‹ Le chien; son histoire, ses exploits, ses aventuresChapitre 45 sur 83 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LES IRRËGULIÊRS

Nous entendons par irrégiiliers tous les chiens qui, comme certains hommes, se tiennent en dehors de la société et ne manifestent vis-à-vis de la loi qu'un respect relatif. Les uns sont demeurés sauvages et n'ont pu apprécier les avantages de la civilisation. Les autres, quoique élevés dans les villes, manifestent de mauvais instincts, s'abandonnent à leurs passions, ou bien, jouets de la destinée, deviennent des cabotins, des saltimbanques, des lutteurs.

Ils ne sont pas moins intelligents que les autres, au contraire; il faut mille fois plus de finesse pour échapper aux

lois et aux règlements de police que pour marcher dans le droit chemin. Mais ces drôles ou ces irréguliers ne sont pas les moins curieux do l'espèce canine.

Nous avons dit qu'on trouve des chiens partout, dans les contrées habitées et dans celles où l'homme ne pénètre que rarement.

11 y a quelques années encore on trouvait des chiens devenus sauvages dans les pampas de Buenos-Ayres. Ces chiens vivaient dans des cavernes; ce sont, non pas des irréguliers si l'on veut, mais des indépendants.

Ils vivent indisciplinés n'obéissant à aucune loi, se nourrissant de rapines.

Les voyageurs ont maintes fois rencontré de ces tribus à demi féroces et au milieu desquelles il ne ferait pas bon se trouver seul et sans armes une nuit d'appétit.

Ils sont, en un mot, de ces chiens que l'on n'aime point à rencontrer au coin des bois.

Dans les prairies américaines où paissent par centaines, les troupeaux de buffles et les chevaux sauvages, on trouve par milliers les chiens connus sous le nom de chiens des prairies. Ils vivent en tribus, et possèdent des maisons, ou du moins des terriers qui leur servent d'habitation.

En creusant ces terriers ils soulèvent sur plusieurs lignes parallèles, régulières, des tertres qui donnent à leurs demeures l'apparence d'une masse de tentes, d'un campement en miniature.

En arrivant, a écrit un voyageur, M. Gregg, cité par M. Marmier dans les Voyageurs nouveaux, en arrivant près d'un de leurs villages, on voit des chiens errants dans la rue, s'en allant en société d'une demeure à l'autre, quelques-uns broutant l'herbe fraîche, d'autres réunis sur la place publique comme pour tenir conseil, d'autres rêvant comme des philosophes sur le seuil de leur habitation. Mais dès que l'un d'eux aperçoit une caravane, il donne par des glapissements

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aigus le signal du danger, et toute la colonie se précipite aussitôt dans ses réduits souterrains, qui sont creusés à une telle profondeur qu'on ne peut y pénétrer.

Ces troupeaux rappellent les timides tribus de doux sauvages que l'on trouve ici ou là dans les différentes parties

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