UM VILLAGE DE CHIENS DES PRAIRIES
du monde. Les uns et les autres ont peur de rai)proche des Européens, et peut-être ont-ils raison de se méfier. Les conquérants n'ont pas toujours apporté avec eux les bienfaits de la paix.
M. Brehm a étudié les mœurs des chiens marrons d'Egypte dont la forme se rapproche de celle des chiens de berger,
dont le pelage d'un brun roux sale est raide et hérissé. Ces animaux d'un aspect repoussant sont pour ainsi dire les véritables maîtres des cités d'Egypte. Ils y régnent, dit M. Brehm, y dorment la plus grande partie du jour et rôdent la nuit. Chacun a ses trous creusés avec beaucoup de soin, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, et ils s'y abritent selon que souffle le vent. Si le temps est trop incommode, ils se creusent une troisième demeure sur l'autre côté de la colline et s'y réfugient momentanément.
Le matin jusqu'à dix heures on les trouve sur le versant oriental ; ils attendent là que le soleil vienne les réchauffer; à peine fait-il trop chaud qu'ils se retirent les uns après les autres, se traînent paresseusement sur le versant opposé et vont y dormir à l'ombre.
Au coucher du soleil la colline s'anime. On voit se former des groupes plus ou moins considérables et même de véritables meutes. On entend des aboiements, des cris, des hurlements. Les chiens se réunissent en masse autour d'une bête morte; dans une nuit ils dévorent complètement le cadavre d'un âne ou d'un mulet. Sont-ils tous affamés, ils se repaissent de charogne, même le jour, et quelque troublés qu'ils puissent être par les vautours.
On peut voir encore les chiens guetter, comme des chats, les rats du désert à l'entrée de leurs retraites, ou, comme les renards et les chacals, chercher à attraper les oiseaux. Ne trouvent-ils pas de charognes, ils se mettent en route, pénètrent même dans l'intérieur des villes et en parcourent les rues. Ils y sont supportés, car ils mangent les immondices ; il arrive même quelquefois que des fervents mahométans ne les oublient pas dans leurs testaments, et instituent des legs pour leur entretien.
Souvent, une chienne, près de mettre bas, se creuse une caverne dans l'intérieur de la ville, dans un coin plus ou moins caché, et c'est là qu'elle fait ses petits. On dirait
qu'elle sait pouvoir compter sur la protection des habitants. Il est curieux en effet de voir des Turcs et des Arabes, passant à cheval dans les rues, détourner avec soin leur monture pour ne pas blesser la chienne et sa progéniture. C'est d'ailleurs un péché pour les mahométans de tuer ou blesser une hôte sans nécessité.
Souvent les chiens sauvages se multiplient d'une manière effrayante et deviennent une véritable plaie pour le pays. Chose fort surprenante, ces chiens ne sont que peu sujets à l'hydrophobie, on n'a pas d'exemple de morsure faite à l'homme par un chien enragé. La ville de Constantinople en renferme des bandes innombrables, ce qui est un véritable fléau pour ses habitants ; toutes les rues, toutes les places en sont couvertes. Ils se tiennent devant les maisons, attendant qu'on leur jette un peu de nourriture. Chaque nie a ses chiens, tout comme chez nous les mendiants ont leurs quartiers, et malheur au chien qui s'égare sur le domaine d'un voisin 1 « H n'y a qu'une seule circonstance, dit M. X. Marmier, où toutes ces peuplades de chiens sortent sans crainte de leurs différents domaines et se réunissent en un commun accord : c'est lorsqu'ils sont attirés par un banquet extraordinaire, lorsque leurs naseaux aspirent l'odeur de quelque cheval qui vient de périr. La bonne nouvelle se répand de district en district. On les voit alors se rassembler près de la maison qui leur promet cette riche pâture. Ils se groupent deux à deux derrière l'animal que l'on conduit à la voirie, le suivent en silence pas à pas, avec une sorte de tristesse hypocrite, puis, dès que le cadavre est abandonné, ils se précipitent sur lui et demeurent attachés à cette curée tant qu'il reste un os à ronger; après quoi chacun d'eux retourne dans son quartier.
« Nous n'avions qu'à acheter quelques comestibles dans un bazar pour être suivis de tous les chiens que nous rencontrions ; nous en étions abandonnés à l'angle de la rue,
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mais pour être suivis d'une nouvelle escorte. Le jour cela est peu inquiétant, mais de nuit, les chiens deviennent dangereux pour celui qui traverse, isolé et sans lanterne, les rues de Stamboul.
« Souvent j'ai entendu parler d'étrangers qu'ils avaient attaqués, et qui n'ont été sauvés que par des musulmans, que des cris « Au secours ! » attiraient. Nous-mêmes, qui ne sortions jamais de nuit que nombreux et munis de lanternes, nous n'avons dû bien des fois qu'à nos bâtons de ne pas rentrer, nos habits en lambeaux». « C'est un fait positif, dit encore M. Marmier qu'il y a dans cette innombrable quantité de chiens dispersés de tous côtés une certaine classe de chiens plus redoutable encore que les autres, ce qu'on appelle les vieux Turcs. Ceux-ci ont juré une haine éternelle aux Européens : ils les flairent de loin, les reconnaissent dans les ténèbres, et s'élancent sur eux avec l'ardeur de leur antipathie musulmane. Dans un temps où les sectateurs de Mahomet dédaignent peu à peu les préceptes du maître et ne craignent plus de hanter les infidèles, on dirait que ces chiens sont chargés de maintenir jusqu'à la dernière extrémité les prohibitions du Coran. »
Malgré les tentatives faites par les empereurs pour se délivrer de cette race hideuse, ils sont restés plus nombreux que jamais, les Turcs n'ayant point voulu sacrifier leurs chiens. 11 faut ajouter du reste que ces animaux si incommodes sont un mal presque nécessaire à Constantinople. Ils remédient à l'insuffisance de la police et purgent les rues d'une grande quantité de matières dont la corruption répandrait des germes pestilentiels.
Quoique dispersés dans les rues et indépendants, dit M. Gayot dans sa remarquable étude sur le chien, quoique libres dans leurs allures autant que le seraient des conquérants, les chiens de Constantinople ont compris que dans cette cité, aussi bien que dans les bois, l'isolement avait ses
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périls. Ils se sont donc réunis en tribus et chacune d'elles a son domaine, son quartier qu'elle a déclaré inviolable. M. Gayot raconte à ce sujet le fait suivant : Un pauvre chien nouvellement arrivé et n'appartenant à aucune des tribus fuyait à travers la ville ayant à ses trousses les sentinelles du territoire envahi. Bientôt blessé, meurtri, haletant, il est entouré et fait prisonnier. Il se