchait de toucher à aucun des mets défendus par le médecin.
Celui-ci, sachant qu'à certains jours il allait avoir en ville une bonne nourriture, dédaignait sa pâtée du matin.
Le fait qui suit est authentique, et prouve que nos héros sont économes.
Un chien est laissé seul à la garde d'une maison. Chaque année maîtres et domestiques s'en vont pour un mois et confient à l'animal le soin de veiller.
On lui laisse trente biscuits de mer, pour trente jours; et il y a à sa disposition une pièce d'eau. Chaque jour ce chien mange un biscuit, jamais deux; on peut revenir au bout de dix, de quinze, de vingt jours, le compte est toujours exact; il ne manque que dix, quinze ou vingt biscuits et le brave chien n'abandonne jamais son poste.
Un autre, mécontent d'un domestique (pii ne le choyait pas, hurlait lorsque cet homme plaçait le pied à côté de sa patte, afin de laisser croire qu'on lui faisait mal et d'attirer une réprimande.
Ils possèdent nos qualités et aussi quelques-uns de nos défauts; on en voit qui sont gourmands, jaloux.
Aucun animal n'est jaloux au même degré que le chien. Tout lui porte ombrage lorsqu'il s'agit de l'amitié de son maître; il ne permet pas qu'en sa présence on témoigne des marques d'affection à quelque autre animal ou, s'il ne peut s'y opposer, il s'en montre fortement affecté; il témoigne sa douleur par des jappements plaintifs ; son œil se mouille de pleurs, il détourne la tête et tout en lui indique la douleur.
Quelquefois même il n'est pas maître de lui, il s'élance, il mord l'objet de sa colère; sa passion l'élève au-dessus de ses appétits et de ses instincts, le transforme de doux et d'obéissant qu'il se montre d'ordinaire en un animal presque féroce et il manifeste des colères humaines.
Mais ils obéissent à des sentiments plus généreux. Non seulement ils compatissent à nos peines, mais encore ils éprouvent un violent chagrin lorsqu'ils perdent des amis de leur race. Dernièrement, dans une rue de Paris, nous vîmes un rassemblement. Sur l'angle d'un trottoir gisait un caniche mort; les pattes raides, le ventre ballonné, les yeux vitreux, le pelage souillé de boue et de sang.
Près de lui, un autre caniche de même taille et de même poil qui flairait son camarade, essayait de le ranimer, le poussait tantôt du museau et tantôt de la patte, et, à chaque tentative inutile, regardait tristement les spectateurs qui l'entouraient, comme pour leur demander assistance.
Personne, en vérité, n'eut envie de plaisanter.